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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205222

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205222

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MAZAS - ETCHEVERRIGARAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2022, M. D A C, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault :

- de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

- dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente que le préfet de l'Hérault statue sur le recours en cours d'instruction ;

4°) de mettre à la charge l'Etat à verser à son conseil la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 35 et 67 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 29 novembre 2022, présenté pour M. A C n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Par une décision du 25 août 2022, M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Mazas, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour refuser d'octroyer un titre de séjour à M. A C, le préfet de l'Hérault a relevé, au titre de l'article 9 de l'accord franco-marocain, qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour et, au titre de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, que le fait de disposer d'une promesse d'embauche ne constituait pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. La décision attaquée mentionne également que les pièces versées au dossier ne permettent pas de justifier sa présence habituelle et continue en France depuis dix ans et que, marié et sans enfant, il ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine où résident son épouse ainsi que trois de ses sœurs. Le préfet de l'Hérault, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et professionnelle de M. A C, n'a ainsi pas insuffisamment motivé les décisions litigieuses alors, au demeurant, qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant aurait transmis au préfet des éléments relatifs au fait qu'il assistait dans leur vie quotidienne ses parents âgés résidant en France sous couvert de cartes de résidents.

3. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être évoqués au point précédent, le préfet n'a pas entaché les décisions attaquées d'un défaut d'examen réel et complet de la situation de M. A C. Par ailleurs, en l'absence de présentation d'un visa long séjour, la circonstance que le préfet de l'Hérault n'ait pas fait référence à la liste des métiers en tension concernant la promesse d'embauche du requérant en qualité de manutentionnaire en maçonnerie au sein de l'entreprise GIP Construction à Palavas-les-Flots spécialisée dans les travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment n'est pas davantage de nature à caractériser ce défaut d'examen réel et complet de la situation de l'intéressé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' (). Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code précité n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. En revanche, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont applicables aux ressortissants marocains en matière de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

7. D'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester le refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. En tout état de cause, si M. A C se prévaut de ce qu'il disposerait d'une promesse d'embauche en qualité de manutentionnaire en maçonnerie au sein de l'entreprise GIP Construction à Palavas-les-Flots spécialisée dans les travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment, cette circonstance ne suffit pas pour démontrer que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour " salarié ", aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

8. D'autre part, M. A C est entré en France pour la première fois le 21 décembre 1989 dans le cadre d'un regroupement familial et a obtenu une carte de résident pour la période du 28 août 1993 au 27 août 2003. Cependant, il a fait l'objet le 11 février 2000, d'une interdiction du territoire français d'une durée de cinq ans, prononcée par le tribunal correctionnel de Montpellier, suite à sa condamnation pénale pour détention et usage illicite de stupéfiants et cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnelle, et a été reconduit au Maroc le 23 mars 2002 suite à son incarcération. M. A C, qui soutient être entré pour la dernière fois en France en 2010 de manière irrégulière, a fait l'objet de mesures d'éloignement les 24 mars 2011 et 13 mars 2013, décisions confirmées par le tribunal administratif de Montpellier puis par la cour administrative d'appel de Marseille. Contrairement à ce qu'il allègue, M. A C n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident toujours son épouse ainsi que ses trois sœurs de nationalité marocaine et où il a vécu, au moins, jusqu'à l'âge de 35 ans. En outre, s'il soutient qu'il assiste ses parents âgés de 74 ans et 80 ans dont l'état de santé s'est dégradé et qui résident régulièrement sur le territoire, il n'établit, ni que sa présence serait indispensable aux côtés de ses parents, ni qu'il serait la seule personne susceptible de leur apporter une aide alors que son frère de nationalité française réside également sur le territoire. Dans ces conditions, et en dépit de la date de sa première entrée en France dans le cadre d'un regroupement familial alors qu'il était mineur, le préfet n'a pas, en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en vue de la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", commis d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A C n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 23 décembre 2022.

La greffière,

I. Laffargue

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