Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, M. E... A..., représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du préfet de l’Hérault du 24 juin 2022 lui refusant une carte de résident ainsi que le rejet de son recours gracieux ;
2°) d’ordonner au préfet de l’Hérault la délivrance d’une carte de résident sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
3°) subsidiairement, de lui ordonner le réexamen de la demande de carte de résident dans le délai d’un mois et avec la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’incompétence ;
- le préfet a commis une erreur de droit en s’estimant lié par la condition des ressources non remplies ;
- la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que sa situation professionnelle est favorable ; il a signé un contrat à durée indéterminée le 30 mars 2022 pour un emploi en qualité de chauffeur super poids lourd ; sa période d’essai est terminée et ses revenus sont très honorables puisqu’il gagne mensuellement entre 2 500 et 2 700 euros et a perçu des revenus chaque année depuis l’année 2018 ; sa vie privée et familiale est ancrée en France puisqu’il est entré mineur sur le territoire, a tissé une relation sentimentale avec une française avec laquelle il a eu une fille, née le 24 novembre 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- et les observations de Me Ruffel pour M. A....
Considérant ce qui suit :
1. M. E... A..., né le 31 mars 1998, de nationalité ivoirienne, demande l’annulation de la décision du préfet de l’Hérault notifiée le 24 juin 2022 lui refusant une carte de résident sur le fondement de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que le rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, la décision litigieuse est signée pour le préfet de l’Hérault par
Mme C... B... conformément à la délégation qui lui a été consentie par l’arrêté n°2022. 06. DRLC. 0233 du 2 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible au juge comme aux parties. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision que l’emploi de la conjonction « donc » révèle que le préfet se soit cru en situation de compétence liée par la condition des ressources non remplie. Par suite le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile: « L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / (…) Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail (…) ». Aux termes de l’article R. 431-11 du même code : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ». Aux termes de l’annexe 10 du même code, les pièces justificatives de ressources sont : « justificatifs de vos ressources ou de celles de votre couple si vous êtes mariés (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) ; si vous êtes titulaire de l'allocation adultes handicapés (AAH) ou de l'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) vous devez joindre les justificatifs attestant de votre qualité d'allocataire ».
5. M. A..., pour soutenir que la décision du 24 juin 2022 est entachée d’erreurs de fait et d’appréciation, produit ses bulletins de paye des mois de mars à juillet 2022. Certes les montants de ses salaires depuis son contrat à durée indéterminée du 30 mars 2022 sont supérieurs au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC). Cependant, les avis d’imposition pour les revenus des années 2015 à 2020 sur lesquels sont mentionnés comme salaires, respectivement pour les trois premiers 0, puis 10 007, 14 184 et 13 484 euros démontrent que si M. A... a résidé régulièrement en France pendant plus de cinq ans et justifie d’une progression dans son intégration professionnelle avec un contrat de travail à durée indéterminée signé le 30 mars 2022 comme chauffeur super poids-lourd, il ne justifie pas de ressources stables, régulières et suffisantes, d’un niveau supérieur au SMIC, apprécié sur une période de cinq ans, les bulletins de paye postérieurs à la décision attaquée ne pouvant être pris en compte. Les circonstances que sa vie privée et familiale soit ancrée en France puisqu’il y est entré mineur, qu’il a tissé une relation sentimentale avec une française avec laquelle il a eu une fille, née le 24 novembre 2021, sont sans incidence sur l’appréciation de la condition des ressources stables, régulières et suffisantes prévue par les dispositions précitées. Le préfet de l’Hérault n’a dès lors commis ni erreur de droit ni erreur d’appréciation dans l’application de l’article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... et au préfet de l’Hérault.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charvin, président,
M. Lauranson, premier conseiller,
Mme Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
A.-L. Edwige
La République mande et ordonne au préfet de l’Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 17 septembre 2024.
La greffière,
A.-L. Edwige