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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300475

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300475

lundi 17 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande d'admission au séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence de son signataire ;

- sa motivation, succincte et stéréotypée, méconnaît les dispositions de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- il est établi qu'elle a été victime de violences conjugales ; le jugement de divorce du 12 juillet 2022 a été prononcé aux torts exclusifs de l'époux ; le préfet a commis une erreur de droit et de fait en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de son dossier ;

- le préfet a méconnu son pouvoir de régularisation et l'étendue de sa compétence en ne vérifiant pas la véracité des violences conjugales ; le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ; elle vit en France depuis 2017 et a toujours travaillé ; elle bénéficie d'une promesse d'embauche ; elle est inconnue des services de police et de la justice.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;

- l'interdiction de retour d'un an est disproportionnée et injustifiée ; elle réside en France depuis 2017 où elle travaille et a établi le centre de ses intérêts ; elle ne menace aucunement l'ordre public ; cette décision la privera de la possibilité de revenir pour comparaître devant le juge d'instruction dans le cadre de la procédure en cours pour violences conjugales ;

- la décision n'est pas motivée, le préfet n'a pas pris en compte, au vu de sa situation, l'ensemble des critères prévus par la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Viallet, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 6 août 1998, a épousé au Maroc un ressortissant français le 21 juillet 2017 dont elle a divorcé le 12 juillet 2022. Elle est entrée en France le 30 octobre 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " conjointe de français ", valable jusqu'au 25 octobre 2018. Une carte de séjour pluriannuelle lui a ensuite été accordée en cette qualité, valable jusqu'au 25 octobre 2020. Une ordonnance de non-conciliation a été rendue le 9 mars 2020 faisant état d'une résidence séparée à compter du mois de novembre 2018. Le 28 juillet 2020, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " conjointe de français ". Le 2 juillet 2021, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours. Le 15 novembre 2022, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou à défaut mention " salariée ". Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l'Hérault, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté préfectoral 2022-09-DRCL-0357 du 14 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, le préfet vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde. L'arrêté, non stéréotypé, précise également le parcours de Mme B en France ainsi que les motifs de faits qui en constituent le fondement, lui permettant de comprendre et de contester la décision prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / () ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales (). ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir le préfet, que Mme B ait sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées du code. En tout état de cause, Mme B ne détient plus la qualité de conjointe de français depuis son divorce prononcé le 12 juillet 2022, de sorte qu'elle ne pouvait pas solliciter un renouvellement de son titre de séjour en cette qualité, nonobstant les violences conjugales dont elle se prévaut. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et complet, ni qu'il aurait commis une erreur de droit et de fait en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

7. Mme B se prévaut des violences conjugales dont elle aurait été victime. Elle fait valoir que le juge aux affaires familiales, dans le jugement de divorce du 12 juillet 2022 prononcé aux torts exclusifs de son ex-époux, a relevé que son abandon du domicile conjugal s'inscrivait dans un contexte de violences, son ex-mari ayant reconnu l'avoir giflée à minima une fois et lui avoir jeté son téléphone portable-dessus. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que sa plainte a été déclarée sans suite par le procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Perpignan le 24 juin 2020, considérant que les faits ou les circonstances des faits n'ont pu être clairement établis par l'enquête. Dans ces conditions, Mme B ne démontre pas de circonstances exceptionnelles de nature à justifier la mise en œuvre du pouvoir de régularisation du préfet à l'égard de sa situation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu son pouvoir de régularisation et l'étendue de sa compétence, ni qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée.

8. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B, née en 1998, est entrée régulièrement en France le 30 octobre 2017 et a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjointe de français, la communauté de vie du couple a toutefois cessé en novembre 2018 et leur divorce a été prononcé le 12 juillet 2022. Mme B, sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que son frère, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Enfin, s'il n'est pas contesté que Mme B a exercé en France une activité professionnelle d'agent de service en contrat à durée indéterminée à temps partiel à compter du 28 septembre 2020, l'ensemble de ces éléments ne démontre pas que l'intéressée aurait fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de l'Hérault serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, le moyen d'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet de l'Hérault a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an faite à Mme B au visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, le préfet a fondé sa décision sur les motifs que Mme B, entrée récemment en France, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que l'intéressée a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 2 juillet 2021 non exécutée. Ce faisant, le préfet, qui a examiné les quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 précité, a ainsi indiqué les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

14. Eu égard aux constats opérés au point 13, le préfet de l'Hérault a pu légalement décider de faire interdiction à Mme B de retourner en France pendant une durée d'un an.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chninif et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

M. Verguet, premier conseiller,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 avril 2023.

Le greffier,

F. Balickifb

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