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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301742

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301742

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, statuant en formation collégiale, a rejeté les requêtes de Mme A et M. B. Les requérants contestaient les arrêtés du 4 janvier 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales les assignant à résidence pour six mois. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut d'examen, l'erreur de droit et de fait, ainsi que la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par requête n° 2301741 enregistrée le 28 mars 2023, Mme C A, représentée par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a assignée à résidence pour une période de 6 mois du 4 janvier au 3 juillet 2023 dans le département des Pyrénées-Orientales, avec interdiction de quitter le département pour la durée nécessaire à son éloignement, et obligation de se présenter aux services de la Police aux Frontières avec ses deux enfants mineurs tous les mercredi à 14 h et de faire les démarches nécessaires aux fins d'organiser son départ ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation pour méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-3 2° du code de l'entrée et du séjour de l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait, en ce que le préfet mentionne à tort qu'elle n'a fait valoir aucun élément nouveau susceptible de constituer un motif exceptionnel ou humanitaire permettant de justifier une admission exceptionnelle au séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023

Vu :

- l'ordonnance n° 20MA04850 de la cour administrative d'appel de Marseille du

11 mars 2021 et le jugement n°2005450 du tribunal administratif de Montpellier du

2 décembre 2020,

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

II) Par requête n° 2301742 enregistrée le 28 mars 2023, M. D B, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'a assigné à résidence pour une période de 6 mois du 4 janvier au 3 juillet 2023 dans le département des Pyrénées-Orientales, avec interdiction de quitter le département pour la durée nécessaire à son éloignement et obligation de se présenter aux services de la Police aux Frontières avec ses deux enfants mineurs tous les mercredi à 14 h et de faire les démarches nécessaires aux fins d'organiser son départ ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation pour méconnaissance des dispositions de l'article L.731-3 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait, en ce que le préfet mentionne à tort qu'elle n'a fait valoir aucun élément nouveau susceptible de constituer un motif exceptionnel ou humanitaire permettant de justifier une admission exceptionnelle au séjour ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Pyrénées-Orientales qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Pater a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante algérienne née 2 juillet 1991, a fait l'objet, par arrêté du 26 novembre 2020, d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire durant la période d'une année et été assignée à résidence durant six mois, cet arrêté ayant été confirmé par jugement n° 2005450 du tribunal administratif de Montpellier du 2 décembre 2020 et ordonnance n° 20MA04850 de la cour administrative d'appel de Marseille du 11 mars 2021. Cette assignation à résidence a été renouvelée quatre fois jusqu'au 3 décembre 2022. Son époux, M. B, ressortissant algérien né le 27 mai 1988, a fait l'objet, par arrêté du 19 novembre 2020, d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire durant la période de deux années et d'une assignation à résidence d'une durée de 45 jours. Le 30 décembre 2020, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a notifié une assignation à résidence d'une durée de six mois qui a été renouvelée jusqu'en janvier 2023. Par arrêtés du 4 janvier 2023, dont les requérants demandent par la présente requête l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales les a respectivement assigné à résidence pour une période de 6 mois du 4 janvier au 3 juillet 2023 dans le département des Pyrénées-Orientales, leur a interdit de quitter le département pour la durée nécessaire à leur éloignement et les ont soumis à une obligation de se présenter aux services de la Police aux Frontières avec leurs deux enfants mineurs tous les mercredi à 14 h et aux démarches nécessaires aux fins d'organiser le départ.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes n°2301741 et n°2302742 présentées Mme A et M. B concernent deux conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions en annulation :

3. Aux termes de L. 722-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger ne peut être éloigné en exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative ne peut pas procéder à l'exécution d'office de l'interdiction de retour assortissant cette obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ". L'article R. 613-6 de ce code dispose : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2 ".

4. Il résulte de ces dispositions combinées que l'assignation à résidence, qui a pour objet de permettre la mise à exécution d'une mesure d'éloignement, ne peut être fondée sur une interdiction de retour sur le territoire que lorsque celle-ci a commencé à courir, donc postérieurement à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et au retour irrégulier de l'intéressé pendant la durée de l'interdiction.

5. Par arrêtés des 19 et 26 novembre 2020, le préfet des Pyrénées-Orientales a notamment obligé respectivement M. B et Mme A, son épouse, à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire. Il ressort des pièces du dossier, que les assignations à résidence attaquées ont été prises sur le fondement du 2° de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité en exécution des interdictions de retour sur le territoire prononcées les 19 et 26 novembre 2020. Or, il est constant qu'à la date des arrêtés attaqués du 4 janvier 2023, les décisions portant obligation de quitter le territoire n'avaient pas été exécutées. Dans ces circonstances, et contrairement aux termes des arrêtés attaqués, les interdictions de retour sur le territoire prises à l'encontre de chacun des époux n'étaient pas exécutoires. Par suite, en se fondant sur le 2° de l'article L.731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour assigner les époux à résidence, le préfet des Pyrénées-Orientales a entaché les arrêtés attaqués du 4 janvier 2023 d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les arrêtés pris par le préfet des Pyrénées-Orientales datés du 4 janvier 2023 portant assignation à résidence de M. B et de son épouse, Mme A pour une période de 6 mois du 4 janvier au 3 juillet 2023 dans le département des Pyrénées-Orientales, interdiction de quitter le département pour la durée nécessaire à leur éloignement et obligation de se présenter aux services de la Police aux Frontières avec leur deux enfants mineurs tous les mercredi à 14 h et de faire les démarches nécessaires aux fins d'organiser leur départ, doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, être annulés.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à Me Sergent, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : Les arrêtés du 4 janvier 2023 pris par le préfet des Pyrénées-Orientales le

4 janvier 2023 portant assignation à résidence de Mme A et M. B sont annulés.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Sergent en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

J.-P. Gayrard

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 octobre 2024.

La greffière,

A. Lacaze

N° 2301741 - 230174pa

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