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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303042

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303042

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOULIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier a rejeté la requête de M. B, un ressortissant afghan demandeur d'asile, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était légale car M. B n'avait pas respecté les exigences liées à l'asile en présentant une nouvelle demande après avoir été transféré en Italie. La procédure de cessation, incluant la mise en demeure et la prise en compte de la vulnérabilité du requérant, a été jugée régulière. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. A C B, représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de ne pas lui accorder les conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours, à défaut d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de sa situation par une décision explicite ;

3°) dans l'attente, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au versement des conditions matérielles d'accueil et de lui indiquer un lieu d'hébergement dans un délai de 24 heures ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pris aucune décision écrite et motivée avant de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, méconnaissant l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en mettant fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'en revenant sur le territoire français il n'aurait pas respecté les exigences liées à l'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juillet 2023, M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, première conseillère,

- et les observations de Me Moulin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 10 mai 1990, a présenté une demande d'asile en France le 3 janvier 2022, et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Identifié comme ayant été enregistré en qualité de demandeur d'asile en Italie, il a fait l'objet d'une décision de transfert vers cet Etat considéré comme responsable de l'examen de sa demande d'asile et y a effectivement été transféré le 6 octobre 2022 ; M. B est revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile le 6 décembre 2022. Par un courrier du 6 décembre 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé le requérant de son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande, en précisant qu'à défaut de présenter ses observations dans le délai de 15 jours, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendrait définitive. M. B a formulé des observations le 25 janvier 2023. Le 5 avril 2023, M. B s'est vu délivrer une attestation de demandeur d'asile en procédure normale. Par une décision du 25 avril 2023, produite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'appui de son mémoire en défense, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil au profit de M. B. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".

3. La décision du 25 avril 2023 produite par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'appui de son mémoire en défense, contre laquelle les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées, vise les dispositions des articles L. 551- 16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est fondée sur le fait que M. B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Cette décision, écrite et motivée, a été prise après que l'intéressé ait été invité à présenter des observations. Le premier moyen de la requête, tel qu'il est invoqué, doit, dès lors, être écarté.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est revenu sur le territoire français alors qu'il avait fait l'objet d'une remise aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donc pu légalement mettre fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences liées à l'asile. Si le requérant fait valoir que les autorités italiennes n'ont pas respecté leurs obligations, il ressort des termes de l'arrêté d'éloignement pris par les autorités italiennes qu'il a refusé de déposer une demande d'asile en Italie. Par ailleurs le fait pour le préfet d'avoir enregistré la demande de M B en procédure normale n'implique pas, contrairement à ce que soutient le requérant, que l'attitude de l'Italie aurait été fautive et une ouverture automatique des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, et même si sa demande d'asile a été finalement enregistrée en procédure normale, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en prenant la décision contestée.

5. M. B fait valoir un état de vulnérabilité médicale compte tenu d'un état de stress post-traumatique, évalué en décembre 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si M. B a fait l'objet d'une nouvelle évaluation de sa vulnérabilité le 5 avril 2023, au cours de laquelle il a effectivement fait état d'un problème de santé, sa situation médicale n'a pas été considérée comme caractérisant une situation d'urgence. Le compte rendu d'évaluation et le certificat médical produits par le requérant, qui évoquent la nécessité d'un traitement médicamenteux, ne sont pas de nature à remettre en cause cette appréciation. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort en outre dudit entretien que le requérant a de la famille à Montpellier, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui aurait été commise par le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au regard de sa vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 25 avril 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Moulin.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

A. Junon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 septembre 2024.

La greffière,

A. Junon

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