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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204385

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204385

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2022, M. A C, représenté par Me Ruffel demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mars 2022 par laquelle le préfet du Bas-Rhin a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 24 juin 1999 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Bas-Rhin d'abroger l'arrêté du 24 juin 1999 et subsidiairement d'ordonner le réexamen de la demande d'abrogation et celle tendant à son admission au séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros TTC à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision :

- a été signée par une autorité ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue plus de menace à l'ordre public et qu'il justifie d'un changement de circonstance de fait, en raison du transfert de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,

- et les observations de Me Ruffel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C ressortissant turc né le 1er février 1965, entré en France au cours de l'année 1992, a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion par le préfet du Bas-Rhin le 24 juin 1999 mis à exécution au cours de l'année 1999. Par un courrier du 24 juin 2019, M. C a sollicité l'abrogation de l'arrêté dans le cadre d'une demande formée sur le fondement de l'article L. 632-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du Tribunal du 10 février 2022, la décision rejetant implicitement cette demande d'abrogation a été annulée et dans le cadre du réexamen de la demande, le préfet du Bas-Rhin, par une décision du 28 mars 2022 a rejeté à nouveau la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion pris à l'encontre de M. C. Par sa requête, M. C en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la préfète du Bas-Rhin, par un arrêté du 4 mars 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, a donné délégation à Mme Hélène Montelly, secrétaire générale adjointe de la préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Duhamel, secrétaire général de la préfecture, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Aux termes de l'article L. 632-3 du même code : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée. " et ceux de L. 632-4 disposent : " Lorsque la demande d'abrogation est présentée à l'expiration d'un délai de cinq ans à compter de l'exécution effective de la décision d'expulsion, elle ne peut être rejetée qu'après avis de la commission mentionnée à l'article L. 632-1, devant laquelle l'intéressé peut se faire représenter. " Enfin, aux termes l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, les changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituait toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public, sont de nature à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée, en tenant compte des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion qu'il présente. Le juge de l'excès de pouvoir doit notamment examiner la situation de l'intéressé au regard des stipulations de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour demander l'abrogation de l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet, M. C se prévaut du caractère ancien des faits pour lesquels il a été condamné et de la présence en France de son épouse, ressortissante turque avec laquelle il s'est marié le 13 décembre 2014, de sa présence en France entre 2000 à 2002, 2003 et 2004 puis 2008 à 2013 et d'une dernière entrée en France le 20 juin 2013 et enfin expose être bénéficiaire d'une promesse d'embauche émanant de la société AZ Bâtiment datée du 11 juin 2019.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 1992 à la suite de son mariage avec une ressortissante française. Par un arrêté en date du 24 juin 1999, le préfet du Bas-Rhin a prononcé l'expulsion du requérant du territoire national, en raison de la condamnation de l'intéressé pour un assassinat commis le 14 février 1993, pour lequel il a été condamné à dix ans de réclusion criminelle par la cour d'assise du Bas-Rhin le 6 décembre 1995. Cette mesure d'expulsion a été exécutée à la sortie de prison du requérant en 1999. Malgré le caractère ancien de la condamnation, les faits de nature criminelle ayant donné lieu à cette dernière présentent un caractère de gravité, quand bien même le requérant n'aurait fait l'objet d'aucune autre condamnation par la suite. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit, M. C est revenu en France en 2000, a été expulsé en 2002 puis est à nouveau revenu sur le territoire français en méconnaissance de l'arrêté d'expulsion. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui déclare résider en France avec son épouse depuis le 20 juin 2013, y réside irrégulièrement, son épouse se trouvant, elle-même, également en situation irrégulière et ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si M. C expose que le couple est désireux de fonder une famille et s'est engagé dans un parcours d'assistance médicale afin de mener à bien ce projet, et présente une promesse d'embauche, ces éléments sont insuffisants à démontrer que le requérant aurait transféré en France le centre de ses intérêts privées et familiaux, alors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Turquie, pays dans lequel M. C n'est pas dépourvu de toute attache personnelle et où ils pourront poursuivre leur objectif de parentalité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Bas-Rhin aurait, en refusant d'abroger l'arrêté d'expulsion du 24 juin 1999, commis une erreur d'appréciation ni porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par l'autorité administrative.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête présentée par M. C doivent être rejetées en ce compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

DECIDE

:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C, à Me Ruffel et au préfet du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La rapporteure,

A. B

Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 30 mai 2024,

La greffière,

M.-A Barthélémy

N°2204385

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