jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2205889 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2022, M. F E, représenté par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mars 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 7 mars 2022, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration au paiement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi qu'aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision a été édictée sans que soit prise en compte sa vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 22 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant afghan né le 24 décembre 1996, a déposé une première demande d'asile, enregistrée le 7 octobre 2021 en procédure Dublin, et a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier recommandé du 27 janvier 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé le requérant de son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile, compte tenu de son refus de se soumettre à un test covid dans le cadre du transfert Dublin, en lui donnant un délai de quinze jours pour présenter ses observations. M. E a formulé des observations par courrier du 14 février 2022. Par une décision du 7 mars 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. E. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. Par une décision du 26 octobre 2021, produite à l'appui de son mémoire en défense, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à M. B A, directeur territorial à Montpellier, et signataire de la décision du 7 mars 2022, à l'effet de signer tous les actes se rapportant aux missions dévolues à la direction de Montpellier telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. La décision attaquée, qui vise les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée sur le fait que M. E n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités (refus de test Covid dans le cadre du transfert Dublin). Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de son défaut de motivation peut, dès lors, être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".
5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. D, qui n'allègue d'aucun motif susceptible de justifier sa position, a refusé de se soumettre au test covid nécessaire à son transfert programmé aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. C'est donc à bon droit qu'il a été regardé comme n'ayant pas respecté ses obligations de se présenter aux autorités pour permettre l'exécution de son transfert. M. D soutient que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas pris en compte sa vulnérabilité, en faisant valoir qu'il souffre de problèmes de santé et vit dans une situation financière précaire. Toutefois il produit une seule pièce médicale antérieure à la décision contestée, qui évoque une simple consultation médicale, et une attestation postérieure, qui évoque un suivi psychologique depuis quelques semaines. Dans ces conditions, et alors que M. D est célibataire et sans charge de famille, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation de vulnérabilité, qui aurait été commise par le préfet, en méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de la décision prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 7 mars 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
7. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. E tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sont sans objet et doivent être rejetées.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hosseini Hassab.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
Mme Sophie Crampe, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
M. C
La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
A. Junon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 novembre 2024.
La greffière,
A. Junon 00
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