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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302200

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302200

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALETTE-BERTHELSEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 avril 2023 et 21 mai 2024, la société Bouygues Telecom et la société Cellnex France, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Saussan a décidé de retirer la décision de non-opposition tacite du 17 décembre 2022 sur la déclaration préalable n° DP 3429522M0046 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saussan de délivrer un certificat de non opposition à la déclaration préalable ;

3°) de condamner la commune de Saussan à leur verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 424- 1, L. 424-3 et R. 424-5 du code de l'urbanisme et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée, qui procède au retrait d'une décision en date du 17 décembre 2022, méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme est infondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, la commune de Saussan, représentée par la SELARL Cabinet d'Avocat Valette - Berthelsen, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France à lui payer chacune la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- sa décision est légalement justifiée par le motif tiré du risque pour la sécurité publique en application de l'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme relatif aux accès et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui pourra être substitué au motif initial.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- et les observations de Me Valette, représentant la commune de Saussan.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 octobre 2024, a été présentée pour la commune de Saussan.

Considérant ce qui suit :

1. Le 17 novembre 2022, la société Cellnex France a déposé auprès des services de la commune de Saussan une déclaration préalable de travaux pour l'installation d'équipements de radiotéléphonie mobile sur un terrain sis route de Saussan. Par un courrier du 16 janvier 2023, la commune de Saussan a invité la société Bouygues Telecom à faire part de ses observations sur son intention de retrait de la décision tacite de non opposition née le 17 décembre 2022, ce qu'elle a fait par courrier du 31 janvier 2023. Par un arrêté n° DP 3429522M0046 du 16 mars 2023, le maire de Saussan a retiré la décision tacite de non opposition. Par la présente requête, les sociétés Bouygues Télécom et Cellnex France demandent l'annulation de cette décision de retrait.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme autorisant ou ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi. Au plus tard le 30 juin 2022, le Gouvernement établit un bilan de cette expérimentation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la société Cellnex France a déposé une déclaration préalable de travaux le 17 novembre 2022 en vue de l'installation d'une antenne relais de téléphonie mobile. Il est constant qu'à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'un mois, la société Cellnex était titulaire d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable le 17 décembre 2022. Par suite et en application des dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 rappelées au point précédent, cette décision intervenue antérieurement au 31 décembre 2022 ne pouvait pas faire l'objet d'un retrait. Les sociétés requérantes sont donc fondées à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 222 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique.

4. Aux termes de l'article A3 " Accès et Voirie " du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saussan : " 1 -Accès : Tout terrain enclavé est inconstructible à moins que son propriétaire ne produise une servitude de passage suffisante, instituée par acte authentique ou par voie judiciaire, en application de l'article 682 du code civil. / Aucune opération ne peut prendre accès sur les pistes cyclables et les sentiers touristiques. Lorsque le terrain est riverain de deux ou plusieurs voies publiques, l'accès sur celles de ces voies qui présenterait une gêne ou un risque pour la circulation peut être interdit. / Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. /Les occupations ou utilisations du sol sont interdites si elles nécessitent la création d'accès directs nouveaux sur les routes départementales. 2 -Voirie : Les voies et passages doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche des matériels de lutte contre l'incendie, de protection civile, de brancardage, etc. (largeur minimale de la voie : 3,50 mètres). / Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir. ".

5. Les dispositions citées ci-dessus de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone A, en tant qu'elles concernent la voirie, sont relatives à l'aménagement des voies nouvelles et n'ont pas pour objet de définir les conditions de constructibilité des terrains situés dans la zone concernée. Ces dispositions, notamment celles exigeant une largeur des voies d'au moins 3,50 mètres, ne font dès lors pas obstacle à la délivrance d'un permis de construire en vue de la réalisation d'un projet desservi par des voies déjà existantes. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'implantation du projet est desservie par le chemin rural du Puech, voie existante ouverte à la circulation publique. Par suite, les sociétés sont fondées à soutenir que le refus contesté ne pouvait être fondé sur la largeur insuffisante de la voie d'accès en violation des dispositions précitées de l'article A3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saussan.

6. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. La commune fait valoir en défense que l'arrêté contesté aurait pu être fondé sur le motif, dont elle demande la substitution, tiré, sur le fondement de l'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, du risque pour la sécurité publique au regard des caractéristiques de l'accès.

8. L'article 3 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme de Saussan prévoit : " Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique ". Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité du projet aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par un accès à créer sur le chemin rural du Puech. Si cet accès est prévu à proximité immédiate du débouché existant du chemin rural sur la route métropolitaine RM5E4, qui ne subit aucune modification, le projet en litige ne génère que très peu de trafic, de l'ordre d'une visite annuelle. Dans ces conditions, et même si le service de la métropole a émis, postérieurement à l'arrêté contesté un avis défavorable au motif d'un risque pour la circulation publique, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de la commune aurait pu légalement fonder sa décision sur l'existence d'un risque pour la circulation publique, en application des dispositions de l'article 3 du règlement de la zone A de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. La demande de substitution de motif doit donc, en tout état de cause, être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le maire de Saussan a retiré la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux de la société Cellnex France doit être annulé.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen invoqué par les sociétés requérantes n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté jusque là suspendu par lequel le maire de Saussan a retiré la décision implicite de non opposition à la déclaration préalable de la société Cellnex France, au motif de l'impossibilité d'un tel retrait en application des dispositions alors applicables de la loi ELAN, implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Saussan de délivrer à la requérante le certificat de décision de non opposition prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai de quinze jours à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sociétés Cellnex France et Bouygues Telecom, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes, versent à la commune de Saussan la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saussan une somme de 1 500 euros à verser aux sociétés Cellnex France et Bouygues Telecom sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le maire de Saussan a retiré la décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux de la société Cellnex France est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saussan de délivrer à la société Cellnex France le certificat de décision de non opposition prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saussan versera aux sociétés Bouygues Telecom et Cellnex France la somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Télécom, représentante désignée, et à la commune de Saussan.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 octobre 2024.

La greffière,

M. A.00

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