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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302862

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302862

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant " à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des dispositions du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 avril 2023.

Par un mémoire enregistré le 27 juin 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il sollicite une substitution de base légale, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, seul applicable à la situation de la requérante, devant être substitué à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 14 décembre 1998 est entrée régulièrement en France le 20 août 2017 munie d'un visa D étudiant. Par sa requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de renouveler son certificat de résidence mention " étudiant ", a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions en annulation

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, le préfet retrace de manière détaillée les conditions d'entrée en France de l'intéressée en 2017 ainsi que son parcours universitaire. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme A, au vu des déclarations de l'intéressée et des éléments produits lors du dépôt de sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé au premier avenant à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue de cinq années universitaires, Mme A n'a validé aucun diplôme délivré par un établissement d'enseignement supérieur. Ainsi, la requérante, inscrite en première année commune des études de santé à l'université de Montpellier, a été ajournée deux fois au titre des années 2017-2018 et 2018-2019. Au cours de l'année universitaire 2019-2020, elle a validé une première année de licence " sciences et technologies ", puis a été ajournée en deuxième année de licence mention " sciences de la vie " pour l'année 2020-2021, ainsi qu'en deuxième année de licence " biologie mécanisme du vivant " pour l'année 2021-2022. Mme A présente, au titre de l'année 2022-2023, une seconde inscription en deuxième année de licence " biologie mécanisme du vivant " à l'université de Montpellier, avec une moyenne de 9.57/20 à la 1ère session du 3ème semestre. Si elle atteste désormais avoir validé son année universitaire 2022-2023, cette circonstance est postérieure à la décision attaquée. Dans ces conditions, et en dépit des attestations produites par des enseignants et élèves quant à son assiduité et son implication, la requérante ne peut être regardée comme justifiant du sérieux, de la progression et de la cohérence du curcus suivi. Mme A, qui a levé le secret médical, fait notamment valoir que le sérieux de ses études doit être apprécié au regard de son état de santé. A cet effet elle produit un certificat médical établi le 4 mai 2023 par un médecin psychiatre qui assure son suivi depuis le mois de décembre 2020, indiquant que l'intéressée " présente un trouble cyclique de l'humeur (Bipôlarité) relativement sévère qui a lésé ses capacités à mener ses études ", et relevant qu'elle présente désormais une " amélioration de ses capacités cognitives qui ont été altérées en 2020-2021 et l'ont beaucoup gênée pour la continuité et la réussite de ses études ". Toutefois, s'il ne peut être contesté que la pathologie de Mme A a eu des répercussions sur sa capacité à mener avec succès ses études, en particulier au cours de l'année scolaire 2020-2021 il ne ressort pas de ce certificat ni d'autre éléments du dossier que son état de santé ait rendu impossible la validation des différentes formations dans lesquelles elle s'est inscrite au cours de plusieurs années. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant. Par suite, la décision du préfet de l'Hérault portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, et le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention de la vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ". ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. (.) ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

7. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 de ce code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés.

8. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision attaquée aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation sur le fondement des stipulations du 5) l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, qui sont de même portée que celles résultant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet s'est fondé initialement et auxquelles elles peuvent donc être substituées sans priver Mme A d'aucune garantie procédurale. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale du préfet de l'Hérault.

9.Il ressort des pièces du dossier que Mme A, célibataire et sans charge de famille est entrée en France en 2017 et s'y est maintenue sous couvert de titres de séjour mention " étudiant ", ne lui donnant pas vocation à demeurer sur le territoire. Si elle se prévaut d'un projet professionnel et d'attestations d'amis la décrivant comme parfaitement intégrée et impliquée, elle n'établit toutefois pas avoir établi en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ni être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

11.En premier lieu, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement. En l'espèce et alors que le refus de titre est suffisamment motivé comme exposé au point 2, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut être qu'écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme A, au vu des déclarations de l'intéressée et des éléments produits lors du dépôt de sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

13.En troisième lieu, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour opposé à Mme A n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

14. En quatrième lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen doit être écarté.

15.En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B A, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 septembre 2023,

Le greffier,

S. Sangaré

gm

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