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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302945

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302945

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMELANIE LAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2023, et des mémoires enregistrés les 4 juin et 3 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer une carte de séjour temporaire " étudiant ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- les décisions attaquées méconnaissent les articles L. 422-1 et R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gayrard,

- et les observations de Me Laporte, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité sénégalaise, est entrée en France le 25 octobre 2020 sous couvert d'un visa étudiant. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 mai 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. P., secrétaire général de la préfecture de l'Hérault en vertu d'une délégation qui lui a été consentie par arrêté du préfet de l'Hérault du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Cet arrêté lui donne délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Hérault, à l'exception des réquisitions prises en application de la loi du 11 juillet 1938 relative à l'organisation générale de la nation pour temps de guerre et de la réquisition des comptables publics. Le second alinéa de l'article 1er de cet arrêté précise en outre que cette délégation comprend les actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Compte tenu de sa précision et des exceptions qu'elle prévoit, cette délégation n'est pas d'une portée trop générale. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les textes dont il est fait application et énoncent, par ailleurs, l'ensemble des considérations de fait sur lesquelles elles se fondent, de manière suffisamment circonstanciée, pour mettre la requérante en mesure d'en discuter utilement les motifs. Notamment, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a bien mentionné que Mme B était entrée sur le territoire français le 25 octobre 2020 sous couvert d'un visa étudiant et qu'elle est célibataire et mère d'une enfant. Si Mme B soutient que la décision litigieuse ne fait pas référence au fait qu'elle est enceinte de son second enfant et que le père de ces deux enfants réside régulièrement sur le territoire français, il ne ressort, en tout état de cause, d'aucune des pièces du dossier qu'elle en aurait informé les services de la préfecture. Dans ces conditions, le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, a ainsi suffisamment motivé la décision litigieuse.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard duquel doit être appréciée la condition de ressources posée par les dispositions précédemment citées : " Pour être autorisé à séjourner en France, l'étranger doit justifier qu'il dispose de moyens d'existence suffisants correspondant au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français. ". L'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français a fixé à 615 euros par mois le montant de cette allocation d'entretien.

5. Pour refuser la délivrance à Mme B du titre de séjour étudiant sollicité, le préfet de l'Hérault a relevé que l'intéressée ne pouvait apporter la preuve d'une progression dans ses études, ni justifier du sérieux des études poursuivies, et qu'elle n'est pas en mesure de justifier de ressources financières mensuelles stables. La requérante conteste le motif tiré de ce qu'elle ne justifie pas de moyens d'existence suffisants en faisant valoir qu'elle bénéficie d'une prise en charge d'un montant mensuel de 615 euros versée par un membre de la famille du père de sa fille et de son enfant à naître. Toutefois, l'attestation rédigée par ce dernier pour les besoins de la cause et jointe dans le cadre de la présente instance est insuffisante pour établir la réalité de ces allégations qui ne ressort, par ailleurs, pas d'autres pièces du dossier. En outre, si le père des enfants de Mme B participe à leur entretien en procédant à un virement permanent de 110 euros par mois, cette somme n'atteint pas le montant de l'allocation visée à l'article R. 422-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, les relevés de compte que l'intéressée produit pour les seuls mois de mars, avril et mai 2023 et qui font apparaître un solde créditeur de 161,09 euros au 28 avril 2023 ne sont pas suffisants pour établir qu'elle disposerait de moyens d'existence suffisants. Par suite, et dès lors que la décision de refus de séjour en litige était notamment fondée sur l'insuffisance des ressources de Mme B et qu'un tel motif pouvait fonder légalement le refus opposé à l'intéressée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, Mme B n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut donc pas se prévaloir utilement de la méconnaissance de ces dispositions à l'appui de sa requête. Les moyens tirés de leur méconnaissance doivent être écartés comme inopérant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. En l'espèce, Mme B ne se prévaut que d'une ancienneté de présence sur le territoire de moins de trois années à la date de la décision attaquée. En outre, les titres de séjour portant la mention " étudiant " qui lui ont été délivrés depuis son arrivée ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement en France. Si Mme B soutient qu'elle est la mère d'un enfant né en France en 2022 et qu'elle est enceinte d'un second enfant dont le père est un ressortissant sénégalais résidant sur le territoire, ce dernier n'est titulaire que d'une carte de séjour temporaire valable un an jusqu'au 21 avril 2023 et il n'est fait mention d'aucune circonstance particulière s'opposant à ce qu'il rejoigne la requérante et ses enfants au C. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été pris l'arrêté attaqué et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux qui y ont été précédemment exposés au point 8 et dès lors que rien ne s'oppose à ce que le père des enfants de la requérante les rejoigne au C, le préfet de l'Hérault, en édictant la mesure d'éloignement contestée, n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

J.-Ph. Gayrard L'assesseure la plus ancienne,

I. Pastor

La greffière,

E. Tournier

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2023,

La greffière,

E. Tournier

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