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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302804

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302804

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302804
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantPOUILHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 15 mai 2023, le 16 mai 2024 et le 11 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Lucas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle le président de Sète Agglopôle Méditerranée a refusé de lui accorder une subvention au titre des travaux de rénovation de son immeuble ;

2°) d'ordonner à Sète Agglopôle Méditerranée de lui octroyer la subvention dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) une somme de

2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en droit ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis de la commission locale de l'habitat n'a pas été recueilli, qu'il ne lui a pas été communiqué et que la décision ne comporte aucune précision sur son contenu ;

- la décision est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juin et 22 août 2024, l'ANAH, représentée par Me Pouilhe, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à Sète Agglopôle Méditerranée le 23 mai 2023 qui n'a pas présenté d'observations.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant la date de l'audience, conformément aux dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire, présenté par M. A, représenté par Me Lucas a été enregistré le

3 septembre 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 1er août 2014 portant approbation du règlement général de l'Agence nationale de l'habitat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada première conseillère,

- les conclusions de M. Chevillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Dillenschneider, substituant Me Lucas, représentant

M. A et de Me Pouilhe, représentant l'ANAH.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un ensemble immobilier situé au 12, rue Mercier à Sète. Il a déposé le 6 août 2020 une demande de subvention pour la rénovation de cet immeuble auprès de la communauté d'agglomération Sète Agglopôle Méditerranée (SAM), délégataire de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH). Par une décision du 9 octobre 2020, le président de Sète Agglopôle Méditerranée a rejeté cette demande. Par deux décisions du 16 décembre 2020 et du 11 février 2021, la SAM et l'ANAH ont respectivement rejeté le recours gracieux de M. A du 4 novembre 2020. Par une décision n° 2100804 du 15 décembre 2022, le Tribunal a annulé ces décisions et a enjoint à Sète Agglopôle Méditerranée de réexaminer la demande de M. A. Après avoir recueilli l'avis de la commission locale de l'habitat, la directrice de Sète Agglopôle Méditerranée, a, par une décision du 15 mars 2023, à nouveau rejeté la demande de M. A, dont il demande l'annulation, en se fondant sur la circonstance que le logement acquis par l'intéressé correspond à un appartement de type T2 dont le prix d'acquisition excède le plafond de 91 000 euros fixé pour un logement de type T2 dans l'agglomération sétoise par le programme d'action territorial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de ceux de l'article R. 321-10-1du code de la construction et de l'habitation : " Lorsqu'une convention mentionnée à l'article L. 321-1-1 a été signée, le président, selon le cas, du conseil départemental ou de l'établissement public de coopération intercommunale : () / 2° En application de ce programme décide de l'attribution des subventions aux bénéficiaires mentionnés aux I et II de l'article R. 321-12, dans la limite des autorisations d'engagement annuelles prévues dans la convention mentionnée aux articles

L. 301-5-1 ou L. 301-5-2, ou prononce le rejet des demandes d'aides ; () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la décision d'attribution d'une subvention est prise par le président d'un établissement public de coopération intercommunale dans la limite des autorisations d'engagement prévues. Dans ces conditions, l'attribution d'une telle subvention ne constitue pas un droit pour les personnes qui remplissent les conditions pour l'obtenir. Ainsi, la décision refusant l'attribution d'une subvention n'est pas au nombre de celles qui, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 15 mars 2023 ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune disposition légale ou réglementaire que la décision du 15 mars 2023 refusant la subvention demandée par M. A devait être accompagnée de l'avis de la commission locale de l'amélioration de l'habitat (CLAH) du même jour et ce dernier ne soutient d'ailleurs pas en avoir demandé communication alors que cet avis était mentionné dans la décision contestée. Si la décision attaquée mentionne qu'elle a été prise après avis de la commission locale de l'amélioration de l'habitat, la circonstance que cet avis n'ait pas été communiqué au requérant est sans incidence sur le caractère suffisant de la motivation de la décision litigieuse dès lors que cette dernière ne se réfère pas au contenu de cet avis. Enfin, l'avis a été versé aux débats par l'ANAH. Et, en tout état de cause, le requérant n'apporte aucun élément sérieux permettant d'établir qu'il aurait été privé d'une quelconque garantie. Le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 321-1 du code de la construction et de l'habitation : " I.- L'Agence nationale de l'habitat a pour mission, dans le respect des objectifs définis à l'article L. 301-1, de promouvoir le développement et la qualité du parc existant de logements privés, en particulier en ce qui concerne les performances thermiques et l'adaptation à la perte d'autonomie. Elle participe à la lutte contre l'habitat indigne et dégradé, aux actions de prévention et de traitement des copropriétés fragiles ou en difficulté, à la lutte contre la précarité énergétique et à l'amélioration des structures d'hébergement. A cet effet, elle encourage et facilite l'exécution de travaux de réparation, d'assainissement, d'amélioration et d'adaptation d'immeubles d'habitation, notamment ceux faisant l'objet d'un bail rural ou commercial, ainsi que l'exécution de travaux de transformation en logements de locaux non affectés à l'habitation, dès lors que ces logements sont utilisés à titre de résidence principale, ainsi que l'exécution d'opérations de résorption d'habitat insalubre et de requalification d'immeubles d'habitat privé dégradé, d'opérations de résorption d'une copropriété dont l'état de carence a été déclaré conformément à l'article L. 615-6 et d'opérations de portage ciblé de lots d'habitation d'une copropriété en difficulté. () ". Aux termes de ceux de l'article L. 321-1-1 du même code : " Lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale ou un département a conclu une convention avec l'Etat en application des articles L. 301-5-1 ou L. 301-5-2, il conclut également une convention avec l'Agence nationale de l'habitat. Cette convention détermine les conditions de gestion par l'agence, ou, à leur demande, par l'établissement public de coopération intercommunale ou le département, des aides destinées aux propriétaires privés. Elle peut prévoir la gestion par l'agence, au nom et pour le compte de l'établissement public ou du département, des aides à l'habitat privé qu'ils apportent sur leur budget propre. Elle peut, dans des limites fixées par décret en Conseil d'Etat, arrêter les règles particulières d'octroi des aides destinées aux propriétaires bailleurs et occupants, en fonction de critères économiques, sociaux ou géographiques. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 11 du règlement de l'arrêté du 1er août 2014 approuvant le règlement général de l'ANAH dans sa partie " Décision d'agrément ou de rejet de la demande de subvention (R. 321-10, R. 321-18 du CCH) " : " La décision d'attribution de la subvention ou de rejet de la demande d'aide est prise dans la limite des autorisations d'engagement annuelles par le délégué de l'agence dans le département ou par le délégataire en application des programmes d'actions mentionnés au 1° du I et du II de l'article R. 321-10, dans le respect des articles L. 321-1 et suivants et R. 321-12 et suivants du CCH, du présent règlement, des délibérations du conseil d'administration notamment celles fixant les priorités d'intervention de l'agence et les conditions particulières d'octroi de subvention fixées en application de l'article R. 321-17, et, le cas échéant, au vu des engagements spécifiques souscrits par le demandeur./ La décision est prise au regard de l'intérêt du projet sur le plan économique, social, environnemental et technique. Cet intérêt est évalué en fonction notamment des dispositions et des priorités du programme d'actions mentionné au 1° du I et du II de l'article R. 321-10 du CCH et défini au A du chapitre Ier du présent règlement. / En cas d'absence ou d'insuffisance d'intérêt du projet, l'aide peut être refusée, minorée ou soumise à des conditions supplémentaires ayant trait à la consistance du projet ou à des engagements particuliers du propriétaire. ".

7. Enfin, aux termes du programme d'actions Sète Agglopôle Méditerranée du 9 juillet 2019 relatif aux subventions pouvant être accordées aux propriétaires occupants : " Afin d'éviter les effets d'aubaine et de favoriser les ménages les plus modestes souhaitant accéder à la propriété il est apparu nécessaire d'instaurer un critère d'éligibilité tenant compte de la date d'acquisition, qui est fixée à moins de trois ans. De la même manière () il est apparu nécessaire d'instaurer des critères d'éligibilité tenant compte d'un prix d'acquisition (hors frais de notaire) plafond fixé, en fonction de la composition du ménage et des revenus déclarés au moment du dépôt du dossier de demande de subvention ". Il résulte du tableau annexé à ce programme d'action que le plafond de prix d'acquisition en collectif (hors frais de notaires), pour un logement de type 2 est fixé à 91 000 euros.

8. Pour rejeter la demande de subvention présentée par M. A, la directrice de Sète Agglopôle Méditerranée a opposé à l'inéligibilité du dossier du requérant compte tenu de la typologie du bien acquis, de son prix et de la taille du ménage lors du dépôt de la demande. Il ressort des pièces du dossier que M. A a acquis un immeuble à usage commercial d'une superficie totale de 307 m2 et obtenu un permis de construire, le 27 mars 2019, l'autorisant à changer la destination d'une partie de l'immeuble, afin de transformer une partie de ce local commercial en habitation pour une surface habitable 182,40 m2, en rez-de-chaussée, ainsi qu'il ressort des plans annexés à la demande. Si ce permis de construire a été accordé pour un logement de cinq pièces, nombre de pièces qui fonde la demande de subvention présentée par M. A, il ressort cependant des pièces accompagnant la demande de subvention présentée à Sète Agglopôle Méditerranée que le plan initial du logement privatif, qui ne se composait que d'une pièce ouverte sur la cuisine, d'une salle d'eau et d'une chambre en rez-de-chaussée, peut être assimilé à un logement de type 2. Si le requérant, qui soutient désormais avoir aménagé non seulement le rez-de-chaussée mais aussi le premier étage de l'immeuble, produit, à l'instance, un nouveau plan du logement matérialisant au rez-de-chaussée une pièce à vivre, un bureau et une chambre et trois chambres au premier étage avec un bloc comportant trois sanitaires indépendants, de tels aménagements n'apparaissaient pas dans la demande de subvention initiale, le premier étage étant au surplus exclu de la demande d'autorisation d'urbanisme portant notamment de changement de destination des locaux acquis par M. A. Dans ces conditions, la directrice de Sète Agglopôle Méditerranée a pu, sans erreur de fait, ni méconnaissance des dispositions précitées, opposer à l'intéressé que le prix d'acquisition de son bien excédait le plafond de 91 000 euros applicable à un T2 et rejeter la demande de subvention qu'il avait présentée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de la décision du 15 mars 2023 doivent être rejetées en ce compris celle qu'il présente à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'ANAH, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A le versement de la somme que réclame l'ANAH sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'ANAH sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A, à Sète Agglopole Méditerranée et l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

A. Bayada

Le président,

E. SouteyrandLa greffière,

A. Farell

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 19 septembre 2024.

La greffière,

A. Farell

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