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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2301959

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2301959

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2301959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP AUCHE-HEDOU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, Mme C... A..., représentée par la
SCP Auche-Hedou, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 24 mars 2023 par laquelle l’Agence Régionale de Santé Occitanie (ARS) l’a mise en demeure de procéder à la fermeture de son officine de pharmacie située sur la commune de Pézens ;

2°) de condamner l’Agence Régionale de Santé Occitanie (ARS) à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision du 24 mars 2023 est entachée d’une erreur de droit dès lors que les dispositions de l’article L. 5125-22 du code de la santé publique sur lesquelles elle se fonde ne prévoient une cessation définitive d’activité de l’officine qu’en cas d’absence d’activité constatée pendant douze mois consécutifs, ce qui n’est pas son cas ;
- la décision porte atteinte au principe constitutionnel de la légalité des délits et des peines, au principe de proportionnalité des sanctions disciplinaires et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article R. 145-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu’en invoquant son impossibilité de se faire remplacer pour une durée supérieure à un an et la fermeture de pharmacie qui en découle, l’ARS crée une sanction non prévue par cet article et qui n’a pas été prononcée par la section des assurances sociales ;
- l’ARS a commis une erreur de droit dès lors que l’article L. 5125-16 du code de la santé publique qui prévoit que la durée légale d’un remplacement ne peut pas dépasser un an, n’a pas vocation à réglementer la situation du pharmacien titulaire interdit temporairement de servir des prestations aux assurés sociaux, laquelle est régie par la convention nationale organisant les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’assurance maladie approuvé par arrêté du 31 mars 2022 qui prévoit l’obligation de recruter un pharmacien remplaçant pour la durée de la sanction ;
- la décision porte une atteinte manifeste à sa liberté d’entreprendre et à son droit de propriété dans la mesure où elle n’a fait l’objet que d’une seule sanction d’interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux et non pas d’une interdiction d’exercer la pharmacie et où 5 salariés seront privés d’emplois suite à cette décision.


Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, l’ARS conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative ;


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M.Charvin,
- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

Par une décision du 3 décembre 2021, la section des assurances sociales du conseil national de l’ordre des pharmaciens a prononcé à l’encontre de Mme A..., titulaire d’une officine de pharmacie sur le territoire de la commune de Pézens, une sanction d’interdiction temporaire de servir des prestations aux assurés sociaux pendant une durée de deux ans, dont six mois avec sursis, soit, pour la partie ferme, du 1er mars 2022 au 31 août 2023. Suite à la signature par l’intéressée d’un contrat de remplacement avec Mme B..., pharmacienne, pour la totalité de cette période soit du 1er mars 2022 au 31 août 2023 inclus, le directeur général de l’ARS Occitanie, estimant que la durée légale du remplacement ne pouvait excéder un an, a, par décision du 24 mars 2023, enjoint à Mme A... de procéder à la fermeture de son officine de pharmacie. Par la présente requête, Mme A... demande l’annulation, pour excès de pouvoir de cette décision.





En premier lieu, Mme A... soutient que l’ARS a commis une erreur de droit en se fondant sur l’article L.5125-22 du code de la santé publique qui ne prévoit une cessation définitive d’activité de l’officine qu’en cas d’absence d’activité constatée pendant douze mois consécutifs, ce qui n’est pas son cas. Or il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision litigieuse que l’ARS ne s’est pas fondée sur l’article L. 5125-22 du code de la santé publique, qui est une mention indicative, mais bien sur l’article L. 5125-16 du même code aux termes duquel : « Une officine ne peut rester ouverte en l’absence de son titulaire que si celui-ci s’est fait régulièrement remplacer. La durée légale d’un remplacement ne peut, en aucun cas, dépasser un an ». Par suite le moyen soulevé par la requérante ne peut qu’être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 145-2 du code de la sécurité sociale : « En cas de condamnation à une interdiction de servir des prestations aux assurés sociaux, le remplacement du pharmacien peut être assuré dans les conditions définies à l’article R. 5125-40 du code de la santé publique ». L’article R. 5125-40 du code de la santé publique précise :
« En cas de condamnation à une interdiction d’exercer la pharmacie en application de l’article
L. 4234-6, le remplacement du pharmacien titulaire prévu à l’article L. 5125-21, ne peut être assuré que dans les conditions prévues au 1° de l’article R. 5125-39 ». L’article R. 5125-39 dispose : « Le remplacement d’un pharmacien titulaire d’une officine autre que celles mentionnées à l’article L. 5125-19 est effectué dans les conditions suivantes : 1° pour une absence comprise entre quatre mois et un an, le remplacement peut être effectué a) Par un pharmacien inscrit au tableau de la section D de l’ordre national des pharmaciens et n’ayant pas d’autre activité professionnelle pendant la durée du remplacement ». L’article L. 5125-16 du code de la santé publique précise quant à lui qu’« une officine ne peut rester ouverte en l’absence de son titulaire que si celui-ci s’est fait régulièrement remplacer. La durée légale d’un remplacement ne peut, en aucun cas, dépasser un an ».

4. Contrairement à ce que fait valoir Mme A..., il résulte ce qui précède que les dispositions du code de la sécurité sociale renvoient expressément aux conditions du code de la santé publique pour le remplacement du pharmacien sanctionné d’une interdiction de servir des prestations aux assurés sociaux. Par suite, et dès lors que les dispositions combinées du 1° de l’article R. 5125-39 et de l’article R. 5125-40 du code de la santé publique auxquelles renvoient les dispositions de l’article R. 145-2 du code de la sécurité sociale n’autorisent un remplacement qu’en cas d’absence comprise entre quatre mois et un an, le moyen tiré de l’erreur de droit, selon lequel l’ARS aurait méconnu l’article R. 145-2 en créant une sanction supplémentaire, doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de l’article L. 5125-16 du code de la santé publique que la durée maximale de remplacement d’un pharmacien ne peut, en aucun cas, dépasser un an. Ce principe découle directement de l’article L. 5125-15 du code de la santé publique selon lequel le pharmacien titulaire a l’obligation d’exercer personnellement sa profession. Ces dispositions législatives ayant une valeur supérieure à la convention nationale organisant les rapports entre pharmaciens titulaires d’officine et l’assurance maladie approuvé par arrêté du 31 mars 2022, la requérante ne saurait utilement faire valoir que l’article L. 5125-16 du code de la santé publique n’aurait pas vocation à réglementer la situation du pharmacien titulaire interdit temporairement de servir des prestations aux assurés sociaux.






6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la sanction de deux ans dont six mois avec sursis dont la partie ferme s’exécute du 1er mars 2022 au 31 août 2023 infligée à
Mme A... par une décision du 3 décembre 2021, l’obligeant ainsi à fermer sa pharmacie pour une durée de six mois n’est que la conséquence des fautes commises dans l’exercice de ses fonctions, qui ont mis en évidence de nombreuses anomalies et facturations irrégulières durant son activité et qui ont été sanctionnées par une instance ordinale. Si la requérante soutient qu’une telle fermeture porterait une atteinte à sa liberté d’entreprendre et à son droit de propriété, elle ne l’établit pas. Par suite, le moyen tiré de l’atteinte à sa liberté d’entreprendre et à son droit de propriété doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il résulte des termes de l’article L. 5125-3 du code de la santé publique que « L’approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ». Si la requérante fait valoir que la décision litigieuse aurait des conséquences sur la desserte optimale des médicaments, il ressort des pièces du dossier que quatre pharmacies sont situées dans un rayon inférieur à dix kilomètres et accessibles en transports en commun. Ces éléments, ainsi que la circonstance que l’interdiction ne porte que sur une durée de six mois, sont donc insuffisants pour caractériser une absence de desserte optimale des médicaments.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A... doit être rejetée, en ce compris ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :




Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.



















Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A... et à la ministre de la santé et de l’accès aux soins.

Copie en sera adressée à l’agence régionale de santé Occitanie.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2024.


Le président-rapporteur,

J. Charvin
L’assesseur le plus ancien,

M. D...

La greffière,

L. Salsmann


La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l’accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 18 novembre 2024
La greffière,




L. Salsmann

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