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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205221

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205221

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 17 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault :

- de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ",

- à défaut, de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de communiquer l'entier dossier de sa demande de titre de séjour et, à titre subsidiaire, de prendre en compte sa demande de titre de séjour " salarié " présentée le 5 mai 2022 et reçue par la préfecture le 9 mai 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ; elles ne comportent aucune motivation en fait ou en droit quant à l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié et en qualité de tierce personne aidante de son père malade ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet de sa demande ; elles n'ont pas statué sur sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et sur sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " en qualité de tierce personne aidante de son père malade ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

*elle présente des motifs humanitaires et exceptionnels justifiant la mise en œuvre de l'article ;

*elle peut bénéficier de la procédure d'admission exceptionnelle au séjour et justifie d'un emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 25 août 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Mazas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité albanaise, est entrée en France, selon ses déclarations, le 11 février 2015. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. En l'espèce, alors que Mme C a présenté, le 5 mai 2022, une demande, reçue le 9 mai 2022 par les services de la préfecture, afin d'obtenir la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et du mémoire en défense que l'administration n'a examiné la demande de l'intéressée qu'au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault, qui n'a pas procédé à un examen complet de la demande de Mme C, ne peut utilement faire valoir en défense que l'intéressée ne remplirait pas les conditions d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, la décision de refus de titre de séjour litigieuse est entachée d'un défaut d'examen de la situation de l'intéressée au regard des dispositions précitées au point 2.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de l'Hérault procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre au préfet d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Mazas, avocate de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de Me Mazas.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mazas, avocate de Mme C, une somme de 1 200 euros, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 décembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

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