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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303567

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303567

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303567
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI LACOMBE LAREDJ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Lacombe Laredj :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023, par lequel le préfet de l'Aude a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " citoyen UE " ou " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant pas présentes ni représentées, le rapport de Mme Villemejeanne a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante croate née le 28 août 1962, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " citoyen UE ". Par un arrêté du 26 avril 2023, le préfet de l'Aude a rejeté cette demande. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il est constant que l'arrêté contesté mentionne à tort que la requérante est de nationalité polonaise. Toutefois, dès lors qu'il a pour seul objet de refuser de l'admettre au séjour, qu'il n'existe pas d'accord particulier entre la France et la Croatie, pays dont Mme A a la nationalité, cette erreur de plume ne saurait, par elle-même, révéler un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande de renouvellement. Par suite, ce moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Mme A est entrée sur le territoire français avec son époux, décédé en 2022 et soutient y avoir y vécu depuis 2013 sous couvert de titre de séjour portant la mention " carte de séjour membre de la famille d'un citoyen de l'Union ". Toutefois, cette allégation est contredite par les pièces versées au débat par le préfet lesquelles font état d'un refus de renouvellement de titre de séjour en 2015 et d'un maintien en situation irrégulière de la requérante depuis cette date. Par ailleurs, si Mme A fait état d'une durée et d'une présence ancienne sur le territoire, les pièces produites par la requérante, insuffisantes en nombre et en valeur probante, ne permettent pas d'établir qu'elle y aurait constitué le centre de ses intérêts privés et familiaux ni de justifier d'une insertion particulière à la société française. En outre, la requérante se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel modulable qui a été signé en février 2023 alors que la requérante ne justifie pas d'une activité professionnelle antérieure à cette date. Enfin, si son époux, aujourd'hui décédé, a été inhumé à Carcassonne, et si ses enfants majeurs ainsi que sa petite fille résident régulièrement sur le territoire, ces circonstances ne permettent pas à elles seules de justifier la réalité et la stabilité des liens personnels et familiaux effectifs qu'elle aurait en France, alors qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches en Croatie, pays où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 51 ans. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, compte tenu des motifs qui précèdent, et alors que la requérante ne fait pas état d'arguments propre à l'appui de son moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, ce dernier doit être écarté pour être non fondé.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Villemejeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

P. Villemejeanne

Le président,

J-P. GayrardLe greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 septembre 2024.

Le greffier,

S. Sangaré

sa

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