jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour en qualité de salariée ensemble le rejet de son recours gracieux du 20 juillet 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention " vie privée et familiale ", ou, subsidiairement, en qualité de salariée et, à titre très subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du le code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, avec répartition au prorata de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur le refus de séjour :
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur le rejet du recours gracieux :
- il est insuffisamment motivé faute de mentionner la présence de sa sœur et de son neveu et l'aide qu'elle leur apporte ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation dès lors que le préfet n'a pas examiné la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'elle a formé dans le cadre du recours gracieux ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie personnelle et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 1er août 2022 à hauteur de 55 pour cent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Mazas, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante marocaine née le 2 mars 1978, déclare être entrée en France durant l'année 2012 sous couvert d'un titre de séjour longue durée délivré par les autorités espagnoles. Elle a présenté une demande d'admission au séjour le 11 janvier 2016, rejetée le 31 mars 2016 puis à nouveau le 20 décembre 2017, dont la légalité a été confirmée par le Tribunal le 6 juin 2019 et la cour administrative d'appel de Marseille le 13 octobre 2020. Le 5 avril 2022, Mme A a présenté une demande d'admission au séjour en qualité de salariée. Par une décision du 27 avril 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour en cette qualité. Mme A a présenté un recours gracieux par courrier du 1er juillet 2022, rejeté le 20 juillet 2022. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, pour refuser d'admettre Mme A au séjour en qualité de salariée, le préfet de l'Hérault, qui n'est pas tenu de rappeler l'ensemble des circonstances de fait mais uniquement les motifs qui constituent le fondement de sa décision, a visé les textes applicables et fait mention de la situation personnelle et professionnelle de Mme A, notamment la présentation par cette dernière d'un contrat à durée déterminée à temps complet et d'avenants prolongeant le contrat jusqu'au mois de mars 2022, et précisé qu'elle ne satisfait à aucune des conditions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus d'admission au séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Bien que la requérante établisse résider chez sa sœur et son beau-frère et lui avoir apporté une aide à la suite d'une opération chirurgicale lourde qu'elle a subie, notamment en assurant un accompagnement à son neveu né le 2 avril 2012, elle ne justifie toutefois pas qu'une telle aide serait toujours nécessaire ni qu'elle serait la seule à pouvoir l'apporter. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant, en prenant la décision de refus de séjour contestée.
4. En troisième lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
5. Il ressort des pièces du dossier que bien que saisi par Mme A d'une demande d'admission au séjour en qualité de salariée, le préfet de l'Hérault a, à cette occasion, examiné la possibilité d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas, à l'occasion du recours gracieux qu'elle a présenté, procédé à un examen particulier de sa demande.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". L'article L. 432-13 du même code dispose : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435- 1. ".
7. Si la requérante, qui est titulaire d'un titre de séjour espagnol l'autorisant à travailler en Espagne dont le dernier renouvellement est daté du 12 juillet 2021, prétend résider en France depuis plus de dix années à la date de l'arrêté contesté, les documents qu'elle produit au dossier, essentiellement des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat, des ordonnances médicales et quelques factures, ne permettent pas d'établir la résidence habituelle et continue en France dont elle se prévaut. Par suite, le moyen tiré que la commission du titre de séjour devait être saisie doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme A se prévaut de son intégration professionnelle en qualité de femme de chambre et de ce qu'elle est titulaire d'un contrat à durée déterminée puis depuis le 14 janvier 2022 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, alors qu'au demeurant l'intéressée a été embauchée sans disposer d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente, les éléments dont elle se prévaut ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer qu'elle ferait état de motifs exceptionnels justifiant que le préfet mette en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Outre son intégration professionnelle mentionnée ci-dessus, la requérante fait valoir qu'elle est présente en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée et qu'elle apporte une aide à sa sœur et son beau-frère, notamment afin de s'occuper de son neveu. Toutefois, célibataire et sans enfant, elle ne démontre pas qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine, où résident toujours plusieurs membres de sa fratrie et où elle a résidé au moins jusqu'à l'âge de 35 ans, tandis qu'ainsi qu'il a été exposé au points 3 et 7, elle ne justifie pas du caractère habituel de son séjour en France depuis plus de dix ans ni du caractère persistant de l'aide familiale qu'elle soutient apporter à sa sœur. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations et dispositions précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
10. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, l'autorité préfectorale a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de l'Hérault et à Me Mazas.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
Mme Adrienne Bayada, première conseillère,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
A. B Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
A. Farell
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 19 septembre 2024.
La greffière,
A. Farell
N°2204944
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026