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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300521

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300521

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPAMLAW AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, délivrée par le maire de Montferrier-sur-Lez, pour l’installation d’une antenne relais de téléphonie mobile par la société Free Mobile. La requête a été rejetée comme irrecevable, au motif que les requérants, bien que voisins immédiats, n’ont pas apporté d’éléments suffisamment précis et étayés démontrant que le projet était de nature à affecter directement leurs conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance de leur bien, conformément à l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 27 janvier 2023, le 21 juin 2023 et le 28 juin 2024, M. T I, Mme A E, Mme N J épouse O, M. M O, M. F S, Mme Q D épouse R, M. L R, M. G K, Mme B C, représentés par Me Barloy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision tacite du 28 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de Montferrier-sur-Lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable pour l'installation d'une antenne relais de téléphonie, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux exercé le 26 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montferrier-sur-Lez la somme de 1 000 euros à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 34-9-1 du code des postes et des communications électroniques ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles R. 111-26 et R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- méconnaît les prescriptions du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) en ce que le terrain d'assiette est situé en aléa fort du risque inondation et méconnaît les articles A2 et A10 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- méconnaît l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, la commune de Montferrier-sur-Lez, représentée par la Selarl Schneider Associés, conclut à ce que le tribunal statue ce que de droit sur la décision tacite du 28 juillet 2022.

Elle soutient qu'elle regrette le caractère tardif de la notification de la décision de refus et l'impossibilité de procéder au retrait de la décision tacite favorable, dès lors que le projet méconnaît la règle de hauteur des constructions prévue à l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par des mémoires enregistrés le 26 mai 2023 et le 12 juin 2024, la société Free Mobile, représentée par le cabinet Pamlaw-Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. I et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Schneider, représentant la commune de Montferrier-sur-Lez.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 juin 2022, la société Free Mobile a déposé auprès des services de la commune de Montferrier-sur-Lez une déclaration préalable de travaux pour l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur un terrain situé au lieu-dit " La Lironde ", parcelle cadastrée section AK n° 186. Par un arrêté du 25 juillet 2022, le maire de la commune de Montferrier-sur-Lez a fait opposition à cette déclaration préalable de travaux. Par un jugement n°2204934 du 6 juillet 2023, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision du 25 juillet 2022 notifié le 29 juillet 2022 portant retrait de la décision implicite née le 28 juillet 2022 et refus de la demande de déclaration préalable. M. I et autres ont adressé un recours gracieux à la commune de Montpellier, reçu le 26 septembre 2022, à l'encontre de la décision implicite de non opposition née le 28 juillet 2022. Par une décision implicite née le 26 novembre 2022, la commune de Montpellier a rejeté le recours gracieux. Par leur requête, M. I et autres demandent l'annulation de la décision implicite du 28 juillet 2022 portant non opposition à déclaration préalable, ainsi que la décision implicite rejetant le recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Par ailleurs, une demande collective tendant à l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif est recevable bien que l'un des requérants n'ait pas qualité pour agir, dès lors qu'un autre signataire de cette demande a intérêt à l'annulation de la décision attaquée.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. I, les consorts E/S, les consorts J/O, et les consorts D/R sont propriétaires des parcelles recevant leur maison d'habitation, faisant face au projet en litige et sont situées entre 70 et 130 mètres du projet, et doivent ainsi être regardés comme voisins immédiats. Par ailleurs, ils invoquent des nuisances visuelles liées à l'implantation de ce projet eu égard à la visibilité directe depuis leur parcelle sur le projet en litige se situant dans un angle d'une parcelle cultivée plane, n'offrant par elle-même aucun obstacle visuel. Si la société Free Mobile indique qu'une haie d'arbres situées sur le long de la route de la Lironde formerait un écran obstruant la vue vers l'antenne en projet, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que cette haie d'arbres de haute tige serait intégrale et composée uniquement de feuillage persistant si bien que des vues mêmes partielles sur cette construction à venir de 24 mètres de hauteur demeurent ainsi que l'indiquent les requérants. Par suite, la fin de non-recevoir tiré du défaut d'intérêt à agir opposée à cette requête collective doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article A10 du règlement du plan local d'urbanisme de Montferrier-sur-Lez relatif à la hauteur des constructions : " Définition de la hauteur : La hauteur des constructions est mesurée en tout point du sol naturel existant jusqu'au sommet du bâtiment, cheminée et superstructure exclues. Cette hauteur maximale mesurée en tout point du bâtiment de l'assiette foncière génère un plan théorique parallèle au sol naturel qu'aucun point de la construction ne pourra dépasser. / Hauteur absolue : La hauteur totale des constructions est fixée à : - en A : habitations : 8,5 mètres au faîtage, autres constructions : 10 mètres hors tout. () ".

7. Contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, ces dispositions entendent régir la hauteur de toutes les constructions implantées dans la zone A, qu'il s'agisse ou non de bâtiments, et ne prévoient aucune exception pour les antennes relais posées au sol qui ne peuvent s'assimiler aux ouvrages techniques ou autres superstructures d'un bâtiment exclus par ces dispositions. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que la décision contestée, qui autorise une construction d'une hauteur de 24 mètres à son sommet selon la notice descriptive du projet, alors que la hauteur maximale admise pour les " autres constructions " est de 10 mètres, méconnaît les dispositions de l'article A-10 du règlement du plan local d'urbanisme.

8. Aux termes de l'article L.600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ".

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. I et autres sont fondés à demander l'annulation de la décision tacite du 28 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de Monferrier-sur-Lez ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de la société Free Mobile pour la construction d'une antenne relais de téléphonie mobile sur la parcelle cadastrées section AK n°186, ensemble la décision implicite du 26 novembre 2022 rejetant leurs recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. I et autres, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, versent à la société Free Mobile la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Montferrier-le-Lez le versement à M. I et autres d'une quelconque somme sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite du 28 juillet 2022 par laquelle le maire de la commune de Montferrier-sur-Lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile et enregistrée sous le n°DP34169 22 M00059 pour l'installation d'une antenne relais de téléphonie sur la parcelle cadastrée section AK n°186 est annulée ainsi que la décision implicite du 26 novembre 2022 rejetant le recours gracieux.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. T I, premièrement désigné dans la requête, à la commune de Montferrier-sur-Lez et à la société Free Mobile.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

N. H

La présidente,

F. CorneloupLa greffière,

M. P

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 6 février 2025,

La greffière,

M. P

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