Le Tribunal Administratif de Montpellier (5ème Chambre) a rejeté les requêtes de Mme D... et de M. C... contestant la délibération du conseil municipal du Crès du 16 décembre 2021 instituant une redevance de stationnement au lac du Crès. Le tribunal a jugé que les conclusions dirigées contre cette délibération étaient tardives, car présentées plus de deux mois après sa publication, et que les requérants ne justifiaient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir. Sur le fond, il a estimé que la délibération était légale, le conseil municipal étant compétent pour fixer les tarifs, et que la différence de traitement entre résidents et non-résidents était justifiée par l'intérêt général et proportionnée. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ont été écartés.
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022 sous le n° 2205948, Mme A... D..., représentée par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du conseil municipal de la commune du Crès du 16 décembre 2021 instituant une redevance de stationnement et fixant les tarifs de stationnement au lac du Crès ainsi que la décision implicite rejetant la demande de retrait de cette délibération ;
2°) d’enjoindre à la commune du Crès de mettre fin à la redevance de stationnement avec astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’abroger la même délibération et prononcer la même injonction avec la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de la commune du Crès une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le conseil municipal n’a pas compétence pour règlementer les tarifs de stationnement ;
- l’auteur du rejet de la décision implicite est incompétent ;
- la tarification pour les non-résidents est entachée de rupture d’égalité ; il existe une différence de traitement alors qu’il n'existe pas objectivement de différence de situation et l’intérêt général n’est pas satisfait ; la différence de tarif est sans rapport avec l’exploitation du service ; la différence de traitement est disproportionnée puisque le coût sera de 35 euros pour 10 heures alors que le parking n’offre aucun aménagement particulier et que les foyers les plus modestes seront indistinctement impactés quels que soient leurs revenus ;
- la délibération est entachée d’une erreur de droit en tant qu’il n’existe aucun lien entre la redevance et l’amélioration du service rendu ;
- l’article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques est méconnu dès lors que le tarif applicable pour le stationnement ne tient nullement compte de l’importance du service rendu ; une grande partie du parking consiste à se garer dans un champ sans aucun aménagement particulier et il n’existe quasiment aucun aménagement pour les personnes handicapées ;
- l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est méconnu dès lors qu’en instaurant cette redevance la commune porte atteinte à l’épanouissement personnel puisqu’elle va priver de nombreux héraultais et touristes de la possibilité de profiter de ce lieu relevant du domaine public ;
- la tarification est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2023, la commune du Crès conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D... une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la délibération du 16 décembre 2021 sont tardives ;
- Mme D... ne justifie pas d’un intérêt lui donnant qualité à agir ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2024.
II - Par une requête enregistrée le 7 mai 2023 sous le n° 2302660, M. B... C..., représenté par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d’annuler la délibération du conseil municipal de la commune du Crès du 16 décembre 2021 instituant une redevance de stationnement et fixant les tarifs de stationnement au lac du Crès ainsi que la décision implicite rejetant la demande de retrait de cette délibération ;
2°) d’enjoindre à la commune du Crès de mettre fin à la redevance de stationnement avec astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’abroger la même délibération et prononcer la même injonction avec la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de la commune du Crès une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- par un courrier du 30 mars 2023, dans le délai de recours contentieux, il a sollicité la communication des motifs du refus de sa demande de retrait de la délibération mais aucune réponse ne lui a été fournie de sorte que la décision implicite de refus est entachée d’un défaut de motivation ;
- le conseil municipal n’a pas compétence pour règlementer les tarifs de stationnement ;
- l’auteur du rejet de la décision implicite est incompétent ;
- la tarification pour les non-résidents est entachée de rupture d’égalité ; il existe une différence de traitement alors qu’il n’existe pas objectivement de différence de situation et l’intérêt général n’est pas satisfait ; la différence de tarif est sans rapport avec l’exploitation du service ; la différence de traitement est disproportionnée puisque le coût sera de 35 euros pour 10 heures alors que le parking n’offre aucun aménagement particulier et que les foyers les plus modestes seront indistinctement impactés quels que soient leurs revenus ;
- la délibération est entachée d’une erreur de droit en tant qu’il n’existe aucun lien entre la redevance et l’amélioration du service rendu ;
- l’article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques est méconnu dès lors que le tarif applicable pour le stationnement ne tient nullement compte de l’importance du service rendu ; une grande partie du parking consiste à se garer dans un champ sans aucun aménagement particulier et il n’existe quasiment aucun aménagement pour les personnes handicapées ;
- l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est méconnu dès lors qu’en instaurant cette redevance la commune porte atteinte à l’épanouissement personnel puisqu’elle va priver de nombreux héraultais et touristes de la possibilité de profiter de ce lieu relevant du domaine public ;
- la tarification est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, la commune du Crès conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C... une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la délibération du 16 décembre 2021 sont tardives ;
- M. C... ne justifie pas d’un intérêt lui donnant qualité à agir ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gimenez, représentant la commune du Crès.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 16 avril 2021, le conseil municipal de la commune du Crès a décidé, à titre expérimental, d’instituer une redevance de stationnement entre le samedi 5 juin et le dimanche 12 septembre 2021 tous les jours sur les parkings du Lac de 10 heures à 22 heures et sur l’avenue du Mistral entre l’avenue de la Tramontane et la rue François Mitterrand de 10 heures à 20 heures et de limiter la durée du stationnement à 10 heures, a fixé le barème tarifaire et le tarif du forfait de post-stationnement et accordé la gratuité intégrale du stationnement aux habitants du Crès. Par délibération du 16 décembre 2021, le conseil municipal de la commune du Crès a décidé de maintenir cette redevance de stationnement de manière définitive et de fixer le barème tarifaire de paiement immédiat par heure variant de 2 euros pour une heure à 35 euros pour 10 heures de stationnement et la même somme pour le forfait post-stationnement tout en accordant, comme durant l’expérimentation, la gratuité aux habitants de la commune. Par les présentes requêtes, Mme A... D... et M. B... C... demandent chacun au tribunal d’annuler cette délibération ainsi que la décision implicite rejetant leur demande de retrait.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2205948 et n° 2302660 de Mme D... et de M. C... sont dirigées contre les mêmes décisions et présentent à juger des questions semblables. Elles ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune :
3. Pour justifier de leur intérêt à agir contre cette délibération, Mme D... et M. C... indiquent vivre pour la première à Montpellier et pour le second avoir une location à Saint-Geniès-des-Mourgues alors qu’il réside à Strasbourg, donc non-résidents de la commune du Crès. Ils se prévalent de l’impact de la délibération sur leur situation personnelle en ce qu’ils sont contraints de payer le stationnement pour avoir accès au lac, ce qui en fait un loisir onéreux notamment au regard de leurs revenus. Toutefois, les requérants n’apportent aucun élément de nature à établir leur qualité d’usagers des stationnements en cause et n’établissent pas avoir déjà fréquenté le site du lac du Crès à la date d’introduction de leur requête. Leur simple qualité d’habitants de communes du département de l’Hérault, même voisine de celle du Crès s’agissant de Montpellier, ne suffit pas à leur conférer un intérêt personnel, direct et certain pour demander l’annulation d’une délibération instaurant une redevance de stationnement sans qu’ils justifient avoir été contraints d’acquitter la redevance contestée. Enfin, dès lors que l’existence de l’intérêt à agir s’apprécie à la date d’enregistrement de la requête, la circonstance que Mme D... a stationné son véhicule le 6 juin 2023 de 16h05 à 17h50 dans le parking en question, postérieurement à la date d’introduction de sa requête le 16 novembre 2022, est sans incidence. Il y a lieu, par suite, d’accueillir en tout état de cause, la fin de non-recevoir opposée par la commune du Crès tirée du défaut d’intérêt à agir de Mme D... et de M. C....
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres fins de non-recevoir opposées par la commune, que les requêtes doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de la commune du Crès qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme D... et M. C... au titre des frais non compris dans les dépens qu’ils ont exposés. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme D... et de M. C... une somme de 750 euros chacun à verser à la commune du Crès sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme D... et de M. C... sont rejetées.
Article 2 : Mme D... et M. C... verseront chacun à la commune du Crès la somme de 750 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D..., à M. B... C... et à la commune du Crès.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
L. Salsmann
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 15 octobre 2024.
La greffière,
L. Salsmann