Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2205991

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2205991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2022, complétée par une pièce le 17 novembre 2022, Mme C B, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prolongé l'assignation à résidence qui lui était faite pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de l'admettre en procédure normale dans un délai de 8 jours ou à défaut de procéder au réexaminer de sa situation dans le même délai ;

4°) de condamner l'Etat à payer la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et de droit car rien ne s'oppose à l'exécution d'office de la mesure de transfert aux autorités italiennes ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'a jamais tenté de se soustraire à ses obligations et que le préfet ne justifie d'aucune démarche durant les 45 premiers jours d'assignation à résidence : la mesure est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Crampe, première conseillère, pour statuer en tant que juge désigné en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 novembre 2022 :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Moulin, représentant Mme B, absente à l'audience, qui reprend les conclusions et les moyens développés dans la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 1er avril 1993, de nationalité nigériane, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 11 août 2022 selon ses déclarations afin d'y solliciter l'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de remettre Mme B aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un second arrêté du 4 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a assigné à résidence Mme B pour une durée maximale de 45 jours. Par un arrêté en date du 15 novembre 2022 le même préfet a prolongé l'assignation à résidence qui lui était faite pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La décision en litige vise les articles L. 751-1 à L. 751-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se réfère à la décision de remise aux autorités italiennes dont l'accord donné le 30 août 2020 est valable pour une durée de six mois et mentionne que le transfert de l'intéressée pour l'Italie demeure une perspective raisonnable, que la mesure de transfert ne peut être exécutée immédiatement, qu'il y a lieu de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour procéder à son éloignement et que Mme B dispose d'une domiciliation postale dans le département de l'Hérault. S'il est vrai qu'elle comporte la mention erronée des article L. 572-5 et L. 572-6 qui concernent l'édiction de l'assignation et non son renouvellement, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 751-4 de ce code : " () pour l'application du second alinéa de l'article L. 732-3, l'assignation à résidence est renouvelable trois fois. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont transmis leur accord explicite à la reprise en charge de Mme B le 30 août 2022, valable pour six mois. Dans ce délai, et préalablement à l'expiration du délai d'assignation à résidence de 45 jours, le préfet de Haute-Garonne a demandé un " routing d'éloignement " au pôle central d'éloignement de la direction centrale de la police aux frontières. Il en résulte que l'administration a entrepris des diligences visant à permettre la remise de Mme B aux autorités italiennes, et que la perspective de l'exécution de transfert demeure une perspective raisonnable. Mme B entre ainsi dans le cas prévu par ces dispositions qui permettaient à l'autorité administrative de prolonger son assignation à résidence en vue d'une remise aux autorités italiennes. La décision n'est ainsi pas entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur de fait.

6. La circonstance que Mme B se soit présentée à chaque rendez-vous ne permet pas de considérer qu'en prolongeant l'assignation à résidence, mesure alternative à la rétention qui est conditionnée aux garanties de représentation qu'offre la requérante, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de Haute-Garonne du 15 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'admettre la requérante en procédure normale ou de réexaminer sa situation doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de Mme B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Moulin.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 21 novembre 202La magistrate désignée,

S. ALe greffier,

D. Martinier La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 202Le greffier,

D. Martinier