lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 janvier 2023, M. B C, représenté par
Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé son assignation à résidence pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision attaquée est incompétent,
- la décision comporte des erreurs de fait et le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation,
- elle méconnait l'article L. 731-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation,
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,
La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.
M. C bénéficie de l'aide juridictionnelle totale selon décision du 10 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gayrard, rapporteur ;
- et les observations de Me Sergent, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant russe né le 9 mars 1975, a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 14 janvier 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti d'une assignation à domicile, confirmé par le tribunal de céans par jugement du 21 janvier 2021, sous le n° 2100191, et par la cour administrative de Toulouse par arrêt du 17 mars 2022, sous le n° 21MA00637, 21MA00638. L'assignation à résidence a été renouvelée par arrêtés des 26 février, 14 avril et 13 septembre 2021. M. C demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé son assignation à résidence.
2. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à Monsieur A, directeur de la citoyenneté et de la migration, aux fins de signer notamment la décision querellée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. C déclare être entré en France fin 2013 accompagné de son épouse et de ses quatre enfants, dont deux issus d'une précédente union. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père de deux enfants, l'un né en Russie le 15 avril 2010, et l'autre née en France le 24 février 2014 mais il n'apporte aucun élément concernant des enfants nés d'une précédente union, la production d'une carte de résident de
Mme D, née le 23 février 2000, ne permettant pas d'établir le lien de filiation alléguée. De même, le requérant n'apporte aucun élément établissant l'existence de petits-enfants ou d'une sœur résidant en France. En outre, le préfet des Pyrénées-Orientales vise son arrêté du 14 janvier 2021 obligeant le requérant à quitter le territoire français sans délai en lui interdisant d'y retourner ainsi que le jugement du tribunal de céans confirmant cette décision. Il s'ensuit qu'il n'est pas établi que le préfet, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments de la vie privée et familiale de M. C, n'a pas commis d'erreurs de fait et a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Si M. C déclare être entré en France en 2012 et produit un récépissé de dépôt d'une demande d'asile du 18 décembre 2012 et une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 23 janvier 2014, il n'apporte aucun élément établissant le caractère habituel de son séjour depuis. Il découle du point 3 que s'il soutient être le père de quatre enfants, il n'établit un lien de filiation qu'avec deux enfants nés en 2010 et 2014, qui ont la même nationalité. Le requérant est séparé de son épouse et il n'établit pas être dénué de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Il ne fait état d'aucun élément d'intégration dans la société française. Dans ces conditions, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté querellé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. C fait également valoir qu'il risque d'être enrôlé de force dans l'armée russe en cas de retour dans son pays d'origine, une telle circonstance, même à la supposer plausible, est sans incidence sur la légalité d'une décision portant assignation à résidence. S'il fait également valoir que la mesure l'empêche d'effectuer des visites auprès de sa fille restée avec son épouse, il n'apporte aucun élément établissant qu'il contribue toujours à son éducation ou son entretien, ni même qu'il ait seulement gardé contact avec elle. Au vu de ce qui précède, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en prenant son arrêté du 12 octobre 2012 renouvelant l'assignation à résidence pour une durée de six mois.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
7. Si M. C fait valoir qu'il est assigné à résidence depuis le 14 janvier 2021 sans perspective raisonnable d'éloignement, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'une mesure d'éloignement n'a pas pu être exécutée le 18 décembre 2021, l'intéressé ayant refusé d'embarquer dans l'avion. Le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions citées au points précédent ne peut donc être accueillie.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en ce compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
JP. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,
B. Pater
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 23 septembre 2024.
Le greffier,
S. Sangaré
N°2300384ale
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026