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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204400

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204400

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204400
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantS.C.P. CHICHET-HENRY AVOCATS - HG&C

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 9 février 2022 par lequel le maire de la commune de Pia a délivré un permis d'aménager à la SCI Alpha JV en vue de la réalisation d'un lotissement de 30 lots à bâtir.

Il soutient que :

- la station d'épuration des eaux usées de la commune de Pia a été déclarée non-conforme en 2015 pour non-respect des performances puis non-conforme en équipement depuis 2020 ;

- si la commune de Pia a mis en place en 2019 un programme de travaux pour mise en conformité de sa station d'épuration, les travaux entrepris ne sont pas d'une ampleur suffisante pour une mise en conformité de l'installation et ce d'autant plus que l'urbanisation se poursuit sur le territoire communal ;

- par courrier du 16 juin 2022, la commune a été informée de sa mise en demeure prochaine de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité de la station d'épuration, seules à même de permettre la levée des restrictions en matière d'autorisations d'urbanisme et un arrêté du 21 juillet 2022 a rendu cette mise en demeure effective ;

- le projet de lotissement autorisé est, s'agissant de l'évacuation des eaux usées des futures constructions, de nature à porter atteinte à la salubrité et la sécurité publique.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2022 et un bordereau de pièces enregistré le 9 janvier 2023, la commune de Pia, représentée par Me Henry, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le déféré est irrecevable faute de préciser le fondement juridique sur lequel il repose et, à considérer même que le préfet ait entendu invoquer l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté comme infondé.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2022, la société par actions simplifiée Alpha JV doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la durée de réalisation du lotissement d'environ 9 mois et de construction de villas individuelles d'environ 12 mois repousserait les raccordements aux eaux usées à fin 2024.

Une ordonnance du 9 janvier 2023 a fixé la clôture de l'instruction au 9 février 2023 à 12 h 00, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 91/271 du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 21 juillet 2015 relatif aux systèmes d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif, à l'exception des installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Azzeari, représentant la commune de Pia.

Considérant ce qui suit :

1. La société Alpha JV a déposé auprès de la commune de Pia, le 1er octobre 2021, une demande de permis d'aménager pour la création d'un lotissement de 30 lots à bâtir sur le terrain cadastré section AZ n° 39 situé route de Perpignan à Pia. Le maire de Pia a délivré le permis d'aménager sollicité le 9 février 2022. Par un recours gracieux du 29 avril 2022, réceptionné le 4 mai suivant, le préfet des Pyrénées-Orientales a demandé au maire de retirer ce permis d'aménager. Un rejet implicite a été opposé à cette demande. Par la présente requête, le préfet des Pyrénées-Orientales demande au tribunal d'annuler ce permis d'aménager.

Sur la recevabilité :

2. Le préfet des Pyrénées-Orientales a rappelé dans ses écritures que, par courrier du 5 novembre 2019, la commune de Pia a été informée qu'en application des articles R. 111-2, R. 111-8 et L. 111-11 du code de l'urbanisme, il convenait de ne pas autoriser de nouvelles constructions raccordées au réseau d'assainissement au motif que la collecte et le traitement des eaux usées ne pourraient être effectués dans des conditions conformes à la réglementation en vigueur étant donné que sa station d'épuration dysfonctionne depuis plusieurs années. Si, aux termes de son déféré, le préfet, sans citer le fondement juridique sur lequel il a entendu se placer, expose que le projet de lotissement envisagé est, s'agissant de l'évacuation des eaux usées des futures constructions, de nature à porter atteinte à la salubrité et la sécurité publique, il doit nécessairement être regardé comme invoquant les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la commune de Pia ne peut valablement opposer l'irrecevabilité du déféré, en l'absence de précisions sur son fondement juridique.

Sur la légalité du permis d'aménager déféré :

3. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". aux termes de l'article R. 111-8 du même code de l'urbanisme : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur ". [0]L'article R. 423-50 du code de l'urbanisme dispose que " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ".

4. Selon l'article 3 de l'arrêté du 21 juillet 2015 susvisé : " Principes généraux. Le maître d'ouvrage met en place une installation d'assainissement non collectif ou un système d'assainissement collectif permettant la collecte, le transport et le traitement avant évacuation des eaux usées produites par l'agglomération d'assainissement, sans porter atteinte à la salubrité publique, à l'état des eaux (au sens des directives du 23 octobre 2000 et du 17 juin 2008 susvisées) et, le cas échéant, aux éventuels usages sensibles mentionnés à l'article 2 ci-dessus. Les systèmes d'assainissement sont implantés, conçus, dimensionnés, exploités en tenant compte des variations saisonnières des charges de pollution et entretenus, conformément aux dispositions des chapitres I et II ci-dessous, de manière à atteindre, hors situations inhabituelles, les performances fixées par le présent arrêté. Le maître d'ouvrage met en place un dispositif d'autosurveillance et en transmet les résultats au service en charge du contrôle, et à l'agence de l'eau ou office de l'eau conformément aux dispositions du chapitre III. () Le service en charge du contrôle évalue la conformité des systèmes d'assainissement en s'appuyant sur l'ensemble des éléments à sa disposition, notamment les résultats d'auto-surveillance, selon les dispositions du chapitre IV ci-dessous. ". Le tableau 7 de l'arrêté précité, relatif aux performances minimales de traitement attendues pour les paramètres azote et phosphore, dans le cas des stations rejetant en zone sensible à l'eutrophisation, fixe la valeur de la concentration maximale à respecter ou le rendement minimum à 2 mg/l pour une charge brute de pollution organique produite par l'agglomération d'assainissement en kg/j de DBO5 ) 600 et = 6 000 et à 1 mg/l pour une charge brute ) 6 000.

5. Les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

6. Le déféré du préfet est fondé sur le caractère non conforme de la station de traitement des eaux usées de la commune de Pia, relevé par le service en charge de la police de l'eau, qui, à partir des données d'auto-surveillance transmises par la commune de Pia, a relevé, pour une charge brute de pollution organique entrante dans la station, correspondant à la charge journalière de la semaine la plus chargée, au titre de l'année 2019, 1 421 kg de DBO5, soit une charge supérieure pour la septième année consécutive à la capacité théorique de traitement de la station mais que les normes de rejets du système d'assainissement, hormis le paramètre phosphore, ont été respectées pour les paramètres DBO5, DCO, MES, NGL durant l'année 2020, avec 697 kg de DBO5, soit une capacité inférieure à la capacité théorique de traitement, et une forte variation de cette charge par rapport aux années précédentes. Le préfet fait valoir que la station de traitement des eaux usées de Pia est déclarée non conforme depuis 2015 pour non-respect des performances au titre de l'arrêté préfectoral n° 2009356-02 du 22 décembre 2009 et non conforme en équipement depuis 2020 en conséquence d'une non-conformité en performance trois années consécutives au regard de l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015 modifié relatif aux systèmes d'assainissement collectif et aux installations d'assainissement non collectif à l'exception des installations d'assainissement non collectif recevant une charge brute de pollution organique inférieure ou égale à 1,2 kg/j de DBO5.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Pia dispose d'une station d'épuration de type boues activées à faible charge avec un fonctionnement séquencé (SBR), mise en service le 1er août 2011. La capacité nominale de station de traitement des eaux usées est de 12 000 équivalent-habitant (EH), extensible à 18 000 EH pour ajout d'une cellule SBR. Sa capacité théorique de traitement est de 720 kg de DBO5/jour. La mesure DBO5, c'est-à-dire la demande biochimique en oxygène 5, qui mesure la masse d'oxygène moléculaire consommée par les micro-organismes en cinq jours, dans un litre d'eau à 20°C et à l'obscurité, est un outil qui permet de vérifier la conformité réglementaire des rejets des stations d'épuration urbaines et industrielles. Dans le cadre de l'instruction de la demande de permis d'aménager litigieux, l'autorité gestionnaire en charge du réseau d'eaux usées a donné un avis favorable assorti de prescriptions reprises à l'article 1er de l'arrêté déféré. Il ressort des éléments d'analyse exposés au point qui précède que si en 2019, pour 9 122 habitants desservis, la capacité de traitement de traitement a été supérieure à celle théorique, en 2020 cette capacité de traitement, pour 9 318 habitants, s'est établie à 697 kg de DBO5/jour, inférieure au seuil de 720 kg de DBO5/jour et que les normes de rejets du système d'assainissement ont été respectées pour les paramètres DBO5, DCO, MES, NGL, hormis le phosphore. Le dépassement de la valeur admissible en phosphore, supérieure à 2 mg/l, est avéré sans que puisse être valablement opposée au préfet l'absence d'indication de la valeur réelle relevée. Le rapport annuel sur le prix et la qualité du service public de l'assainissement collectif pour l'exercice 2021, accessible au juge comme aux parties sur le site internet " services.eaufrance.fr ", mentionne, pour une charge brute de pollution organique reçue par la station de traitement des eaux usées en kg DBO5/j de 484, que l'indice global de conformité des équipements de la station de traitement des eaux usées de la collecte des effluents (P204.3) est de 100 %, comme en 2020, mais, s'agissant de la conformité de la performance des ouvrages d'épuration (P205.3), l'indicateur de la performance de l'ensemble de la station d'épuration au regard des dispositions règlementaires issues de la directive européenne ERU est de 0 %, tout comme en 2020. Ces éléments sont à même de démontrer comme l'expose le préfet une non-conformité de la performance des ouvrages d'épuration de la commune de Pia alors même que la capacité de traitement en équivalent habitant n'est pas atteinte.

8. Il ressort toutefois des pièces versées au dossier que la commune de Pia s'est engagée à la fin de l'année 2021 dans un vaste programme de travaux de mise en conformité de la station d'épuration par le renouvellement d'équipements vétustes ou hors service, complété de travaux et/ou d'études d'amélioration. S'agissant plus particulièrement du traitement du phosphore, effectué par injection de chlorure ferrique dans les cellules SBR, dont la valeur admissible est dépassée, il est prévu le remplacement des pompes à membranes par des pompes péristaltiques. La commune justifie également par un procès-verbal n° 21 de compte rendu de travaux du 24 novembre 2022 de prestations déjà réalisées et de travaux en cours. Il n'est pas allégué que ces travaux de renouvellement, de remplacement de matériel hors service et d'améliorations techniques ne répondraient pas aux exigences de l'arrêté préfectoral du 27 juillet 2022 mettant en demeure la commune de Pia de procéder aux opérations nécessaires à la mise en conformité du système d'assainissement collectif et ne seraient pas à même de mettre fin à la non-conformité de la performance des ouvrages d'épuration du service par rapport aux dispositions de la directive du 21 mai 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, notamment celles relatives aux rejets effectués dans des zones sensibles sujettes à eutrophisation définies à son annexe II ou d'en réduire les rejets à des niveaux admissibles. Il s'ensuit qu'en l'état des données et éléments ci-dessus analysés relatifs à l'engagement de la commune de Pia de mener les travaux nécessaires pour permettre la mise en conformité de sa station d'épuration, dont certains ont depuis lors été réalisés conformément au programme arrêté en 2021, et de ce que l'article R. 442-18 du code de l'urbanisme détermine le moment à partir duquel un permis de construire peut être légalement délivré pour l'édification d'une construction sur un lot d'un lotissement autorisé, il n'est pas établi que le permis d'aménager en litige serait de nature à générer des risques pour la salubrité publique.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le déféré du préfet des Pyrénées-Orientales doit être rejeté.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder le bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la commune de Pia.

D E C I D E :

Article 1er : Le déféré du préfet des Pyrénées-Orientales est rejeté.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pia au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée au préfet des Pyrénées-Orientales, à la commune de Pia et à la société par actions simplifiée Alpha JV.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

M. ALa présidente,

S. Encontre Le greffier,

D. Lopez

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mai 2023

Le greffier,

D. Lopez

dl

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