Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2023, M. A... C..., représenté par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du préfet de l’Hérault du 14 avril 2023 modifiant celui du 17 février 2023 portant liquidation partielle de l’astreinte administrative pour l’installation de stockage de véhicules hors d’usage au titre des installations classées pour la protection de l’environnement ;
2°) prononcer la décharge totale des sommes réclamées sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’incompétence ;
- l’arrêté fait état d’un rapport établi le 29 novembre 2022 ; or ce rapport ne lui a jamais été transmis conformément à l’article L. 514-5 du code de l’environnement, dans ces conditions, il a été privé d’une garantie procédurale qui aurait pu lui permettre de présenter ses observations et de prendre des mesures en vue d’éviter une nouvelle astreinte ;
- l’administration doit établir que le rapport établi le 29 novembre 2022 a été pris par des agents remplissant les conditions nécessaires à l’accomplissement de leurs missions ; à défaut, une telle irrégularité serait de nature à vicier le rapport sur lequel est établi l’arrêté querellé ; un tel vice serait de nature à influencer le sens de la décision voire à le priver d’une garantie procédurale ;
- le rapport de l’inspecteur des installations classées est entaché d’erreur de fait ; la remise en état a régulièrement lieu ; l’entreposage de véhicules est temporaire et limité à certaines périodes de l’année ; il ne peut aucunement être reproché à la société d’avoir une activité continue d’entreposage et de stockage de véhicules hors d’usage ;
- la décision est entachée d’erreur dans la qualification juridique des faits ; il n’est pas rapporté la preuve que cette activité porterait une atteinte aux intérêts protégés par les dispositions de l’article L. 511-1 du code de l’environnement ; il utilise sa parcelle uniquement en vue du stockage des véhicules en état de fonctionnement ou déjà dépollués ; ces mêmes véhicules sont ensuite retirés afin d’être dépollués ; le stockage est ainsi effectué de façon temporaire ; dans ces conditions, les véhicules ne peuvent être qualifiés de déchets au titre du code de l’environnement ;
- la société MTX Recyclage a été immatriculée en novembre 2021 ; à compter du 2 novembre 2021, il ne pouvait plus être personnellement tenu responsable des faits reprochés ; l'obligation de remettre en état le site de l'installation pèse sur le cessionnaire, dès lors que celui-ci est régulièrement substitué au cédant en qualité d'exploitant ; le responsable des déchets en application des dispositions précitées est la société MTX Recyclage ;
- l’arrêté est entaché d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est poursuivi personnellement sur ses propres comptes bancaires et que le montant, disproportionné, mettrait en péril son activité qui serait en cessation de paiement ; les véhicules ne font que transiter par la société MTX Recyclage sans qu’aucune action entrainant une quelconque pollution de la faune ou de la flore en résulte.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de l’Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun moyen n’est fondé.
La clôture d'instruction a été fixée au 11 décembre 2024 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l‘environnement ;
- l’arrêté du 2 mai 2012 relatif aux agréments des exploitants des centres VHU et aux agréments des exploitants des installations de broyage de véhicules hors d'usage ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lauranson,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Mme D..., représentant le préfet de l’Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 19 février 2018, le maire de Thézan-les-Béziers a informé le préfet de l’Hérault de la présence sur les parcelles section AW n°142 et 144 d’un dépôt de véhicules hors d’usage risquant de polluer les sols à destination agricole, classés en zone A du PLU. Ce dépôt a fait l’objet d’une visite d’inspection le 5 mars 2018 dont résultait un rapport indiquant que
M. A... C... était le propriétaire exploitant. Il y était indiqué la présence d’un dépôt d’une trentaine de véhicules hors d’usage sans enregistrement au titre de la rubrique 2712 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l’environnement et sans agrément au titre de l’arrêté du 2 mai 2012 relatif aux agréments des exploitants des centres VHU et aux agréments des exploitants des installations de broyage de véhicules hors d'usage. Par arrêté du 18 mai 2018, M. C... a été mis en demeure de supprimer sous trois mois son installation d’entreposage de véhicules hors d’usage et de procéder à la remise en état du terrain. Cette mise en demeure n’ayant pas été respectée, comme le relève un nouveau rapport d’inspection du 28 mars 2019, par arrêté du 6 août 2019, le préfet de l’Hérault a fixé une astreinte de 100 euros par jour de retard pour que soit supprimée cette installation. Suite aux inspections les 30 janvier et 26 novembre 2020, deux arrêtés des 13 mars 2020 et 1er juin 2021 ont mis en liquidation partielle l’astreinte au regard de la poursuite de l’activité de M. C.... Un incendie sur le site ayant eu lieu le 25 mai 2021, une nouvelle inspection était effectuée le 27 mai suivant. Le rapport du 4 juin 2021 fait état de la présence de véhicules qui ont brulé. Une inspection du 29 novembre 2022 constatait la poursuite de l’activité de M. C.... Ce dernier demande l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Hérault du 14 avril 2023 modifiant celui du 17 février 2023 portant liquidation partielle de l’astreinte administrative pour l’installation de stockage de véhicules hors d’usage au titre des installations classées pour la protection de l’environnement d’un montant de 73 000 euros correspondant à la période du 27 novembre 2020 inclus au 29 novembre 2022 inclus.
2. D’une part, aux termes de l’article L. 171-7 du code de l’environnement : « I. Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, (…) requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an./ Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages, l'utilisation des objets et dispositifs ou la poursuite des travaux, opérations, activités ou aménagements jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation, (…), à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. /L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. /L'autorité administrative peut, à tout moment, afin de garantir la complète exécution des mesures prises en application des deuxième et troisième alinéas du présent I : /1° Ordonner le paiement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 € applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de ces mesures. L'astreinte est proportionnée à la gravité des manquements constatés et tient compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement. Les deuxième et dernier alinéas du 1° du II de l'article L. 171-8 s'appliquent à l'astreinte ; /2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites./ II. S'il n'a pas été déféré à la mise en demeure à l'expiration du délai imparti, (…), l'autorité administrative ordonne la fermeture ou la suppression des installations ou ouvrages, la cessation de l'utilisation ou la destruction des objets ou dispositifs, la cessation définitive des travaux, opérations, activités ou aménagements et la remise des lieux dans un état ne portant pas préjudice aux intérêts protégés par le présent code. /Elle peut faire application du II de l'article L. 171-8 aux fins d'obtenir l'exécution de cette décision.” Le II de l'article L. 171-8 du code de l’environnement permet à l'autorité administrative compétente d’arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives parmi lesquelles ordonner le paiement d'une astreinte journalière au plus égale à 1 500 euros applicable à partir de la notification de la décision la fixant et jusqu'à satisfaction de la mise en demeure ou de la mesure ordonnée.
3. D’autre part, aux termes de l’article L.171-11 du même code : « Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-7-2, L. 171-7-3, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction ». Pour l’application de ces dispositions, il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l’environnement d’apprécier le respect des règles de procédure au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de la décision qui lui est déférée. Il lui appartient ensuite de se prononcer sur l’étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l’autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.
4. L’arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Poisot, secrétaire général de la préfecture de l’Hérault qui bénéficiait d’une délégation du préfet en vertu d’un arrêté du 14 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l’Hérault, à l’effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l’Etat dans le département de l’Hérault. Il en résulte que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
5. Le préfet de l’Hérault produit en défense le bordereau de transmission daté du 3 janvier 2023 du rapport de visite d’inspection du 29 novembre 2022, accompagné du projet de liquidation, précisant que M. C... pouvait présenter ses observations sur le projet de liquidation partielle de l’astreinte administrative dans un délai de 15 jours. Dans ces conditions, et dès lors que M. C... ne conteste pas les mentions de ce bordereau de transmission et alors qu’il n’a, au surplus, jamais présenté d’observations sur les précédentes liquidations partielles, le moyen tiré de ce qu’il n’a pas pu présenter des observations préalablement à cet arrêté, doit être écarté comme manquant en fait.
6. La visite d’inspection du 29 novembre 2022 et le rapport en résultant du 27 décembre 2022 ont été effectués et signés par M. B... inspecteur de l’environnement. Par arrêté du ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie du 25 juillet 2014 portant désignation des inspecteurs de l’environnement, M. B... a été désigné sur la zone de commissionnement Languedoc-Roussillon. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article R. 172-1 du code de l’environnement en vertu duquel les inspecteurs de l’environnement doivent recevoir un commissionnement du ministre chargé des installations classés pour la protection de l'environnement afin d’être habilités à rechercher et à constater les infractions aux dispositions de ce même code doit être écarté comme manquant en fait.
7. Il résulte de l’instruction que le dernier rapport d’inspection du 29 novembre 2022 rédigé par l’inspecteur de l’environnement, qui fait foi jusqu’à preuve contraire, précise que le site est toujours en exploitation. Si M. C... soutient que l’entreposage de véhicules est temporaire et limité à certaines périodes de l’année et qu’il s’agit d’une activité continue d’entreposage et de stockage de véhicules hors d’usage, il ne conteste pas utilement la présence de ces véhicules hors d’usage entreposés illégalement sur un terrain agricole, sans enregistrement au titre des installations classées pour la protection de l’environnement et sans agrément au titre des exploitants de centres VHU. La circonstance que ces véhicules hors d’usage ne soient entreposés que temporairement, ce qui n’est pas démontré, est sans incidence sur l’activité illégale et, par suite, sur l’arrêté contesté qui fixe la liquidation de l’astreinte en raison du non-respect de la mise en demeure de supprimer les installations et remettre le terrain en état. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de fait doit être écarté.
8. M. C... soutient que n’est pas rapportée la preuve que cette activité porterait une atteinte aux intérêts protégés par les dispositions de l’article L. 511-1 du code de l’environnement dès lors qu’il utilise sa parcelle uniquement en vue du stockage des véhicules en état de fonctionnement ou déjà dépollués et que ces mêmes véhicules sont ensuite retirés afin d’être dépollués. Il précise que le stockage est ainsi effectué de façon temporaire de sorte que ces véhicules ne peuvent être qualifiés de déchets au titre du code de l’environnement. Toutefois, d’une part, la circonstance que ce dépôt, même temporaire, de véhicules hors d’usage ne soit pas une source de pollution est sans incidence sur l’obligation de l’exploitant d’enregistrer son installation au titre de la rubrique 2712 (1) de la nomenclature des installations classées pour pouvoir réceptionner des véhicules hors d'usage comme l’exige le I de l’article R. 543-155-1 du code de l’environnement. En tout état de cause, le rapport de la visite d’inspection du 27 mai 2021 fait état de la présence de véhicules qui ont brulé (carcasses brûlées, résidus au sol, terre brulée et eau d’extinction de feu) et qui risquent de polluer les sols. Enfin, la seule présence de véhicules hors d’usage sur un terrain de nature agricole risque durablement de le polluer. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de qualification juridique des faits doit être écarté.
9. Il résulte de l’instruction que la société MTX Recyclage, créée le 2 novembre 2011, a pour adresse de l’établissement : 70 avenue des Frères Boyer à Lignan-sur-Orb alors que le dépôt irrégulier de véhicules hors d’usage est situé à Thézan-les-Béziers. Ainsi, et comme le fait valoir en défense le préfet de l’Hérault, rien ne démontre que les installations en question soient sous la seule responsabilité de cette société. En tout état de cause, M. C... n’a jamais nié être responsable des installations irrégulières lors des arrêtés et rapports d’inspection antérieurs et il est le seul gérant de la société MTX Recyclage et serait seul propriétaire du terrain d’assiette des installations. Dès lors, l’administration a pu légalement, sur le fondement des articles précités L. 171-7 et L. 171-8 du code de l’environnement, procéder à la liquidation de l’astreinte, par l’arrêté contesté du 14 avril 2023, au motif que M. C..., en sa qualité d’exploitant, n’avait pas, à cette date, procédé à la régularisation de sa situation, conformément à l’arrêté le mettant en demeure notamment de remettre en état le site.
10. Il résulte des dispositions de l’article L. 171-8 du code de l’environnement citées au point 2 du présent jugement que la fixation du montant de l’astreinte doit être proportionnée à la gravité des manquements constatés et tenir compte notamment de l’importance du trouble causé à l’environnement. Au regard de l’ancienneté de la décision de mise en demeure puis d’astreinte dont elle a fait l’objet, des multiples visites d’inspection qui ont précédé l’arrêté en litige, rappelant les manquements constatés, du montant de l’astreinte journalière de 100 euros fixée par l’arrêté du 6 août 2019, bien inférieur au montant maximal de 1 500 euros prévu à l’article L. 171-8 du code de l’environnement et surtout du risque de pollution de terres agricoles, le moyen tiré du caractère disproportionné du montant de l’astreinte partiellement liquidée, par l’arrêté du 14 avril 2023, doit être écarté quand bien même la société serait en mauvaise situation financière ou que cette astreinte serait liquidée par les fonds propres de M. C....
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 14 avril 2023 prononçant la liquidation partielle de l’astreinte fixée par l’arrêté du 6 août 2019. Par suite, les conclusions à fin d’annulation, de décharge et d’injonction doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, celles au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l’Hérault.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
M. Mathieu Lauranson, premier conseiller,
M. François Goursaud, premier conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.
Le rapporteur,
M. Lauranson
Le président,
J. Charvin
La greffière,
M. E...
La République mande et ordonne à la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 30 septembre 2025,
La greffière,
M. E...