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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304028

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304028

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMISSLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 juillet 2023, 11 août 2023 et 29 août 2023 M. A C, représenté par Me Misslin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 mai 2023 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans, ensemble la décision du 8 juin 2023 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, si besoin sous astreinte ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans la même condition de délai ;

3°) de condamner l'Etat à payer à son conseil la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à défaut de condamner l'Etat à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est signée par un auteur incompétent ;

- la décision est entachée d'une motivation insuffisante qui révèle un défaut d'examen effectif de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 12 de la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 426-17 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- contrairement à ce que soutient le préfet, il remplissait la condition de résidence régulière de cinq ans lors du dépôt de sa demande.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er et 28 août 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré du vice d'incompétence n'est pas fondé ;

- M. C ne remplit pas la condition de résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans prévue par l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la condition d'intégration républicaine n'est pas remplie, suite à l'examen de son dossier et à l'entretien qu'il a eu avec un représentant de l'administration, l'avis donné par la mairie étant défavorable ;

- M. C n'établit pas les difficultés invoquées qui motivent sa demande de carte de résident de dix ans.

Des pièces complémentaires ont été produites pour M. C, enregistrées les 15 février 2024, 10 juin 2024 et 6 janvier 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction, intervenue le 15 février 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25%) par une décision du 31 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-camerounaise sur la circulation et le séjour des personnes conclue le 24 janvier 1994, publiée par décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les observations de Me Misslin, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité camerounaise né le 2 mai 2000, est entré en France le 18 février 2016 et a été pris en charge en qualité de mineur isolé. Il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu le 2 mars 2017 une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable un an, renouvelée une fois, puis le 2 mars 2019 une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 1er mars 2023. Le 13 février 2023, M. C a sollicité la délivrance d'une carte de résident de dix ans. Par une décision du 22 mai 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté cette demande mais renouvelé pour quatre ans son titre de séjour pluriannuel. Par un courrier du 8 juin 2023, le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté le recours gracieux formé par M. C contre sa décision de refus de délivrance d'une carte de résident. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 22 mai 2023 en tant seulement qu'elle rejette sa demande de carte de résident, ensemble la décision du 8 juin 2023 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 12 de la convention franco-camerounaise : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les nationaux de chacun des Etats contractants établis sur le territoire de l'autre Etat peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans dans les conditions prévues par la législation de l'Etat de résidence. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. () ". Aux termes de l'article L. 426-19 de ce code : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. ". Cet article L. 413-7 énonce : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, () est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat./ Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 413-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : 1° Une déclaration sur l'honneur par laquelle il s'engage à respecter les principes qui régissent la République française ; 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. () ".

5. Pour refuser de délivrer à M. C la carte de résident sollicitée, le préfet s'est fondé sur le fait que l'intéressé ne remplissait pas la condition d'intégration républicaine au regard de la connaissance et du respect des principes qui régissent la République française. La décision contestée se réfère à l'examen du dossier du demandeur et à l'entretien de celui-ci avec un représentant de l'administration. Alors que le requérant fait valoir son parcours, depuis son arrivée en tant que mineur isolé, sa scolarité et les différents emplois occupés depuis la fin de sa formation, son intégration, en produisant différents témoignages (employeur et amis) ainsi que des justificatifs (contrats de travail, casier judiciaire vierge, avis d'imposition successifs) et soutient qu'il a répondu à l'ensemble des questions qui lui ont été posées, le préfet, qui se borne à se référer à l'entretien de l'intéressé, puis à évoquer un avis défavorable du maire de la commune, ne produit ni le compte rendu de cet entretien ni l'avis du maire, ni aucune pièce susceptible de venir au soutien de son appréciation. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des éléments apportés par le requérant, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de ce que l'unique motif de la décision méconnaît les dispositions des articles L. 426-17 et L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C réside régulièrement en France depuis plus de cinq ans, alors qu'en tout état de cause, il résulte des stipulations de la convention franco camerounaise citées au point 2 que la délivrance d'une carte de résident est conditionnée à trois années seulement de séjour régulier. Le préfet des Pyrénées-Orientales n'est donc, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que M. C ne remplissait pas la condition de cinq ans de séjour régulier. Sa demande de substitution de motif doit donc être écartée.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 22 mai 2023 du préfet des Pyrénées-Orientales doit être annulée, ainsi que la décision de rejet du recours gracieux de M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, eu égard au motif de l'annulation prononcée, implique nécessairement que le préfet délivre à M. C la carte de résident sollicitée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de procéder à cette délivrance dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions présentées par M. C et son conseil au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet des Pyrénées-Orientales des 22 mai et 8 juin 2023 sont annulées, en tant qu'elles refusent la délivrance d'une carte de résident à M. C.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de délivrer à M. C la carte de résident de dix ans sollicitée dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Misslin.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 février 2025.

La greffière,

M. B

N°2304028

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