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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2302950

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2302950

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2302950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantSERGENT CHLOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2023, M. C B, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil reçue le 13 janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil et de lui verser les sommes dues au titre de l'allocation de demandeur d'asile pour les mois de janvier à avril 2023 sous huitaine passé la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous huitaine passé la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée en ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas répondu à la demande de communication de motif ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- est entachée d'un vice de procédure, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au titre de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas réalisé d'examen de vulnérabilité ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 3 décembre 1988 et de nationalité russe, déclare être entré sur le territoire français le 23 janvier 2022. Il a déposé une demande d'asile le 30 septembre 2022 au guichet unique de la préfecture. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Il a adressé un recours gracieux à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 11 janvier 2023. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait rejeté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'étendue du litige :

2. A titre liminaire, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais obtenu les conditions matérielles d'accueil si bien qu'il ne peut en demander le rétablissement comme il le soutient. Au demeurant, l'objet du courrier du 11 janvier 2023 concerne clairement un simple recours gracieux à l'encontre de la décision du 30 septembre 2022 si bien qu'en ne demandant que l'annulation de la décision implicite rejetant un tel recours gracieux, M. B doit être regardé comme demandant également l'annulation de la décision du 30 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision implicite de rejet du recours gracieux doit être écarté comme inopérant eu égard à ce qui a été dit au point 2. Par ailleurs, la décision du 30 septembre 2022 comporte les considérations de droit et de faits qui fondent le refus d'accorder les conditions matérielles d'accueil au motif que M. B a déposé sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Et aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un entretien de vulnérabilité a bien été réalisé le 30 septembre 2022 le jour du dépôt par M. B de sa demande d'asile. Par ailleurs, il en ressort que M. B, célibataire et sans charge de famille, est hébergé par sa mère, en situation régulière, et son beau-père de nationalité française, si bien que l'intéressé ne présentait pas une situation de vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Par ailleurs, la circonstance invoquée selon laquelle il ne connaissait pas la procédure pour déposer une demande d'asile ne saurait être considérée comme un motif légitime de nature à expliquer le dépôt de sa demande d'asile au-delà du délai de 90 jours après son entrée sur le territoire français. Enfin, si M. B soutient avoir adressé un courrier à l'OFPRA le 6 avril 2022, il ne le justifie pas. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

10. Le refus, total ou partiel, du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévu par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 7, correspond à l'hypothèse fixée au point 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE de " limitation " du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qui n'exclut pas le refus total de ces conditions matérielles. En outre, ces dispositions internes prévoient que le refus doit être prononcé dans le respect de l'article 20 de la directive, c'est-à-dire au terme d'un examen au cas par cas, fondé sur la situation de vulnérabilité de la personne concernée.

11. Il résulte de ce qui a été dit que M. B a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français, qu'il est hébergé par sa mère et qu'il ne présente pas une vulnérabilité particulière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B, à Me Sergent et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 28 novembre 2024.

La greffière,

A. Junon

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