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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302898

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302898

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSERGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2023, M. A B, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de son recours gracieux, confirmant sa décision du 13 octobre 2022 portant refus des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé la notification de la décision à intervenir, de lui octroyer sous huitaine les conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé la notification de la décision à intervenir, de lui verser les sommes dues au titre de l'Allocation pour Demandeur d'Asile (ADA) pour les mois de novembre 2022 à mai 2023, sauf à parfaire ;

4°) à défaut d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le délai de huit jours passé la notification de la décision à intervenir, de réexaminer sa situation de vulnérabilité et de lui notifier une nouvelle décision ;

5°) en tout état de cause, de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 500 euros au titre des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de rejet de son recours gracieux n'est pas motivée, en violation des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la présentation de sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours s'explique par des circonstances particulières et que son état de santé tel qu'il ressort des éléments médicaux portées à la connaissance de l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifiait que lui soit attribué le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à une évaluation avec entretien personnel, de sa vulnérabilité et a méconnu l'existence de celle-ci, compte tenu de son état de santé et de la précarité de sa situation, lesquelles justifient l'octroi d'un hébergement stable et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile ;

- la décision contestée, qui le prive des conditions matérielles d'accueil qui auraient dû lui être proposées en application de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu des conséquences excessives sur son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision de la présidente du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 26 juin 1996, déclare être entré en France, via la Belgique, en septembre 2019. Il a présenté une demande d'asile, qui a été enregistrée en procédure accélérée le 13 octobre 2022. Par une décision du même jour, remise en mains propres, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil, sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que sa demande d'asile avait, sans motif légitime, été déposée plus de 90 jours après son entrée en France. Par un courrier du 29 novembre 2022, M. B a saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'un recours préalable, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur son recours préalable.

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. /Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".

3. Le requérant, qui n'a pas sollicité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la communication des motifs de la décision contestée, ne peut utilement se prévaloir de l'absence de motivation de cette décision implicite. Le moyen invoqué doit par suite être écarté.

4. M. B soutient qu'arrivé en France par la Belgique, hébergé dans un premier temps par son frère, il n'a pris conscience que tardivement, grâce à l'accompagnement de médecins et d'associations, que sa situation relevait de l'asile. Toutefois ses explications ne permettent pas de le regarder comme justifiant d'un motif légitime au sens de l'article L. 555-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant le dépôt tardif de sa demande d'asile. C'est donc sans méconnaître ces dispositions que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé, pour ce motif, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Il ressort des pièces du dossier que l'édiction de la décision contestée a été précédée d'un entretien au cours duquel les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont questionné le requérant sur sa situation personnelle, aux fins notamment d'évaluer sa vulnérabilité, et dont il a été établi un compte rendu sous forme d'une fiche d'évaluation de vulnérabilité. Ainsi le moyen tiré du vice de procédure dont serait entaché la décision contestée au regard de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait et doit être écarté.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment des termes de la fiche d'évaluation dont il résulte que M. B a indiqué la présence de plusieurs membres de sa famille sur le territoire national, être hébergé par des tiers depuis son arrivée en septembre 2019 mais craindre de se retrouver à la rue, avoir vu un psychologue et avoir rendez-vous avec un psychiatre, fait part de son engagement auprès de différentes associations et évoqué le début prochain d'une formation, que l'édiction de la décision serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé l'asile alors qu'il résidait en France depuis près de trois ans. Il n'y est pas isolé, compte tenu de la présence de plusieurs membres de sa famille, dont un frère qui l'a hébergé. Il a déclaré lors de son entretien être hébergé par des amis, évoquant seulement un possible déménagement qui risquerait de le mettre à la rue. S'il a documenté, postérieurement à la décision de refus des conditions matérielles d'accueil, son état de santé en produisant différents certificats médicaux et si ceux-ci témoignent de la nécessité d'un suivi psychologique ou psychiatrique, il ressort des pièces du dossier que ce suivi est en cours. En outre, l'avis médical rendu par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre de l'examen de son recours préalable a évalué sa vulnérabilité à un sur une échelle de trois, de sorte qu'il ne peut être regardé, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce comme justifiant d'une vulnérabilité telle que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen invoqué doit donc être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()". Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Pour l'ensemble des motifs énoncés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention des droits de l'homme et de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours préalable prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Sergent.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 février 2025.

La greffière,

M. C 00

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