jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303471 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SERGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2023 et 6 février 2024, M. A B, représenté par Me Sergent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui notifier une nouvelle décision, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 800 euros au titre des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est signée par un auteur incompétent ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été précédée d'un avis de la commission du titre de séjour et d'un avis du maire de sa commune de résidence, en violation de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 413-7 et R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- sa requête n'est pas tardive, compte tenu des dates auxquelles il a sollicité et obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable compte tenu de sa tardiveté ;
- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision est infondé ;
- la condition de ressources prévue par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas remplie, M. B ne pouvait se voir délivrer une carte de résident de dix ans.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité ukrainienne né le 30 janvier 1981, bénéficie de titres de séjour régulièrement renouvelés depuis le 26 décembre 2013. Le 12 janvier 2023, M. B a sollicité la délivrance d'une carte de résident. Par une décision du 15 février 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté cette demande et a renouvelé son titre de séjour pluriannuel. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 15 février 2023 en tant seulement qu'elle rejette sa demande de carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision contestée a été signée par M. D C, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Ce dernier bénéficiait d'une délégation du préfet de ce département, en vertu d'un arrêté du 23 août 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture et produit par le préfet à l'appui de son mémoire en défense, à l'effet de signer " tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département des Pyrénées-Orientales () " et l'habilitait à signer notamment les refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". L'article L. 413-7 du même code énonce : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, () est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat./ Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 426-19 de ce code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. "
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. Pour refuser de délivrer à M. B la carte de résident sollicitée, le préfet s'est fondé sur l'absence de ressources personnelles, régulières, stables et suffisantes. S'il est constant que le préfet n'a pas recueilli l'avis du maire de la commune de Perpignan où réside le requérant prévu par l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que cette consultation est requise pour l'appréciation de la condition d'intégration et que le refus contesté n'est pas fondé sur le non-respect de cette condition, que cette irrégularité aurait exercé une influence sur le sens de la décision attaquée, ni qu'elle aurait privé le requérant d'une garantie. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que la décision contestée, qui refuse de délivrer à M. B la carte de résident prévue à l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'entre pas dans le champ d'application de la consultation de la commission du titre de séjour qu'il prévoit. Par suite le moyen tiré du vice de procédure qui résulterait de l'absence de saisine de cette commission, qui n'est en tout état de cause assorti d'aucune précision, est inopérant et doit être écarté.
7. Dès lors que le refus contesté n'est pas fondé sur le motif tiré de l'absence d'intégration républicaine de M. B, celui-ci ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 413-7 et R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à cette condition. Le moyen invoqué est inopérant et doit être écarté.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Il ressort des pièces du dossier que si le préfet a refusé de délivrer à M. B une carte de résident, il a procédé au renouvellement pour deux ans de son titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut utilement être invoqué et doit par suite être écarté.
9. Si M. B fait valoir que la délivrance d'un titre de séjour de dix ans est gratuite alors que celle d'un autre titre de séjour est payante, et qu'il assume seul la charge de ses quatre enfants mineurs, cette seule circonstance ne permet pas de considérer qu'en refusant de lui délivrer, au motif non contesté de l'absence de ressources personnelles, régulières, stables et suffisantes, une carte de résident de dix ans, le préfet des Pyrénées-Orientales aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 15 février 2023 en tant qu'elle rejette sa demande de carte de résident ne peuvent être que rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée, n'implique pas la délivrance d'une carte de résident à M. B, ni le réexamen de sa demande. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de prendre, sous astreinte, de telles mesures doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. B la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Sergent.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Fabienne Corneloup, présidente,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La rapporteure
M. Couégnat La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 6 février 2025.
La greffière,
M. E
N°2303471
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026