jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2204967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | EPAILLY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 2 août 2022, 16 et 27 juin 2024,
M. A B représenté par Me Epailly demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle le président de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation ne lui a accordé qu'une somme de 4 000 euros au titre de l'article 3 de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser 20 000 euros en réparation de ses préjudices et, à titre subsidiaire, la somme de 12 000 euros correspondant à la somme forfaitaire de 4 000 euros complétée de 1 000 euros par année supplémentaire jusqu'en 1975 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle ne prend pas en compte la période postérieure au 30 mars 1966.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2022, l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'a commis aucune erreur de fait en se basant sur le certificat administratif du 11 septembre 2019 attestant de la présence du requérant dans le hameau de Pujol de Bosc à Villeneuve de Minervois du 27 octobre 1965 au 30 mars 1966.
Vu la décision du 30 juin 2023 par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A B.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°2022-229 du 23 février 2022 ;
- le décret n°2022-394 du 18 mars 2022 ;
- le décret n° 2023-890 du 21 septembre 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Souteyrand ;
- les conclusions de M. Chevillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a sollicité le bénéfice du mécanisme de réparation des préjudices subis par les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et de réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français, instauré par la loi 2022-229 du 23 février 2022. Par une décision du 8 juillet 2022, le président de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation lui a attribué la somme de 4 000 euros. M. B demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle ne lui attribue que la somme de 4 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 juillet 2022 :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français : " La Nation exprime sa reconnaissance envers les harkis, les moghaznis et les personnels des diverses formations supplétives et assimilés de statut civil de droit local qui ont servi la France en Algérie et qu'elle a abandonnés. / Elle reconnaît sa responsabilité du fait de l'indignité des conditions d'accueil et de vie sur son territoire, à la suite des déclarations gouvernementales du 19 mars 1962 relatives à l'Algérie, des personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et des membres de leurs familles, hébergés dans des structures de toute nature où ils ont été soumis à des conditions de vie particulièrement précaires ainsi qu'à des privations et à des atteintes aux libertés individuelles qui ont été source d'exclusion, de souffrances et de traumatismes durables ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " Les personnes mentionnées à l'article 1er, leurs conjoints et leurs enfants qui ont séjourné, entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975, dans l'une des structures destinées à les accueillir et dont la liste est fixée par décret peuvent obtenir réparation des préjudices résultant de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans ces structures. / La réparation prend la forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures, versée dans des conditions et selon un barème fixés par décret. Son montant est réputé couvrir l'ensemble des préjudices de toute nature subis en raison de ce séjour. En sont déduites, le cas échéant, les sommes déjà perçues en réparation des mêmes chefs de préjudice ". Aux termes de l'article 4 de cette loi : " I.- Il est institué auprès du Premier ministre une commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles. Cette commission est chargée : / () / 2° De statuer sur les demandes présentées sur le fondement de l'article 3 ; / () / II.- L'Office national des combattants et des victimes de guerre assiste la commission mentionnée au I dans la mise en œuvre de ses missions. / A ce titre, il assure le secrétariat de la commission, instruit les demandes qui lui sont adressées et exécute les décisions qu'elle prend sur le fondement du 2° du même I () ". Aux termes de l'article 9 du décret du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles : " Le montant de la réparation mentionnée à l'article 3 de la loi du 23 février 2022 susvisée comporte les éléments suivants : / 1° Une somme minimale, fixée à 2 000 euros lorsque le demandeur a séjourné dans les structures évoquées à ce même article pendant une durée inférieure à trois mois et à 3 000 euros pour une durée supérieure ; / 2° Une somme proportionnelle à la durée effective du séjour, correspondant à 1 000 euros pour chaque année passée par le demandeur au sein de ces structures, toute année commencée étant intégralement prise en compte ".
3. Par les seules pièces qu'il produit dans le dernier état de ses écritures, comprenant des certificats de scolarité à l'école élémentaire César Vinas et au collège Paul Dardé de Lodève établis en octobre 2022, mentionnant sa résidence dans le " HLM de Montifort D 32 à Lodève ", M. B, qui a soutenu, à l'appui de son recours gracieux, avoir vécu avec toute sa famille de 1966 à 1975 dans un appartement ancien de trois pièces loué par son père dans le centre-ville de Lodève, n'établit pas avoir séjourné, du 30 mars 1966 au 31 août 1972, a minima, dans " la cité de Montifort " sur le territoire de la commune de " Lodève ", seule initialement visée à l'article 9 susmentionné du décret du 18 mars 2022 précité, avant sa modification par le décret du 21 septembre 2023, postérieurement à la décision en litige, dont les précisions que contient ce dernier doivent être prises en compte pour apprécier sa demande dès lors qu'y sont mentionnées les trois cités " de la Gare, de Montifort et des Gobelins " ayant seules servi de structures d'accueil et d'hébergement des harkis sur le territoire de la commune de Lodève. Par suite, en se bornant à prendre en compte, à la suite du recours gracieux introduit le 2 août 2022, le seul certificat administratif du 11 septembre 2019 attestant que M. B a résidé dans le hameau de Pujol-de-Bosc à Villeneuve-Minervois du 27 octobre 1965 au 30 mars 1966, structure également visée au décret précité, pour établir le montant de l'indemnisation due à l'intéressé, le président de la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis et autres personnes rapatriées d'Algérie n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait ou de droit. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le président de ladite commission a évalué à la somme de 4 000 euros, le montant de l'aide de solidarité instauré par la loi 2022-229 du 23 février 2022 due à M. B.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Les conclusions de M. B, tendant à la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'il déclare avoir subis du fait de l'indignité de ses conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français, relèvent d'un litige distinct de celles pour lesquelles le requérant a introduit la présente instance et qui concernent la mise en œuvre du décret du 28 novembre 2020 dont la finalité est d'apporter une aide de solidarité à ses destinataires, afin de prendre en charge des dépenses ayant un caractère essentiel que ce soit dans les domaines du logement, de la formation et l'insertion professionnelle. Ces conclusions sont par suite irrecevables. Le rejet de ces conclusions par le motif considéré ne fait toutefois pas obstacle à ce que M. B saisisse, s'il s'y croit fondé, l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre d'une nouvelle demande en application de la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français.
5. Il résulte de toute ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, étant partie perdante à l'instance, ses conclusions tendant au remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre et à Me Epailly.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Souteyrand, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
E. Souteyrand
L'assesseure la plus ancienne,
A.Bayada La greffière,
A. Farell
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 19 septembre 2024.
La greffière,
A. Farell
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