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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2303693

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2303693

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2303693
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2023, M. B A, représenté par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le maire de Néfiach a rejeté son recours administratif préalable tendant à la requalification d'un congé de maladie ordinaire en congé pour accident de service ;

2°) d'enjoindre au maire de Néfiach de le placer en congé pour accident de service provisoire avec effet rétroactif au 3 février 2023 avec reconstitution de carrière, en ce compris ses droits à l'ancienneté et à la retraite, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Néfiach la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête en référé est recevable ;

- il y a urgence à suspendre la décision attaquée dès lors qu'il est placé en arrêt de travail depuis le 9 février 2023 à la suite d'un accident de travail survenu le 3 février 2023, date à laquelle une mesure de suspension de fonctions, ayant pour origine des pressions constitutives d'actes de harcèlement moral répétés de la part du maire de Néfiach à son égard, lui a été notifiée par voie d'huissier de justice sur son lieu de travail ; en raison de la prolongation de son placement en congé de maladie ordinaire, il ne perçoit plus qu'un demi-traitement depuis le mois de mai 2023, soit environ 1 582 euros par mois, alors qu'il doit faire face à de nombreuses charges et que son épouse, atteinte d'un cancer depuis 5 ans, est en indisponibilité pour cause de maladie ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui :

. est entachée de vices de procédure dès lors que, n'ayant pas été informé qu'une séance du conseil médical devait se tenir, il a été privé de garanties procédurales puisqu'il n'a pas eu communication des pièces qui étaient soumises au conseil médical, qu'il n'a pas pu consulter son dossier médical, présenter ses observations et se faire représenter devant le conseil médical et qu'il n'a pas été informé des voies de contestation possible concernant l'avis du conseil médical devant le conseil médical supérieur ; en outre, l'autorité territoriale n'a pas respecté le délai de quatre mois dont elle disposait pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident dont il a été victime ;

. méconnaît les articles L. 822-18 et L. 822-21 à L. 822-24 du code général de la fonction publique et est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'accident de service survenu le 3 février 2023 est imputable au service compte tenu du choc émotionnel et de l'humiliation ressentis lors de la notification devant tous ses collègues d'une mesure de suspension de fonctions par huissier de justice, dans un contexte de dégradation de ses conditions de travail et de faits de harcèlement moral à l'origine de son état dépressif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a donné délégation à Mme Encontre, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " et aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Par la présente requête, M. A, attaché territorial qui exerce les fonctions de secrétaire de mairie de la commune de Néfiach, demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le maire de Néfiach a rejeté son recours administratif préalable tendant à la requalification du congé de maladie ordinaire dont il fait l'objet depuis le 9 février 2023 en congé pour accident de service.

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, en congé de maladie ordinaire depuis le 9 février 2023, a été placé en congé de maladie ordinaire à demi-traitement à compter du 10 mai au 31 mai 2023 par arrêté du maire de Néfiach en date du 13 avril 2023, puis du 1er juin au 31 juillet 2023 par arrêté du 8 juin 2023.

5. Pour justifier de l'urgence, M. A fait valoir que, placé à demi-traitement depuis le mois de mai 2023, il se trouve dans une situation financière précaire compte tenu des charges auxquelles il doit faire face, son épouse étant en indisponibilité pour cause de maladie.

6. Si la perte du demi-traitement d'un agent est susceptible de créer une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, il appartient à l'intéressé de produire l'ensemble des pièces démontrant l'incidence de la décision attaquée sur sa situation financière. Or, la seule pièce produit par M. A au soutien de ses allégations est son bulletin de salaire du mois de janvier 2023, ce qui ne permet pas au juge des référés, en l'absence des éléments relatifs aux ressources et aux charges de son foyer, d'apprécier si la décision litigieuse préjudicie effectivement de manière grave et immédiate à sa situation.

7. Dans ces conditions, dès lors que M. A ne justifie pas de la réalité de la situation d'urgence qu'il invoque en raison de son placement à demi-traitement du 10 mai au 31 juillet 2023, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à la suspension des effets de la décision contestée par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin d'apprécier si les moyens invoqués seraient de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision. Par suite, les conclusions présentées par M. A à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la commune de Néfiach.

Fait à Montpellier, le 29 juin 2023.

La juge des référés

S. Encontre

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 29 juin 2023.

La greffière,

L. Rocher

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