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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303619

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303619

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPROCEDURES 96 H H / 48 H
Avocat requérantPASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 26 juin 2023, M. D E, représenté par Me Passet, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté n° 23-340-412 en date du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet le réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, somme qui sera versée à son conseil sous réserve, par ce dernier, d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- son droit à être entendu en application de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- la décision en cause a été prise en méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'illégalité dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans sa durée fixée à deux ans.

Vu les pièces desquelles il résulte que la requête a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousseau, premier conseiller, pour statuer sur les procédures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau ;

- et les observations orales de Me Passet qui remet à l'audience trois attestations et reprend les conclusions et moyens de la requête en ajoutant que M. E est au nombre des étrangers pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français en application de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, démarche qu'il s'apprête à engager rapidement, les observations orales de M. E, assisté de M. A B, interprète, et celles de sa compagne.

- le préfet de l'Hérault, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Né le 29 décembre 1992 et de nationalité algérienne, M. D E, qui lors de son interpellation a déclaré être M. F C, est entré en France selon ses dires en 2017, irrégulièrement, et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Le 19 juin 2023, il a été interpelé par les services de police pour recel de vol de scooter. Dépourvu, de tout titre l'autorisant au séjour ou de titre de transport en cours de validité, le préfet de l'Hérault a pris à son encontre le 20 juin 2023, sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, et fixé le pays de destination en lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E.

3. Aux termes du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : " 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est le père d'un enfant français né le 6 février 2023 à Montpellier, qu'il a reconnu par anticipation le 20 octobre 2022, issu de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il partage depuis trois ans la vie commune ainsi que l'a confirmé oralement cette dernière lors de l'audience. Le couple réside à Montpellier dans le même logement ainsi que l'a précisé sa concubine ce que corroborent les diverses attestations produites au dossier ainsi que le justificatif d'abonnement et le relevé de compte d'un opérateur d'énergie établi aux deux noms. M. E verse au dossier plusieurs factures relatives à des achats de vêtements, de nourriture, de produits d'hygiène, d'équipements pour bébés et de médicaments libellées à son nom. Il fournit, une attestation de sage-femme précisant qu'il a été présent durant toute la période de surveillance de la grossesse de sa concubine ainsi qu'après l'accouchement pour les soins de son fils, plusieurs certificats de consultations médicales précisant qu'il accompagne son fils chez le médecin pour le suivi pédiatrique et il verse de nombreuses photographies le mettant en scène à la maternité, au domicile commun, et dans la vie de tous les jours avec son enfant et sa compagne. Au de ces éléments, non contestés, M. E doit être regardé comme justifiant contribuer, de manière effective, à l'entretien et à l'éducation de son fils depuis sa naissance. Par suite, et alors même qu'il n'a pas encore entrepris de démarche en vue de régulariser sa situation au regard de son droit au séjour, le préfet de l'Hérault ne pouvait, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, obliger M. E à quitter le territoire français.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° 23-340-412 en date du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant le délai de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

7. En application des dispositions précitées, l'exécution du présent jugement implique, outre la fin de la rétention administrative, que le préfet de l'Hérault munisse M. E d'une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée du réexamen de sa situation. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

8. L'exécution du présent jugement commande également, en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 20 juin 2023 ci-dessus annulée.

9. Dans les circonstances de l'espèce Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 20 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a fait obligation à M. E de quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans avec inscription d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Hérault de délivrer à M. E une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée du réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente decision.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. D E, au préfet de l'Hérault et à Me Passet.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

Le magistrat désigné,

M. ROUSSEAULa greffière,

C. TOUZET

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 26 juin 2023

La greffière,

C. TOUZET

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