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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302865

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302865

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302865
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formationmagistrat LAFAY
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2023, M. A B E, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de sa carence fautive à le reloger ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune offre de logement dans le délai imparti, en dépit de la décision de la commission départementale de médiation du 9 novembre 2021 par laquelle sa situation a été reconnue prioritaire et justifiant l'attribution en urgence d'un logement ;

- il est fondé à solliciter la somme de 3 000 euros au titre de ses troubles dans ses conditions d'existence ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par une décision du 17 avril 2023, M. A B E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Lafay, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lafay,

- les observations de Mme D, pour le préfet de l'Hérault.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été reconnu comme étant prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités de type T5, par une décision du 9 novembre 2021 de la commission de médiation du département de l'Hérault. Par ordonnance du 22 septembre 2022, il a été enjoint au préfet de l'Hérault de reloger M. B conformément aux préconisations de la commission de médiation, sous astreinte par mois de retard à compter du 1er novembre 2022. N'ayant pas été relogé, M. B a saisi le préfet de l'Hérault, par courrier du 13 février 2023, d'une demande indemnitaire préalable tendant à obtenir réparation du préjudice subi, qui a été rejetée implicitement. Le 29 mars 2023, M. B était relogé dans un logement social de type T5 accessible par le bailleur promologis. Par la présenté requête, M. B demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros à ce titre.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la mise en jeu de la responsabilité :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'Etat, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. Il résulte de l'instruction que, le 9 mars 2021, M. B a saisi la commission de médiation de l'Hérault d'une demande de logement social en vue de loger 8 personnes (outre lui-même, son épouse et leurs quatre enfants, son père et sa mère) en faisant état de l'attente de logement depuis un délai anormalement long, et du besoin d'un logement accessible au handicap moteur dont souffre son fils ainé C né en 2008. Par une décision du 9 novembre 2021, la commission de médiation a reconnu le caractère prioritaire et urgent de sa demande pour l'attribution d'un logement de type T5 accessible au motif d'une attente de logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral.

4. Si M. B n'a effectivement pas été relogé dans le délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, le préfet de l'Hérault en défense fait valoir que la typologie d'un logement T5 accessible est rare dans le parc social, et que le requérant n'a pas signalé que ses parents, dont son père handicapé, avaient été relogés avant juillet 2022, ce qui aurait facilité la recherche de logement pour seulement les 6 personnes qui restaient. Toutefois, si le requérant signale dans sa requête que " ses parents ont pu être relogés de sorte que le foyer regroupe désormais 6 personnes ", la date de ce départ n'est pas indiquée. Au mieux ce relogement a pu intervenir entre le 22 septembre 2022, date de l'ordonnance qui mentionne la présence des parents et le 13 février 2023, date de la demande indemnitaire préalable qui ne les mentionne plus. Par ailleurs, il ressort sans équivoque des pièces du dossier que la seule personne handicapée de la famille est un enfant, le fils ainé du requérant, et non son grand père dont il porte le prénom. Par suite, le caractère accessible du T5 prescrit par la commission, demeurait. Dans ces conditions, et au moins pour la période courant de la date de la décision de la commission jusqu'à la date de l'ordonnance, la carence à proposer un logement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne l'indemnisation :

5. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins.

6. Il ressort des pièces du dossier que le handicap reconnu au fils ainé de M. B, d'un taux égal ou supérieur à 80 %, par la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées réunie le 11 décembre 2019, rendait inadapté aux besoins de M. B et de sa famille, le logement situé au 4ème étage qui n'était accessible depuis l'ascenseur que par des marches, impropres à un déplacement en fauteuil roulant. Il sera fait une juste appréciation des troubles résultant de cette situation depuis le 9 mai 2022, date d'expiration du délai imparti au préfet pour exécuter la décision de la commission de médiation en faisant à l'intéressé une offre de logement, soit pendant une période de près d'un an, en mettant à la charge de l'Etat le versement au requérant d'une indemnité de 1 000 euros.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 1 000 euros en réparation du préjudice résultant de la carence de l'Etat à le reloger en exécution de la décision de la commission de médiation dans le délai de six mois.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B étant admis à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Leroy, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Leroy de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B une somme de 1 000 euros.

Article 2 : L'Etat versera à Me Leroy, conseil de M. B, la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Hérault, et à Me Leroy.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024

Le magistrat désigné,

L.-N. Lafay La greffière,

L. Rocher

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024

La greffière,

L. Rocher

lr

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