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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2204850

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2204850

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2204850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le principal du collège Victor Hugo à Sète l'a interdite d'accès à l'établissement à compter du 12 juillet 2022 ;

3°) de mettre à la charge de ce collège une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le collège Victor Hugo de Sète conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

9 octobre 2023.

Par une décision du 12 octobre 2022, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rabaté, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,

- les observations de M. C, pour la rectrice de l'académie de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'assistante d'éducation au collège Victor Hugo à Sète à compter du 1er septembre 2019 par des contrats de travail à durée déterminée conclus pour la période allant du 1er septembre 2019 au 31 août 2020, du 1er septembre 2020 au 31 août 2021, et du 1er septembre 2021 au 31 août 2022. Par un arrêté du 7 juillet 2022, le principal de l'établissement l'a interdite d'accès à l'établissement à compter du 12 juillet 2022. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 12 octobre 2022, postérieure à l'introduction de la requête,

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'éducation, dans sa version applicable au litige : " Les établissements publics locaux d'enseignement sont dirigés par un chef d'établissement. / Le chef d'établissement est désigné par l'autorité de l'Etat. / () En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public. / () " Aux termes de l'article R. 421-12 du même code, dans sa version applicable au litige : " En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public. / S'il y a urgence, et notamment en cas de menace ou d'action contre l'ordre dans les enceintes et locaux scolaires de l'établissement, le chef d'établissement, sans préjudice des dispositions générales réglementant l'accès aux établissements, peut : / 1° Interdire l'accès de ces enceintes ou locaux à toute personne relevant ou non de l'établissement ; 2° Suspendre des enseignements ou autres activités au sein de l'établissement. Le chef d'établissement informe le conseil d'administration des décisions prises et en rend compte à l'autorité académique, au maire, au président du conseil départemental ou du conseil régional et au représentant de l'Etat dans le département ".

5. Il résulte des dispositions précitées que la mesure conservatoire par laquelle le chef d'établissement interdit l'accès à l'établissement à un agent présente un caractère temporaire et doit répondre à des nécessités d'urgence et ne peut être prise qu'en cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement.

6. En premier lieu, cette décision, prise par le principal au titre de ses pouvoirs généraux d'organisation du service et qui ne constitue ni une sanction, ni une mesure de police, n'est pas au nombre de celles qui doivent faire l'objet d'une motivation aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de ce que la décision en litige ne serait pas motivée.

7. En deuxième lieu, si les dispositions précitées de l'article R. 421-12 du code de l'éducation prévoient que le chef d'établissement informe le conseil d'administration des décisions prises et rend compte à l'autorité administrative académique, au maire, au président du conseil général ou du conseil régional et au représentant de l'Etat d'une décision d'interdiction d'accès des locaux, cette obligation en tant qu'elle est postérieure à l'édiction de la décision même, ne constitue pas une formalité dont le non-respect entacherait d'illégalité la mesure d'interdiction elle-même. Par suite, la circonstance, au demeurant non établie, que le principal du collège de Victor Hugo aurait omis d'informer les autorités visées par les dispositions précitées est sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

8. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'affichage de la décision porterait atteinte à la vie privée et familiale, doit être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la hiérarchie de Mme B a été alertée en juillet 2022 sur des relations privilégiées que la requérante entretenait avec une élève et certains parents d'élèves, et des situations conflictuelles au sein de la vie scolaire. Plusieurs rapports de personnels de l'établissement soulignent la proximité de Mme B avec une élève de 4ème. Ces agissements ont conduit la principale adjointe du collège à informer Mme B de son intention ne pas renouveler son contrat ce qui a donné lieu à un comportement agressif de la part de Mme B ainsi que cela résulte notamment des témoignages de deux assistantes d'éducation lequel a donné lieu à un signalement au moyen de l'application " Faits établissement ". Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a également tenu des propos inadaptés le jour suivant à l'occasion des épreuves du diplôme national du brevet, lesquels ont obligés le principal du collège à intervenir afin d'apaiser la situation, sans que l'attitude agressive de la requérante ne cesse. Si Mme B se borne à produire une attestation d'un parent d'élève et d'une enseignante lesquelles vantent son professionnalisme, ces dernières ne suffisent pas à remettre en cause les affirmations circonstanciées, avancées en défense, qui présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. En raison de l'urgence à mettre fin aux troubles suscités par le comportement de Mme B dans la communauté scolaire, le principal du collège a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, et en vertu des pouvoirs qu'il tient de l'article R. 421-12 du code de l'éducation nationale, interdire l'accès de l'établissement, à titre conservatoire et dans l'intérêt du service, à Mme B.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 7 juillet 2022.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative comme des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du collège Victor Hugo, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission de

Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au collège Victor Hugo de Sète.

Copie en sera transmise à la rectrice de l'académie de Montpellier.

Délibéré à l'issue de l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Vincent Rabaté, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Marion Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

V. Rabaté

L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne à la rectrice de l'académie de Montpellier en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 décembre 2024

La greffière,

B. Flaesch sa

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