lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2300656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MEHAMMEDIA-MOHAMED |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 5 février 2023, M. B A, représenté par Me Mehammedia-Mohamed, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la direction départementale de la police aux frontières de Perpignan lui refusant d'entrer sur le territoire national ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente, en application des dispositions de l'article R. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la qualité de l'auteur n'est pas identifiable ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposant la motivation des décisions de refus d'entrée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle n'a pas été communiquée et notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle ne résulte pas d'un examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, pour être fondée sur les dispositions de l'article L. 311-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non applicables aux ressortissants croates ;
- elle méconnait son droit au séjour en application de l'article 45 de la Charte des droits fondamentaux ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Pater a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant comme suit :
1. M. A, ressortissant croate né le 31 mai 1997, a fait l'objet de la décision du 6 décembre 2022 de la direction départementale de la police aux frontières de Perpignan lui refusant d'entrer sur le territoire national. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ladite décision.
Sur les conclusions en annulation :
2. Aux termes de l'article L. 332-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui ne satisfait pas aux conditions d'admission prévues au titre I peut faire l'objet d'une décision de refus d'entrée, sans préjudice des dispositions particulières relatives au droit d'asile et à la protection internationale ou à la délivrance de visas de long séjour. ". Aux termes de l'article L. 332-2 du même code : " La décision de refus d'entrée, qui est écrite et motivée, est prise par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 332-1 du même code : " La décision refusant l'entrée en France à un étranger, prévue à l'article L. 332-2, est prise :1° Par le chef du service de la police nationale chargé du contrôle aux frontières ou, par délégation, par un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier ; () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier, que la décision contestée est revêtue d'une simple signature sur le tampon de la direction départementale de la police aux frontières de Perpignan de " MJ Poyer ", celui-ci s'avérant être l'agent auquel le requérant a été présenté au point de passage autorisé du village Le Perthus. Toutefois, aucun élément ne permet de connaître la qualité de l'agent de nature à vérifier sa compétence en application des dispositions précitées. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, la décision du 6 décembre 2022 doit être annulée.
Sur les frais du litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant refus d'entrée sur le territoire national du 6 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à M. A.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l'audience du 9 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Villemejeanne, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La rapporteure,
B Pater
Le président,
J.P Gayrard
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 septembre 2024.
Le greffier,
S. Sangaré
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