lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le
17 janvier 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler une décision du 6 septembre 2022 par laquelle la préfecture des Pyrénées-Orientales a refusé de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui fixer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, sinon de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- L'auteur de la décision attaquée est incompétent et n'est pas identifié en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration,
- La décision est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- La décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête :
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Par courrier du 10 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 septembre 2022 dès lors que celle-ci ne constitue pas une décision faisant grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur,
- et les observations de Me Sergent, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B épouse C, ressortissante algérienne née le 1er février 1992, demande au tribunal l'annulation d'une décision par lequel la préfecture des Pyrénées-Orientales a refusé de lui fixer un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour.
2. Le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, motif pris du caractère incomplet du dossier, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.
3 D'une part, l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que l'étranger qui dépose une demande de titre de séjour doit présenter à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par l'arrêté du 30 avril 2021 composant l'annexe 10 à ce code. L'annexe 10 prévoit, au sein de la rubrique 29, pour les demandes de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivrée à l'étranger conjoint de Français : " () 2. Pièces à fournir [pour la délivrance de la CST portant la mention "vie privée et familiale" prévue à l'article L. 423-2] : () visa de long séjour () si vous n'êtes pas en possession d'un visa de long séjour : / -justificatif de l'entrée régulière en France : visa et tampon d'entrée sur le passeport, ou déclaration d'entrée si vous êtes entré par un autre Etat de l'espace Schengen ; () ".
4 D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française () ". Si l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour dès lors que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 29 août 2022, Mme C a sollicité un rendez-vous pour enregistrer sa demande de certificat de résidence algérien en qualité de conjoint de français en indiquant elle-même qu'elle ne disposait d'aucun visa mais en sollicitant un visa de régularisation. Toutefois, la requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 436-4 du code précité, ni, au demeurant, ceux de l'article
L. 312-3 du même code, pour déposer concomitamment à sa demande de titre de séjour, une demande de visa de régularisation. Par suite, le courriel des services de la préfecture du
6 décembre 2022 refusant de fixer un rendez-vous pour enregistrer la demande de certificat de résidence de la requérant, en raison de son caractère incomplet du fait de l'absence de production d'un visa de long séjour sinon d'un justificatif d'entrée régulière en France, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée comme irrecevable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
La greffière,
A. Lacaze
La République mande et ordonne au des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 octobre 2024.
La greffière,
A. Lacaze
N°2205785sa
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