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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302208

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302208

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2023 et régularisée le 27 avril 2023, et des mémoires complémentaires enregistrés les 7 juillet 2023 et les 22 janvier et 16 avril 2024, M. F E, représenté par Me Baltazar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Paraza ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A B ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Paraza de M. B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive à défaut d'un affichage régulier de la déclaration préalable sur le terrain d'assiette du projet et son mémoire présenté le 22 janvier 2024 est recevable ;

- il a intérêt à agir en sa qualité de voisin immédiat, les travaux en litige affectant directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien en raison des vues créées sur sa propriété ;

- M. B a réalisé des ouvertures sur la façade Nord de sa propriété qui n'étaient pas prévues dans sa déclaration préalable ;

- les baies vitrées ouvrantes à verre clair créées au 1er étage portent atteinte à son intimité en méconnaissance de l'article 9 du code civil et ne respectent pas les dimensions et caractéristiques des ouvertures prévues dans la demande préalable ;

- les travaux réalisés, qui créent de la surface de plancher, auraient dû faire l'objet d'une demande de permis de construire présentée par un architecte ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait et d'appréciation en ce qu'il indique un numéro de parcelle et une adresse erronée et en ce que les inexactitudes, omissions et contradictions que comporte le dossier de déclaration préalable n'ont pas permis au service instructeur d'apprécier la consistance des travaux avec précision et, par suite, de vérifier leur conformité aux règles d'urbanisme ; le dossier de déclaration préalable ne comporte pas l'identité et les coordonnées du déclarant, le changement de destination et les travaux de création d'un étage pour un second logement de location ne sont pas détaillés et la surface de plancher créée n'est pas indiquée et les travaux autorisés portent finalement sur les trois façades Nord, Sud et Ouest ;

- le projet étant situé dans la zone du site classé des paysages du canal du Midi, la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) d'Occitanie devait être saisie pour avis.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 juin et 19 juillet 2023, M. A B et Mme H C, représentés par Me Colas, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- elle n'est pas fondée ;

- M. E ne justifie d'aucun préjudice.

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 juillet 2023 et les 1er février et 11 juin 2024, la commune de Paraza, représentée par Lysis Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. E la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, si exposés.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- M. E n'a pas intérêt à agir ;

- les moyens soulevés sont inopérants ou infondés et le nouveau moyen soulevé dans le mémoire complémentaire du requérant enregistré le 22 janvier 2024, plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense, est irrecevable, le requérant n'ayant en outre soulevé que des moyens d'illégalité externe dans sa requête introductive d'instance ; en tout état de cause, la DREAL n'avait pas à être consultée dès lors que le terrain d'assiette du projet n'est pas situé dans la zone du site classé " Paysages du Canal du Midi ".

Un mémoire en défense présenté pour M. B et Mme C a été enregistré le 5 septembre 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Sanson, rapporteur public,

- les observations de Me Montepini, représentant la commune de Paraza.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Paraza ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A B le 26 novembre 2019.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : a) Les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à vingt mètres carrés ; b) Dans les zones urbaines d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, les travaux ayant pour effet la création d'une surface de plancher ou d'une emprise au sol supérieure à quarante mètres carrés ; toutefois, demeurent soumis à permis de construire les travaux ayant pour effet la création de plus de vingt mètres carrés et d'au plus quarante mètres carrés de surface de plancher ou d'emprise au sol, lorsque leur réalisation aurait pour effet de porter la surface ou l'emprise totale de la construction au-delà de l'un des seuils fixés à l'article R. 431-2 ; c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ". Aux termes de l'article R. 421-17 du même code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable lorsqu'ils ne sont pas soumis à permis de construire en application des articles R. 421-14 à R. 421-16 les travaux exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires, et les changements de destination des constructions existantes suivants : a) Les travaux ayant pour effet de modifier l'aspect extérieur d'un bâtiment existant, à l'exception des travaux de ravalement ; b) Les changements de destination d'un bâtiment existant entre les différentes destinations définies à l'article R. 151-27; () " et aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-2 de ce code : " Les demandeurs d'un permis de construire sont tenus de recourir à un architecte pour les projets de travaux sur construction existante conduisant soit la surface de plancher, soit l'emprise au sol de l'ensemble à dépasser l'un des plafonds fixés par le présent article. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'immeuble sur lequel portent les travaux autorisés, qui accueillait l'ancienne cave coopérative du village, a été transformé en quatre logements en 2010, selon permis de construire obtenu en 2009, et que la demande d'autorisation d'urbanisme de M. B, présentée le 26 novembre 2019 et complétée le 16 janvier 2020, porte exclusivement sur la création et la modification d'ouvertures sur façades et sur la création d'une fenêtre de toit, sans création de surface de plancher. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que les travaux envisagés étaient soumis à permis de construire et nécessitaient le recours à un architecte.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne à tort que le projet se situe 3 route Neuve alors qu'il se situe 3 bis route Neuve. Toutefois, dès lors que le dossier de déclaration préalable mentionne l'adresse exacte de la parcelle concernée, dont la référence cadastrale, 1604, figure sur le plan de situation et le plan de masse, cette simple erreur matérielle dans l'arrêté ne saurait révéler une confusion de la part du service instructeur sur la parcelle concernée par le projet ou une quelconque ambiguïté quant à sa localisation.

5. En troisième lieu, les autorisations d'utilisation du sol ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme. La circonstance que les documents produits à l'appui d'un dossier de déclaration préalable seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation de construire que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. En l'espèce, le formulaire Cerfa de la déclaration préalable mentionne, ainsi que le fait valoir M. E, la modification et la création d'ouvertures sur les façades Sud et Ouest du bâtiment, alors que le plan de masse et les plans DP4a et DP4b relatifs aux façades avant projet et après projet du bâtiment indiquent que les ouvertures à créer ou à modifier concernent les façades Nord et Ouest. S'il existe ainsi une contradiction entre la désignation des façades modifiées portée sur le formulaire Cerfa et celle figurant sur les plans du dossier, les façades étant, au demeurant, plus précisément orientées Ouest-Nord-Ouest et sud-sud-Ouest, cette incohérence dans le dossier de déclaration préalable n'a manifestement pas pu, compte tenu de la parfaite lisibilité des plans quant à la situation des façades concernées par les ouvertures à réaliser par rapport à la direction Nord et aux parcelles voisines, induire le service instructeur en erreur dans son appréciation de la teneur du projet et de l'emplacement des ouvertures à créer ou modifier. Par suite, l'inexactitude dans la désignation des façades concernées par les travaux figurant dans le formulaire Cerfa n'a pas été, par elle-même, de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. En outre, le dossier de demande préalable n'avait pas à comporter d'indications quant à un changement de destination ou à la création d'une surface de plancher dès lors que, ainsi qu'il a été exposé au point 3, le projet ne portait que sur la création et la modification d'ouvertures.

7. Par ailleurs, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve du droit des tiers, M. E ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 9 du code civil. En outre, la circonstance que les travaux réalisés par M. B ne correspondraient pas à ceux prévus dans sa déclaration préalable, se rattache à l'exécution des travaux autorisés et reste, dès lors et en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté de non-opposition attaqué.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. ". Dès lors que le premier mémoire en défense présenté dans le cadre de la présente instance a été enregistré et communiqué au requérant le 19 juillet 2023, le moyen nouveau, invoqué par M. E dans son mémoire en réplique enregistré le 22 janvier 2024, soit plus de deux mois après la communication de ce mémoire, tiré de l'absence de saisine pour avis de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement d'Occitanie, est irrecevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres fins de non-recevoir opposées en défense, que E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Paraza ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A B. Il y a lieu, par suite, de rejeter la requête, en toutes ses conclusions.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de la commune de Paraza et de M. B et Mme C les frais exposés par eux et non compris dans les dépens, la présente affaire n'ayant, par ailleurs, pas généré de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Paraza et par M. B et Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la commune de Paraza, à M. A B et Mme H C.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Sabine Encontre, présidente,

M. Mathieu Didierlaurent, conseiller,

Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. D L'assesseur le plus ancien,

M. G

La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024

La greffière,

C. Arce

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