vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2206123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL GERARD DEPLANQUE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 novembre 2022 et 17 février 2023, sous le numéro 2206123, M. D B, représenté par Me C, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2022 par laquelle le président de l'université de Perpignan a prononcé sa suspension ;
2°) de condamner cette université à lui verser la somme de 240 000 euros en réparation des préjudices subis et celle de 15 000 euros en réparation du préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de cette université la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que le président doit justifier de sa qualité pour le suspendre ;
- cette décision participe d'une animosité entre le président de l'université et lui ;
- elle est illégale car repose sur des comportements dont la véracité n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, l'université de Perpignan Via Domitia conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 5 avril 2023 par ordonnance du 5 mars 2024.
Un mémoire, enregistré le 30 janvier 2025, a été présenté pour le ministre de l'enseignement supérieur.
II°) Par une requête enregistrée le 15 mars 2023 sous le numéro 2301452 M. D B, représenté par M. C, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 mars 2023 par laquelle le président de l'université de Perpignan via Domitia a prolongé sa suspension de fonctions à compter de cette décision ;
2°) de condamner cette université à lui verser la somme de 240 000 euros en réparation des préjudices subis et celle de 50 000 euros en réparation du préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de cette université la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision méconnait la règle non bis in idem ;
- cette décision s'inscrit dans le cadre d'agissements de harcèlement moral dont il est victime ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, l'université de Perpignan via Domitia conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté s du 10 février 2012 portant délégation de pouvoirs en matière de recrutement et de gestion de certains personnels enseignants des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par décision du 7 septembre 2022 le président de l'université Via Domitia de Perpignan a prononcé la suspension à titre conservatoire de M. B, maître de conférences à l'institut d'administration des entreprises. Par une décision du 7 mars 2023, il a prolongé sa suspension. Par les requêtes susvisées, M. B demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que la condamnation de 'cette université à réparer les préjudices en résultant.
2. Les requêtes susvisées concernent la situation d'un même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la décision du 7 septembre 2022 prononçant la suspension de M. B de ses fonctions à titre conservatoire :
3. Aux termes de l'article L. 951-4 du code de l'éducation : " Le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut prononcer la suspension d'un membre du personnel de l'enseignement supérieur pour un temps qui n'excède pas un an, sans privation de traitement ". Et aux termes de son article L. 951-3 : " Le ministre chargé de l'enseignement supérieur peut déléguer par arrêté aux présidents des universités et aux présidents ou directeurs des autres établissements publics d'enseignement supérieur, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, tout ou partie de ses pouvoirs en matière de recrutement et de gestion des personnels titulaires, stagiaires et non titulaires de l'Etat qui relèvent de son autorité, dans la limite des emplois inscrits dans la loi de finances et attribués à l'établissement. / Les compétences ainsi déléguées s'exercent au nom de l'Etat et leur exercice est soumis au contrôle financier ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté s du 10 février 2012 portant délégation de pouvoirs en matière de recrutement et de gestion de certains personnels enseignants des établissements publics d'enseignement supérieur et de recherche : " En application de l'article L. 951-3 du code de l'éducation, les présidents et les directeurs des établissements publics d'enseignement supérieur dont la liste est fixée à l'article 3 du présent arrêté reçoivent délégation de pouvoirs du ministre chargé de l'enseignement supérieur pour le recrutement et la gestion des carrières des personnels enseignants appartenant aux corps suivants : / I.- Enseignants-chercheurs régis par le décret du 6 juin 1984 susvisé : / () / 2. Maîtres de conférences () ". Aux termes de son article 2 : " Les présidents et les directeurs des établissements publics d'enseignement supérieur dont la liste est fixée à l'article 3 du présent arrêté reçoivent délégation des pouvoirs du ministre chargé de l'enseignement supérieur pour le recrutement et la gestion des personnels enseignants mentionnés à l'article 1er du présent arrêté en ce qui concerne : () 24. La suspension () ". Et aux termes de son article 3 : " La liste des établissements prévue à l'article 2 du présent arrêté est fixée comme suit : / 1. Etablissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel mentionnés aux articles D. 711-1 à D. 711-6-2 du code de l'éducation () ".
4. Il résulte de l'arrêté du 10 février 2012 que le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a accordé au président de l'université de Perpignan une délégation de pouvoirs lui permettant de prendre à sa place les mesures de suspension des enseignants-chercheurs, et notamment des maîtres de conférences. Dans ces conditions, M. Auguet président de l'université était compétent, au nom de l'Etat, pour suspendre M. B.
5. La mesure de suspension d'un membre du personnel de l'enseignement supérieur, prise sur le fondement de ces dispositions, revêt un caractère conservatoire et vise à préserver l'intérêt du service public universitaire. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que la poursuite des activités de l'intéressé au sein de l'établissement universitaire où il exerce ses fonctions présente des inconvénients suffisamment sérieux pour le service ou pour le déroulement des procédures en cours. En l'absence de poursuites pénales, son maintien en vigueur ou sa prorogation sont subordonnés à l'engagement de poursuites disciplinaires dans un délai raisonnable après son édiction.
6. Pour suspendre M. B de l'exercice de ses fonctions, le président de l'université a relevé qu'il aurait commis des agissements de nature à porter atteinte à la réputation de l'établissement ainsi qu'à celle de ses collègues, en particulier par des publications sur les réseaux sociaux de propos à caractère injurieux, excessif et mensonger mais aussi racistes et pornographiques ainsi que par l'utilisation de la messagerie professionnelle dans le but de diffuser des propos à caractère diffamatoire. Il relève aussi le comportement inapproprié et des propos à caractère agressif à l'encontre d'une collègue et des étudiants de celle-ci.
7. Pour contester la vraisemblance de la réalité des faits ainsi reprochés, M. B se borne à soutenir que leur réalité n'est pas démontrée et n'apporte, au soutien de ses allégations, aucun commencement de preuve pour réfuter les documents produits par l'université. En particulier, il ressort des pièces du dossier que l'université a versé les nombreux courriels que M. B a adressés à des enseignants et étudiants comportant des attaques personnelles sur le précédent président de l'université ainsi que des courriels d'étudiants qui l'ont informée que M. B les avait contactés via leur messagerie électronique personnelle pour leur envoyer son dépôt de plainte contre le président pour harcèlement moral, et le descriptif de l'affaire. En outre, l'université produit également des captures d'écran des réseaux sociaux du requérant où sont tenus des propos malveillants sur l'ancien président, des propos racistes, et où sont postées des photographies de jeunes femmes prises à leur insu. Ces nombreuses pièces permettent d'établir qu'à la date de la suspension prononcée tant la vraisemblance des faits reprochés que leur gravité, au regard de la nature des propos tenus et de la publicité que M. B leur a donnés, étaient suffisamment établis et pouvaient justifier, dans l'intérêt du service, de prononcer sa suspension de fonction. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 951-4 du code de l'éducation que le président de l'université a pu décider de prononcer sa suspension.
8. Enfin, s'il fait état de ce que sa suspension de fonctions ne fait que révéler l'inimitié et l'animosité que président de l'université entretient à son égard, il n'apporte au soutien de ses allégations aucun élément alors au demeurant que la plainte qu'il avait déposée pour harcèlement visait l'ancien président. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'impartialité du président à son égard doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision du 8 septembre 2022 doivent être rejetées.
S'agissant de la décision du 8 mars 2023 portant prolongation de la suspension :
10. Il résulte des mentions de cette décision que la prolongation de la suspension a été décidée au regard de la poursuite de la procédure disciplinaire engagée contre M. B. En particulier, une procédure de dépaysement ayant été déposée et acceptée par le président du conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche le 16 janvier 2023, les poursuites disciplinaires ont été renvoyées devant la section disciplinaire du conseil académique de l'université de Toulouse Jean Jaurès laquelle n'a pas, au 7 mars 2023, rendu son avis sur ces poursuites.
11. D'une part, cette décision constitue une mesure conservatoire uniquement destinée à l'écarter temporairement du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement sur sa situation et n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée. Dans ces conditions, la circonstance que la mesure de prolongation de sa suspension repose sur les mêmes faits ne saurait révéler une méconnaissance de la règle non bis in idem.
12. D'autre part, le détournement de pouvoir, alors que la poursuite de l'action disciplinaire engagée à son encontre n'est pas contestée, n'est pas établi.
13. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 mars 2023.
Sur les conclusions indemnitaires :
14. En l'absence d'illégalité fautive relevée de l'université, M. B n'est pas fondé à demander la réparation de préjudices qu'il estime avoir subis et dont, au demeurant, il ne justifie pas.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Perpignan Via Domitia, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'université de Perpignan Via Domitia.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
La rapporteure,
I. ALe président,
V. Rabaté
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 21 février 2025.
La greffière,
B. Flaesch
Nos 2206123 - 230145sa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026