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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303300

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303300

mardi 27 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL LYSIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montpellier, saisi en excès de pouvoir par M. A, agent du centre hospitalier de Castelnaudary, a examiné le refus de l’établissement de lui communiquer l’intégralité du rapport d’enquête administrative relatif à sa demande de protection fonctionnelle. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, jugeant que M. A n’avait pas saisi la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) dans le délai de deux mois suivant le refus initial de communication, rendant ainsi tardive sa demande au juge. La solution retenue est fondée sur les articles L. 342-1 et R. 343-1 du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juin 2023 et un mémoire enregistré le 3 octobre 2024, M. B A, représenté par la SELARL Lysis avocats, demande au tribunal :

1°) avant dire droit, de faire application de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative et demander au centre hospitalier de Castelnaudary de communiquer l'intégralité des documents composant l'enquête administrative diligentée dans le cadre de sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Castelnaudary a refusé de faire droit à la demande de communication des éléments de l'enquête administrative ;

3°) d'enjoindre à la directrice du centre hospitalier de Castelnaudary de lui transmettre l'intégralité des documents issus de l'enquête administrative diligentée dans le cadre de sa demande de protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Castelnaudary la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner le centre hospitalier de Castelnaudary aux entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive et comporte des moyens de droit ;

- la décision refusant de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle est motivée par référence au rapport d'enquête administrative qui ne lui a pas été communiqué alors qu'il a droit à une communication complète de ce rapport ;

- il appartient seulement au juge de déterminer si les éléments figurant dans le rapport d'enquête administrative sont de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui ont témoignées ; il appartiendra donc au juge de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article R.412-2-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, le centre hospitalier de Castelnaudary, représenté par GMC Avocats Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne comporte pas l'exposé de moyens ainsi que l'exigent les dispositions de l'article L. 411-1 du code de justice administrative ;

- la communication intégrale des documents sollicités porterait atteinte à la protection de la vie privée et ferait apparaître le comportement d'une personne dont la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice.

En application de l'article R. 412-1-2 du code de justice administrative, un courrier présenté par le centre hospitalier de Castelnaudary et accompagné de la version non occultée du rapport d'enquête administrative a été enregistré le 18 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Villemejeanne, rapporteure,

- les conclusions de M. Sanson, rapporteur public,

- les observations de Me Girard, représentant M. A, et celles de Me Goujon, représentant le centre hospitalier de Castelnaudary.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la demande de protection fonctionnelle sollicitée par le docteur A pour des faits de harcèlement moral, le centre hospitalier de Castelnaudary a diligenté une enquête administrative. Cette enquête a consisté à recueillir des témoignages au travers notamment d'entretiens et documents de nature à éclairer l'établissement sur les faits dénoncés par

M. A. Elle a donné lieu à la rédaction d'un rapport. Par courrier du 23 novembre 2022, le docteur A a sollicité la communication d'une copie de l'intégralité du rapport. Par courrier du 12 décembre 2022, le centre hospitalier transmettait le rapport de l'enquête administrative. Par courrier du 11 janvier 2023, M. A contestait cette communication, considérant qu'elle est incomplète et sollicitait, pour avis, la commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Par un avis du 9 mars 2023, la CADA rendait un avis favorable sur le principe d'une communication, tout en précisant qu'il était nécessaire d'occulter certaines mentions. Par courrier en date du 3 mai 2023, le centre hospitalier a refusé de faire droit à la demande de communication de l'intégralité du rapport. M. A demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le centre hospitalier a refusé de lui communiquer le rapport d'enquête administratif ne comportant pas de mentions occultées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, selon l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration, la saisine de la CADA est un préalable indispensable à la saisine du juge administratif. Aux termes de l'article R. 343-1 du même code : " L'intéressé dispose d'un délai de deux mois à compter de la notification du refus () pour saisir la Commission d'accès aux documents administratifs () ". L'article R. 343-3 du même code dispose que : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ". L'article R. 343-5 prévoit que : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission ". D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles l'autorité mise en cause rejette, implicitement ou expressément, au vu de l'avis rendu par la CADA, des demandes tendant à la communication de documents administratifs se substituent à celles initialement opposées au demandeur.

3. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier de Castelnaudary a, suite à l'avis émis par la CADA le 9 mars 2023, refusé par décision datée du 3 mai 2023, de communiquer l'intégralité du rapport d'enquête à M. A. En application des dispositions précitées, cette décision, qui s'est substituée à la décision de refus initiale, pouvait être déférée au juge de l'excès de pouvoir dans un délai de deux mois. A la date à laquelle le requérant a saisi le tribunal, soit le 7 juin 2023, le délai de recours contentieux n'était pas expiré et le centre hospitalier de Castelnaudary n'est, en conséquence, pas fondé à soutenir que la requête serait irrecevable en raison de sa tardiveté. Cette fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article R.411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

5. En soutenant, que sa demande de communication n'a pas été satisfaite dès lors qu'un seul rapport d'enquête administrative incomplet lui a été communiqué, M. A doit être regardé comme ayant soulevé le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 300-2 et

L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration dans sa requête et le centre hospitalier de Castelnaudary n'est, en conséquence, pas fondé à soutenir que la requête serait irrecevable au motif qu'elle ne comporterait pas l'énoncé de moyens. Cette fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.

En ce qui concerne le refus de communication du rapport d'enquête administrative :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. Les actes et documents produits ou reçus par les assemblées parlementaires sont régis par l'ordonnance

n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles

L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " Aux termes de l'article

L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, (). ". 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. ". Aux termes de son article L. 311 7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. ".

7. Lorsque l'administration est saisie d'une demande de communication d'un rapport d'enquête assorti d'annexes ou pièces comportant des comptes rendus d'entretien ou de tout autre document comportant des données dont la communication serait susceptible de porter préjudice à des personnes nominativement identifiables, il lui appartient de communiquer ces documents administratifs à la personne qui en fait la demande en occultant les données préjudiciables relatives à des tiers.

8. Pour refuser de transmettre l'intégralité du rapport d'enquête à M. A, le centre hospitalier de Castelnaudary soutient que la communication de ce document, dans son intégralité, serait de nature à porter atteinte à la vie privée de tiers ou serait susceptible de leur porter préjudice. Il fait valoir que la communication d'un rapport d'enquête résumé ne prive pas d'intérêt la communication de ce dernier.

9. En application des articles R.412-2-1 et R. 611-10 combinés du code de justice administrative, le tribunal a sollicité de la partie défenderesse la communication, hors contradictoire, des documents faisant l'objet du litige. Ces documents ont été produits par le centre hospitalier de Castelnaudary le 17 mars 2025. Il ressort de cette communication que le rapport d'enquête comporte essentiellement des annexes retranscrivant des témoignages ayant été substantiellement repris dans le rapport d'enquête résumé et communiqué au requérant ou corroborant les dires du requérant et dont ce dernier a nécessairement eu connaissance. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, si des témoignages concernent des personnes nominativement identifiables, il appartient au centre hospitalier de communiquer ces documents administratifs à la personne qui en fait la demande en occultant les données préjudiciables relatives à des tiers. Dans ces conditions, aucun motif ne s'oppose à la communication des annexes du rapport d'enquête, sous réserve de l'occultation des personnes nominativement identifiables ou des informations préjudiciables à ces tiers, qui ne priveraient pas d'intérêt ou d'utilité le rapport d'enquête administrative communiqué, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

10. Il résulte de ce qui précède, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 mai 2023 refusant de faire droit à sa demande de communication de l'entier rapport d'enquête administrative diligentée dans le cadre de sa demande de protection fonctionnelle, sous la réserve indiquée au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement implique nécessairement la communication du rapport d'enquête administrative dans son intégralité et sous la réserve exposée au point 9 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Castelnaudary demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 mai 2023 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Castelnaudary a refusé de communiquer le rapport d'enquête dans son intégralité est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier de Castelnaudary présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Castelnaudary.

Délibéré après l'audience du 13 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Villemejeanne, première conseillère,

M. Meekel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2025.

La rapporteure,

P. Villemejeanne

Le président,

J-P. GayrardLe greffier,

F. Balicki

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 mai 2025.

Le greffier,

F. Balicki

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