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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205107

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205107

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait, le cas échéant, être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ou, à défaut, le réexamen de sa situation et ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée s'agissant notamment de son engagement en tant que bénévole ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au vu de son engagement en tant que bénévole ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant donné son engagement bénévole, sa maitrise de la langue française et son intégration sociale et professionnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au vu des conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est irrégulière par voie de conséquence de l'irrégularité entachant la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales étant donné qu'elle craint pour son intégrité et sa vie en cas de retour en Albanie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Rosé, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante albanaise née en 1989, est entrée sur le territoire français le 4 mars 2017. Par décision du 31 juillet 2017, l'office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 18 janvier 2018. L'intéressée a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour de quatre mois, par arrêté du 30 avril 2019. Par arrêté du 22 août 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français en fixant le pays à destination duquel elle pourrait, le cas échéant, être reconduite d'office. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a suivi avec assiduité pendant plusieurs années des cours de français auprès d'une association avant d'intervenir elle-même afin d'aider des étrangers à l'apprentissage de la langue française. Elle exerce par ailleurs trois jours par semaine, depuis septembre 2019, des fonctions de bénévole auprès de la Croix Rouge française pour assurer la gestion d'une boutique de l'association. Si Mme A exerce une activité professionnelle réduite, en qualité d'aide-ménagère au domicile de plusieurs particuliers depuis 2020, elle établit l'existence de perspectives professionnelles compte tenu d'un diplôme en " administration publique " obtenu en Albanie et de la validation, depuis son entrée en France, d'une certification en naturopathie ainsi qu'en comptabilité et gestion. Enfin, l'intéressée, qui est actuellement hébergée par son frère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valide jusqu'en novembre 2023 au titre de la protection subsidiaire, démontre l'existence de relations sociales sur le territoire depuis son entrée en France. Dans ces conditions, eu égard aux efforts important d'intégration dont fait état Mme A, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision refusant de délivrer un titre de séjour à Mme A doit être annulé. Par voie de conséquence, il y a lieu de prononcer également l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu par l[SÉ1]e tribunal, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme A un titre de séjour, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Dans cette attente, du fait de l'annulation par voie de conséquence de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet délivrera sans délai une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 précité. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rosé de la somme de 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Hérault du 22 août 2022 pris à l'encontre de Mme A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à Mme A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rosé une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de l'Hérault et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 15 décembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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