jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2301941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Président BESLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2023, Mme C D demande au tribunal d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui proposer un logement de type T3 répondant à ses besoins et capacités.
Elle soutient que :
- elle n'a reçu aucune proposition de logement adéquate à la suite à la décision de la commission de médiation du 7 juin 2022 l'ayant reconnue prioritaire et devant être relogée d'urgence ;
- elle a dû refuser le logement qui lui était proposé à Mauguio en raison de son suivi médical sur Montpellier et de la scolarité de sa fille.
Par un mémoire, enregistré le 3 mai 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les motifs du refus opposés à la proposition de logement sur Mauguio ne sont pas justifiés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de M. A,
- les observations de Mme D,
- les observations de Mme B, représentant le préfet de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
Sur l'injonction :
1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 modifié du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () Le président du tribunal administratif (), lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte () ".
2. Ces dispositions fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Elles font obligation au juge d'adresser au préfet l'injonction qu'elles prévoient, dès lors qu'il constate que la demande de l'intéressé a été reconnu prioritaire et que ne lui a pas été proposé un logement tel que défini par la commission, à l'expiration du délai imparti au préfet pour procéder à ce relogement.
3. Lorsque le demandeur a refusé un logement qui lui avait été proposé à la suite de la décision de la commission, la juridiction ne peut adresser une injonction à l'administration que si l'offre ainsi rejetée n'était pas adaptée aux besoins et capacités de l'intéressé tels que définis par la commission ou si, bien que cette offre fût adaptée, le demandeur a fait état d'un motif impérieux de nature à justifier son refus.
4. Par une décision du 7 juin 2022, la commission de médiation de l'Hérault a désigné Mme D comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement de type T3 répondant à ses besoins et capacités.
5. Mme D, qui vit avec sa fille majeure dans l'attente d'un logement social depuis plus de six mois, s'est vue proposer, le 21 juin 2022, par l'office public de l'habitat Hérault logement, un logement de type 3 d'une superficie de 63 m², au rez-de-chaussée d'un immeuble situé à Mauguio. Mme D a refusé cette offre le 27 juin 2022 aux motifs que la commune de Mauguio est trop éloignée de celle de Montpellier où elle est médicalement suivie et où sa fille suit sa scolarité à l'université. Mme D fait notamment valoir qu'elle ne dispose pas de véhicule pour se rendre à Montpellier où se situe son médecin traitant qui la suit depuis de nombreuses années, où elle bénéficie de séances de kinésithérapie régulières et où elle consulte un rhumatologue. Toutefois, d'une part, la décision de la commission de médiation du 7 juin 2022 ne comporte aucune restriction quant à la localisation du logement devant être attribué à Mme D. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction, notamment des certificats médicaux faisant état des problèmes de santé dont Mme D est affectée, qui ne lui permettent plus de travailler, qu'elle serait dans l'impossibilité de se déplacer de Mauguio à Montpellier, soit par les transports en commun qui relient ces deux villes, soit, si son état de santé le justifie, par des transports sanitaires pris en charge par l'assurance maladie sur prescription médicale. Par suite, la requérante ne démontre pas que les motifs de refus qu'elle invoque présenteraient un caractère impérieux. Le refus de la proposition de logement qui lui a été faite le 21 juin 2022 ne relève donc que d'un choix pour convenances personnelles, qui a pour effet de faire perdre à Mme D le bénéfice de la décision de la commission de médiation et fait ainsi obstacle à ce qu'une injonction soit adressée à l'administration qui se trouve déliée de son obligation de relogement.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme D et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.
Copie sera adressée au préfet de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
Le président,
D. ALa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 juin 2023,
La greffière,
C. Arce
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