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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300044

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300044

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 4 janvier 2023 et le

23 mars 2023, M. E D, représenté par Me Ruffel demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne ou un titre revêtu de la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, lui délivrer sans délai une autorisation de provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation par son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité disposant d'une délégation de signature trop générale ;

- le préfet a commis une erreur de droit en opposant le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que son épouse et lui-même relèvent du 1° et 4° de cet article dès lors qu'ils exercent chacun une activité professionnelle ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant.

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A

- et les observations de Me Ruffel représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de Bosnie-Herzégovine né le 1er mai 1969, a déposé, le 25 décembre 2021, une quatrième demande d'admission au séjour en qualité de " membre de famille d'un ressortissant d'un pays membre de l'Union européenne ". Par arrêté du 5 août 2022, le préfet de l'Hérault a refusé de l'admettre au séjour en cette qualité. Par cette requête, M. D en demande l'annulation pour excès de pouvoir.

2. En premier lieu, il ressort du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault, librement accessible sur le site internet de la préfecture, que, par un arrêté du 1er avril 2022 n° 2022.04.DRCL.0183, visé dans la décision attaquée, et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à M. B C, sous-préfet du département de l'arrondissement de Béziers, à l'effet de signer notamment les décisions prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette délégation, qui ne revêt pas un caractère général, donnait compétence à M. C pour signer un arrêté portant refus de séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° S'il est inscrit dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantit disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 5° afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale ; 4° S'il est un descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge, ascendant direct à charge, conjoint, ascendant ou descendant direct à charge du conjoint, accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° S'il est le conjoint ou un enfant à charge accompagnant ou rejoignant un ressortissant qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ".

4. Un ressortissant de l'Union européenne ne dispose d'un droit au séjour en France en application des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que dans la mesure où il remplit les conditions fixées au 1° ou au 2° du même article, qui sont alternatives et non cumulatives. Pour l'application du 1°, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, doit être regardé comme travailleur, au sens du droit de l'Union européenne, toute personne qui exerce une activité réelle et effective, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur. Pour l'application du 2°, il appartient à l'autorité administrative d'établir que les intéressés sont devenus, pendant cette période, une charge déraisonnable pour le système d'assurance sociale en ayant effectivement recours à cette assistance ou en bénéficiant d'aides ou de prestations sociales dans des conditions telles que le droit au séjour puisse leur être refusé.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. D, de nationalité italienne, a déclaré, au titre de l'année 2021, des revenus à hauteur de 3 651 euros à raison d'une activité professionnelle en qualité d'agent d'entretien depuis le 1er octobre 2021 dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée " dispositif CUI-CAE ". Toutefois, cette activité, exercée à temps partiel, qui lui procure un revenu mensuel de 648,50 euros net, est limitée dans le temps, le contrat mentionnant un engagement pour neuf mois, jusqu'au 30 juin 2022. Dans ces conditions, l'épouse de M. D ne pouvait être regardée comme exerçant une activité professionnelle effective à la date de la décision attaquée, ni, à ce titre, bénéficier d'un droit au séjour en application des dispositions du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si M. D produit trois bulletins de salaire peu lisibles, correspondant aux mois de janvier, févier et août 2022, il ne verse aux débats aucun contrat de travail de nature à justifier du caractère pérenne de cette activité professionnelle, exercée au surplus sans autorisation. Faute pour le requérant d'établir qu'il dispose avec son épouse de ressources suffisantes pour leur famille afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, le couple ayant du reste fourni une quittance de loyer faisant état d'une dette en cours de 2 400 euros auprès de l'office public de l'habitat du département de l'Hérault, il ne peut se prévaloir des dispositions de ces articles pour soutenir qu'en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne bénéficiant du droit au séjour, il bénéficie lui-aussi du même droit.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet de l'Hérault aurait rendu cumulatives les conditions posées aux 1° et 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant à un citoyen de l'Union européenne de prétendre à un droit au séjour en France pour une durée supérieure à trois mois, dès lors que l'autorité préfectorale, après avoir pris en compte la situation de l'épouse de

M. D a considéré qu'elle ne justifiait pas de ressources stables et suffisantes. Ce faisant, le préfet a implicitement, mais nécessairement, considéré que la situation de cette dernière ne relevait pas des dispositions du 1° de l'article L. 233-1 précité et n'a dès lors pas méconnu ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté dans sa deuxième branche.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a, avec son épouse de nationalité italienne, sept enfants, nés à partir de 1992 et dont les deux derniers, nés en 2004 et 2005, sont encore mineurs à la date de l'arrêté contesté. Toutefois, il est constant que les enfants du couple, nés en Italie, ont la nationalité italienne et ne disposent pas d'un droit au séjour en France. En outre, les requérants ne justifient pas d'une intégration sociale ou professionnelle particulière. Ainsi, dès lors également que la cellule familiale peut se reconstituer en Italie, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de M. D au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Si M. D soutient être entré en France au mois de décembre 2013, à une date à laquelle ses deux enfants encore mineurs avaient respectivement huit ans et neuf ans, et fait valoir la scolarisation de ces derniers, ceux-ci peuvent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine où ils ont vécu les premières années de leur vie et où, ainsi qu'il a été dit au point 8, la vie de la famille peut se reconstituer. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par M. D aux fins d'injonction et d'astreinte et, en tout état de cause, au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E D, à Me Ruffel et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

Mme Adrienne Bayada, première conseillère,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

A. A Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 17 octobre 2024

La greffière,

M-A. Barthélémy

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