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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2206363

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2206363

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2206363
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. E D, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du CESEDA dès lors qu'il est père d'un enfant français qu'il a reconnu et pour lequel il participe à son entretien et à son éduction ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il a de nombreuses attaches en France, notamment sa sœur ;

la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lauranson, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G ;

- les observations de Me Cissé pour M. D, présent à l'audience en présence de

M. A B, interprète qui reprend ses écritures ; Me Cissé ajoute que l'OQTF est insuffisamment motivée et que M. D a saisi le juge aux affaires familiales pour qu'il statue sur ses droits en tant que père d'un enfant français ; la décision portant interdiction de retour (IRTF) d'une durée de deux ans est entachée d'erreur d'appréciation.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, né le 15 juillet 1990 à Tagzirt (Maroc), de nationalité marocaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault du 29 novembre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Par un arrêté n°2022-08-DRCL-340 régulièrement publié au recueil spécial n°119 des actes administratifs de la préfecture le 30 août 2022, qui n'avait pas à être joint à l'arrêté contesté, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme F C, cheffe de la section éloignement de la préfecture, aux fins de signer notamment tout arrêté relatif à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué, et notamment des considérations de droit et de fait telles que portées sur l'acte litigieux, que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

5. La décision attaquée, qui mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables ainsi que les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée et n'avait en particulier pas à mentionner l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. D.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans " ;

7. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé était à la date de la décision attaquée incarcéré au centre de détention de Villeneuve-les-Maguelone, après avoir été condamné à une peine d'emprisonnement pour des violences sur la mère de son enfant. Si M. D produit des éléments de la procédure en cours devant le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Montpellier avec des convocations en février et juin 2023, il n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant à la date de la décision. En effet, d'une part, son incarcération a coupé les liens avec celui-ci. D'autre part, dès lors que sa requête devant le juge aux affaires familiales mentionne que la mère de l'enfant refuse qu'il le voit, l'attestation de celle-ci, favorable à M. D mais très laconique, sans être accompagnée d'une pièces d'identité, ne présente pas de garanties d'authenticité. Elle est, en tout état de cause, insuffisante pour établir que M. D contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans et pour qu'il puisse bénéficier de la protection invoquée.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; () ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

9. M. D, soutient être entré en France à l'âge de 12 ans sans avoir quitté le territoire français. Toutefois, il n'apporte aucun élément en ce sens. S'il soutient avoir sa sœur en France, il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales au Maroc. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 et eu égard aux conditions de son séjour notamment son incarcération, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention précitée en prenant l'obligation de quitter le territoire français.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que: " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de M. D.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

15. Les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de l'Hérault.

Le magistrat désigné,La greffière

M. GH

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 décembre 2022.

La greffière

H

2206363

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