lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2303993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n°2023-340-268 du 6 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou subsidiairement un titre de séjour " "vie privée et familiale" " sur le fondement de l'article L.423-23 du même, dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et subsidiairement, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande dans les même conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme C soutient que :
La décision de refus de titre de séjour :
- est insuffisamment motivée et ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation, en ce que le préfet ne tire pas les conséquences de sa situation et fait une appréciation erronée de celle-ci en indiquant qu'elle est mère d'un enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conditions d'application de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle justifie de ressources suffisantes, d'une inscription dans un établissement d'enseignement français et du sérieux des études poursuivies ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conditions d'application de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle a fixé le centre de ses attaches personnelle sur le territoire national ;
La décision faisant obligation de quitter le territoire :
- est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteur ;
- et les observations de Me Badji-Ouali, représentant Mme C.
1. Mme C, ressortissante comorienne, née le 15 août 1996, est entrée régulièrement sur le territoire national le 15 août 2015, munie d'un visa D portant la mention " étudiant ". Elle a réalisé des études sous couvert de titres de séjour " étudiant " dont le dernier expirait le 31 octobre 2022. Elle en a sollicité le renouvellement le 20 septembre 2022. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté n°2023-340-268 du 6 avril 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination et d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa demande.
Sur les conclusions en annulation de la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. Il ressort de la décision en litige qu'elle vise les dispositions sur lesquelles elle se fonde, en particulier l'articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et développe les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme C. Si la requérante souligne que le préfet n'a pas tiré les conséquences de sa situation, la motivation s'apprécie indépendamment du bienfondé des motifs. Par ailleurs, s'agissant d'une réponse à une demande de titre de séjour " étudiant ", elle reprend précisément le cursus de la requérante. Le préfet reconnait avoir fait une erreur en mentionnant l'existence d'un enfant de Mme C et il n'est ni allégué ni établi que cette erreur serait susceptible d'influer le sens de la décision de refus de séjour en litige. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et d'examen complet de la situation de Mme C doivent être écartés.
4. En second lieu, aux termes de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours, et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été admise à entrer sur le territoire national pour suivre des études de licence administrative, économique et sociale. Elle a échoué durant trois années mais a été autorisée à rester sur le territoire national pour se réorienter dans un autre cursus. Elle a obtenu au terme des années universitaires 2018/2019 et 2019/2020 un certificat de qualification professionnelle de l'industrie hôtelière, portant la mention " serveur en restauration " délivré par la commission nationale paritaire de l'emploi et de la formation de l'industrie hôtelière, puis pour l'année 2020/2021 un titre professionnel de restauration portant la même mention. Si elle soutient avoir obtenu pour l'année 2021/2022 pour laquelle un titre de séjour lui avait toujours été accordé, un certificat d'aptitude professionnelle mention " cuisine/restauration, elle n'en justifie pas. S'il ressort de ses fiches de paie qu'elle travaille depuis le 12 juillet 2022 en qualité d'apprentie dans un restaurant de Juvignac, elle ne justifie pas du cadre de cet apprentissage ou alternance en se bornant à produire une lettre adressée par elle à un établissement privé de formation " Cesame Sup " de Montpellier. Il ressort ainsi de ce cursus qu'après trois ans d'échec, Mme C s'est engagée durant ces trois dernières années, sous couvert de titres de séjour " étudiant ", dans une voie professionnelle et dans la branche liée à la restauration. Dès lors, en estimant que sa demande d'inscription en septembre 2022 pour l'année 2022/2023 à une formation en alternance de vendeur Conseil Magasin auprès de l'établissement " Cesame Sup ", constituait une nouvelle rupture dans son projet professionnel, et nonobstant le fait non contesté qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants, le préfet n'a ni fait une inexacte application des conditions d'application des dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur d'appréciation du suivi de ses études.
6. En troisième et dernier lieu, en vertu de l' article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".
7. Si Mme C souligne être sur le territoire national depuis presque 8 ans, qu'elle a établi en France le centre de ses intérêts, elle a 27 ans, est célibataire sans enfant, n'allègue ni ne justifie ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine et ne justifie pas par la simple attestation de Mme A avoir établi le centre de ses intérêts sur le territoire national, où elle n'a été admise que pour suivre des études. Dans ces circonstances, le préfet n'a ni fait une inexacte application des conditions d'application des dispositions de l'article L.423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation de ses liens personnels et familiaux.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour.
10. Il ressort de la décision attaquée que pour faire obligation à Mme C de quitter le territoire national, le préfet de l'Hérault s'est fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 permettant au préfet d'obliger l'étranger qui s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour à quitter le territoire. La motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, comme indiqué au point 3, et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences des dispositions des articles du code des relations entre le public et l'administration précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En second lieu, la décision portant refus de séjour n'étant, eu égard à ce qui vient d'être dit, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité soulevée par Mme C sera écartée.
12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Compte tenu de la nature de son séjour en France depuis 2015 et de ce qui est dit au point 7, en obligeant Mme C à quitter le territoire national, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire doivent être rejetées.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Badji-Ouali, et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
S. Sangaré
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 24 octobre 2023.
Le greffier,
S. Sangaré
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026