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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2300830

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2300830

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2300830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHNINIF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Chninif, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué avait compétence pour ce faire ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York relatives à la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- elle justifie d'un droit à l'admission exceptionnelle au séjour au regard de l'article 6 -5 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Goursaud, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante algérienne née le 14 décembre 1980, est entrée sur le territoire français le 26 septembre 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour d'une durée de quatre-vingt-dix jours, et s'est maintenue en situation irrégulière depuis lors. Le 26 septembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 6 janvier 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a opposé un refus à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Mme B épouse C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 19 décembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Pyrénées-Orientales a donné délégation à M. Yohann Marcon, secrétaire général de la préfecture, aux fins de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, mentionne les faits relatifs à la situation personnelle et administrative de Mme B épouse C et indique avec précision les raisons pour lesquelles le préfet des Pyrénées-Orientales a pris à son endroit une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autorise son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservé dans son pays d'origine. En outre, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas aux ressortissants étrangers le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer leur vie privée et familiale.

6. La requérante soutient que l'état de santé de son époux, titulaire d'un certificat de résidence, nécessite sa présence en France afin de l'assister dans les actes de la vie courante, que le couple est parent d'un enfant né le 8 décembre 2019 et s'est marié le 5 février 2022. Il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante a subi deux accidents de travail les 16 août 2005 et 16 octobre 2006 et s'est vu reconnaître un taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 % ainsi que la qualité de travailleur handicapé par décision du 9 août 2019 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées. En admettant même que l'état de santé de M. C justifie l'aide d'une tierce personne en raison de lombalgies chroniques invalidantes, ainsi qu'il résulte des certificat médicaux établis en octobre 2018 par le docteur D, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu du caractère ancien de ses accidents de travail contractés avant même l'arrivée en France de la requérante, qu'elle seule peut l'assister dans les gestes de la vie courante, alors en outre que l'intéressé est père de deux enfants majeurs nés en 2001 et 2005 d'une précédente union et que plusieurs membres de sa fratrie résident en France. En outre Mme B épouse C, qui ne produit aucune pièce de nature à établir sa présence habituelle en France depuis l'année 2016, ne justifie pas y avoir tissé des liens particuliers, ni de son insertion professionnelle et sociale, en se bornant à faire valoir qu'elle est titulaire d'un diplôme de coiffeuse et qu'elle suivrait des cours d'apprentissage de la langue française. Enfin, elle n'établit pas davantage être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et où résident ses parents. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, Mme B épouse C, qui entre dans les catégories de ressortissants algériens ouvrant droit au regroupement familial, ne peut être regardée comme exposant des circonstances faisant obstacle à ce qu'elle retourne dans son pays d'origine pour les besoins de cette procédure. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour en France de Mme B épouse C, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Ainsi, le préfet des Pyrénées-Orientales n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni en tout état de cause celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé. Il n'a pas davantage commis d'erreurs de fait dans l'exposé des motifs de l'arrêté attaqué.

7. En quatrième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions qui les concernent.

8. La décision querellée n'implique pas la séparation durable de la famille dès lors que M. C peut prétendre au bénéfice du regroupement familial ou que la famille peut se reconstituer en Algérie, pays dont les deux époux ont la nationalité et dans lequel l'enfant du couple pourra poursuivre sa scolarité en classe de petite section. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention précitée peut être écarté.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressée en prenant l'arrêté attaqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Junon00aj

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