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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302426

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302426

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPONS-SERRADEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 avril 2023, le 29 avril 2024, le
4 juillet 2024 et le 28 août 2024, l’association de défense des résidents d’Argelès-sur-Mer – La Plage – Le Racou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la délibération du 13 avril 2023 par laquelle le conseil municipal de la commune d’Argelès-sur-Mer a émis un avis favorable à la liste précisant les utilisateurs autorisés à solliciter une location de salle auprès de la commune, autorise le maire à signer tout document permettant l’exécution de la présente délibération et charge le maire de notifier cette décision aux services préfectoraux ;

2°) d’annuler la délibération du 7 mars 2024 par laquelle le conseil municipal de la commune a précisé et complété la délibération du 13 avril 2023 en approuvant les précisions définies et en conditionnant la mise à disposition ou location de salle municipale à son respect, a autorisé le maire à signer tout document permettant l’exécution de la délibération et a chargé le maire de notifier cette délibération aux services préfectoraux.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;
- les délibérations méconnaissent l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales ;
- les décisions méconnaissent la liberté de réunion ;
- le conseil municipal ne démontre pas que les mesures sont justifiées par une croissance de la demande de salles et le temps important consacré à l’entretien et au nettoyage des locaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juin et 24 juillet 2024, la commune d’Argelès-sur-Mer, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l’association requérante de la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, en ce que les décisions contestées ne font pas grief et que la contestation de la décision du 7 mars 2024 aurait dû faire l’objet d’une requête distincte ;
- les moyens soulevés par l’association requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de M. A..., représentant l’association de défense des résidents d’Argelès-sur-Mer – La Plage – Le Racou, et de Me Calvet, représentant la commune d’Argelès-sur-Mer.


1. Par délibération en date du 13 avril 2023, le conseil municipal de la commune d’Argelès-sur-Mer a émis un avis favorable à la liste précisant les utilisateurs autorisés à solliciter une location de salle auprès de la commune, autorise le maire à signer tout document permettant l’exécution de cette délibération et charge le maire de la commune de notifier cette décision aux services préfectoraux. Par délibération du 7 mars 2024, le conseil municipal a précisé que seules les demandes des associations dont l’objet principal clairement identifié et conforme aux thématiques prioritaires seront étudiées pour l’attribution des salles municipales, dans la limite des disponibilités, autorise le maire de la commune à signer tout document permettant l’exécution de la délibération et charge le maire de la commune de notifier cette délibération aux services préfectoraux. Par la présente requête, et par le mémoire en réplique présenté le 29 avril 2024, l’association de défense des résidents de l’environnement d’Argelès-sur-Mer – la Plage – le Racou, ci-après ADREA demande l’annulation de ces deux délibérations.


Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune d’Argelès-sur-Mer :


2. En premier lieu, l’article R. 421-1 du code de justice administrative prévoit que : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision […] ».

3. La commune d’Argelès-sur-Mer soutient que la délibération du 13 avril 2023, complétée par la délibération du 7 mars 2024, est un simple avis non décisoire et insusceptible de faire grief. Si la délibération du 13 avril 2023 dispose que le conseil municipal « émet un avis favorable » à la liste des utilisateurs habilités à solliciter une mise à disposition de salle municipale auprès de la commune et que le considérant précise que cette liste est proposée, le deuxième article du dispositif de la délibération autorise le maire à exécuter cette décision. En outre, les considérants précédant le dispositif précisent que cette liste est nécessaire et exhaustive, et que seuls certains utilisateurs sont autorisés à demander la mise à disposition d’une salle. Il ne résulte pas des débats de présentation de cette délibération que le conseil municipal ait entendu donner une simple opinion sur les utilisateurs auxquels il serait préférable d’attribuer une salle, en laissant au maire la liberté de prendre une décision individuelle contraire à la volonté du conseil municipal. Au contraire, la liste avait pour objet et pour effet d’empêcher certains groupements de présenter des demandes de mise à disposition des salles et de rendre ces groupements inéligibles à présenter de telles demandes. Cet effet est également démontré par la délibération du 7 mars 2024, dont l’objet même est de clarifier la délibération du 13 avril 2023, et qui précise de façon impérative que : « seules les demandes des associations dont l’objet principal clairement identifié et conforme aux thématiques prioritaires seront étudiées pour l’attribution des salles municipales ». Ainsi, il résulte de ce qui précède que le conseil municipal a attribué des effets juridiques aux délibérations précitées, leur a donné un caractère impératif, en interdisant aux groupements dont l’objet n’est pas dans la liste exhaustive qu’elle fixe de présenter une demande d’attribution d’une salle municipale. Par suite, la commune d’Argelès-sur-Mer n’est pas fondée à soutenir que les délibérations contestées ne constitueraient qu’un simple avis ne faisant pas grief.

4. En deuxième lieu, les conclusions d’une demande unique tendant à ce que soient annulées plusieurs décisions sont recevables dans leur totalité si elles présentent entre elles un lien suffisant. Les demandes présentées par l’association ADREA tendant à l’annulation de la délibération du 13 avril 2023 et de la délibération du 7 mars 2024, qui précise et complète la première délibération, présentent entre elles un lien suffisant. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions de l’association requérante dirigées contre les deux délibérations des
13 avril 2023 et 7 mars 2024 seraient irrecevables, faute de présentation par deux requêtes distinctes, doit être écartée.


Sur les conclusions à fin d’annulation :


5. Aux termes de l’article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : « Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune […] ». Aux termes de l’article L. 2122-21 du même code : « Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : 1° De conserver et d'administrer les propriétés de la commune et de faire, en conséquence, tous actes conservatoires de ses droits ; […] ». Aux termes de l’article L. 2144-3 du même code : « Des locaux communaux peuvent être utilisés par les associations ou partis politiques qui en font la demande. / Le maire détermine les conditions dans lesquelles ces locaux peuvent être utilisés, compte tenu des nécessités de l'administration des propriétés communales, du fonctionnement des services et du maintien de l'ordre public. / Le conseil municipal fixe, en tant que de besoin, la contribution due à raison de cette utilisation. / Les locaux communaux peuvent également être mis à la disposition des organisations syndicales, dans les conditions prévues à l'article L. 1311-18. ».

6. Il appartient au conseil municipal de déterminer, par ses délibérations, les conditions dans lesquelles une salle appartenant à la commune peut être louée à des groupements ou personnes privées et, à cette fin, de préciser, en fonction de l’affectation de l’immeuble et de l’intérêt d’une bonne gestion du domaine communal, la catégorie des bénéficiaires d’une telle mesure. Si la mise à disposition d’une salle communale à des associations, syndicats ou partis politiques qui en font la demande, peut être refusée pour des motifs tirés des nécessités de l’administration des propriétés communales ou par celles du maintien de l’ordre public, un refus ne peut légalement être opposé que pour ces motifs.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le conseil municipal, en fixant précisément la liste des utilisateurs proposés à l’éligibilité d’une mise à disposition des salles communales, a entendu exclure les associations, notamment environnementales ou politiques, non incluses dans ladite liste en se fondant sur le seul objet de ces associations. Il ressort des débats accompagnant le vote de la délibération que le conseil municipal a décidé en particulier d’exclure certaines associations et en favoriser d’autres, considérées comme plus impliquées dans la vie de la commune. Cette discrimination, non justifiée par l’intérêt général, qui a pour effet d’interdire par avance à une association dont l’objet n’entre pas dans la liste exhaustive qu’elle prévoit, de déposer une demande de mise à disposition d’une salle municipale, méconnait les dispositions précitées de l’article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que l’association ADREA est fondée à demander l’annulation de la délibération du
13 avril 2023 ainsi que, par voie de conséquence, de la délibération du 7 mars 2024.


Sur les frais liés au litige :


9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’association ADREA, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune d’Argelès-sur-Mer demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.





D E C I D E :





Article 1er : Les délibérations des 13 avril 2023 et 7 mars 2024 de la commune d’Argelès-sur-Mer sont annulées.

Article 2 : Les conclusions de la commune d’Argelès-sur-Mer présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l’association de défense des résidents d’Argelès-sur-Mer – La Plage – Le Racou et à la commune d’Argelès-sur-Mer.


Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
Mme Aude Marcovici, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.


Le rapporteur,

B...
Le président,

J. Charvin


La greffière,




L. Salsmann


La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 novembre 2024,
La greffière,




L. Salsmann


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