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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2205594

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205594

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2022, M. A B, représenté par

Me Chaib, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mai 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFPRA de lui reconnaitre cette qualité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a entrepris des démarches pour obtenir une nationalité ;

- il ne peut obtenir la citoyenneté des Etats dont il est susceptible d'être ressortissant ;

- l'OFPRA a commis une erreur de droit car l'Office n'a pas vérifié la sincérité du document d'identité qu'il a présenté et, en qualité d'orphelin sans papier d'identité, il est apatride de fait car dans l'impossibilité de prétendre à une quelconque nationalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le demandeur ne justifie pas de son identité et donc de la pertinence des démarches entreprises ;

- il ne lui revient pas d'effectuer des démarches à la place du demandeur ;

- la reconnaissance du statut d'apatridie ne relève pas d'une situation de fait mais doit être appréciée au regard de la législation des Etats.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York du 28 septembre 1954 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est né, en vertu d'un jugement déclaratif de naissance du 5 juillet 2017, le 12 août 1993 en république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan. Prétendant ne pouvoir se prévaloir d'aucune nationalité, M. B a sollicité la reconnaissance du statut d'apatride sur le fondement des stipulations de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision du 20 mai 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article 1er, paragraphe 1, de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme ''apatride'' désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel. Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit des démarches répétées et assidues, le ou les Etats de la nationalité desquels elle se prévaut ont refusé de donner suite à ses démarches.

3. M. B soutient être né d'un père azerbaidjanais et d'une mère arménienne. Ses parents auraient fui l'Azerbaïdjan peu de temps après sa naissance pour rejoindre l'Arménie. Au cours de l'année 1994, soit dans l'année suivant sa naissance, sa mère serait décédée et son père l'aurait abandonné pour retourner en Azerbaïdjan. Après un parcours d'errance, en Arménie puis en Russie alors qu'il aurait vécu auprès d'un ressortissant arménien, il est entré sur le territoire français en qualité de mineur et a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance par jugement du 27 janvier 2010.

4. Pour refuser à M. B la qualité d'apatride, le directeur général de l'OFPRA s'est fondé sur la circonstance que son état civil ne pouvait être considéré comme établi. Il ressort en effet des pièces du dossier que le document présenté par M. B pour justifier de ses origines est une copie de son acte de naissance. Or, celui-ci fait référence à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan ainsi qu'au ministre de la défense de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques alors même que ces entités avaient, à cette date, cessé d'exister. Il est également fait état d'un courrier du ministère des affaires étrangères de la république d'Azerbaïdjan selon lequel la naissance de l'intéressé n'est pas inscrite sur les registres d'état civil. Par voie de conséquence, l'OFPRA a estimé que les démarches de M. B, entreprises auprès des ambassades d'Azerbaïdjan, de Russie et d'Arménie, ne pouvaient être regardées comme adéquates. L'organisme a également souligné que les démarches effectuées auprès de l'ambassade azerbaïdjanaise étaient insuffisamment substantielles.

5. Toutefois, le récit de M. B est constant depuis son arrivée en France et a notamment été jugé cohérent par les personnes responsables de son suivi au sein des services départementaux de l'aide sociale à l'enfance. Il a, par ailleurs, été relevé une situation d'isolement de M. B en tant que mineur. Un rapport d'août 2010 relève, également ,que

M. B parle uniquement arménien et que la copie de son acte de naissance est le seul document en sa possession.

6. Néanmoins, à supposer même que le récit, et les quelques éléments présentés par le requérant, puissent être pris en compte pour établir son identité, les démarches qu'il a entreprises auprès de l'ambassade d'Azerbaïdjan, consistant en l'envoi de deux courriers en recommandé avec accusé de réception dans lesquels il sollicite l'obtention de la nationalité de cet Etat, demeurent limitées. Ainsi, il n'a pas entrepris de déposer un dossier de demande de nationalité ni tenté d'obtenir des informations complémentaires sur son père et une éventuelle reconnaissance de paternité alors qu'il connaît l'identité de ce dernier. Egalement, s'il a transmis, par voie postale, un dossier de demande de nationalité arménienne, alors même qu'il avait été informé de la nécessité de le déposer sur place, il n'a pas mentionné l'identité de sa mère, de nationalité arménienne, ou même sa situation familiale alors qu'il vit, en France, en concubinage avec une ressortissante arménienne avec laquelle il a deux enfants.

7. Dans ces conditions, à supposer même que M. B puisse se prévaloir de l'identité qu'il invoque, il n'établit pas la réalisation de démarches répétées et assidues en vue de voir reconnaitre la nationalité à laquelle il prétend.

8. Alors qu'il résulte de l'instruction que l'OFPRA aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Me Chaib et à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A Barthélémy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 27 juin 2024.

La greffière,

M-A Barthélémy

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