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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204374

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204374

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2022, Mme B, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 11 mai 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable et n'est notamment pas tardive ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à son insertion professionnelle et à ses attaches sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- une décision expresse du 27 septembre 2022 s'est substituée à la décision implicite en litige ;

- Mme A, de nationalité marocaine, ne peut se prévaloir de l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née en 1990 est entrée sur le territoire français en 2010 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a bénéficié de titres de séjour en qualité d'étudiant du 26 août 2011 jusqu'au 30 septembre 2018. Le 11 janvier 2022 elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité de salarié ou au titre de sa vie privée et familiale. Le silence gardé par le préfet de l'Hérault pendant un délai de quatre mois a fait naître, le 11 mai 2022, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur l'étendue du recours :

4. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. Dès lors, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français prise le 27 septembre 2022, notifiée le 30 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans le cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogée jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Il résulte du principe énoncé au point 4 du présent jugement que la décision implicite née le 11 mai 2022 ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas à la requérante les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent. En tout état de cause, la requérante n'établit pas avoir sollicité les motifs de cette décision implicite.

8. Par ailleurs, la décision du 27 septembre 2022 comporte les considérations de droit et de faits sur lesquels le préfet s'est fondé permettant à la requérante d'utilement la contester. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. D'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France pour une durée d'un an au minimum () reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an, renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. ()".

11. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

12. En l'espèce, si Mme A, titulaire de titres de séjour en qualité d'étudiant a obtenu un diplôme universitaire, puis une licence et un master, cette circonstance ne suffit pas à établir son intégration professionnelle sur le territoire. Par ailleurs, si la requérante a travaillé pour divers employeurs à compter d'avril 2016 à janvier 2017 puis de novembre 2017 à février 2018 et enfin de juillet 2018 à septembre 2018 et qu'elle présente désormais deux promesses d'embauche pour des contrats à durée indéterminée, son parcours professionnel n'apparait pas cohérent ou stable puisqu'elle a exercé des emplois de nature diverse tels que équipier de commerce ou pilote de flux et sollicite désormais une autorisation de travail pour des fonctions de secrétaire ou assistante administrative. Enfin, si la requérante se prévaut d'une formation à la conduite de chariot de manutention et d'une intention de passer son permis de conduire, ces éléments ne constituent pas des motifs exceptionnels à même de justifier la régularisation de sa situation. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de régulariser sa situation en qualité de salarié.

13. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Si Mme A se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, ce n'est qu'en vertu des titres de séjour étudiant accordés qui ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Si la requérante produit un pacte civil de solidarité conclu le 4 décembre 2023 avec un compatriote, postérieurement à la décision en litige, elle n'établit ni le séjour régulier ni l'ancrage de son partenaire sur le territoire. Par ailleurs, elle a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc où résident ses parents et son frère. Dans ces conditions, la seule circonstance qu'elle soit actuellement hébergée et qu'elle allègue, sans au demeurant l'établir, entretenir des liens sociaux ou amicaux sur le territoire ne permet pas de conclure qu'elle y aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dès lors c'est sans méconnaître les stipulations et dispositions visées aux points 13 et 9 du présent jugement ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu prendre la décision en litige.

15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A à l'encontre de la décision du 27 septembre 2022 par laquelle le préfet de l'Hérault a décidé de refuser de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par Mme A est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple

Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er février 2024.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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