Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, l’université de Montpellier demande au tribunal d’annuler la décision du 15 mai 2023 par laquelle la section disciplinaire du conseil académique de l’université de Montpellier compétente à l’égard des usagers a prononcé la relaxe de M. B... D....
Elle soutient que :
- la section disciplinaire, en écartant certains éléments, a commis des erreurs de fait ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2023, M. B... D..., représenté par Me Chabbert-Masson, avocate, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de l’université de Montpellier à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l’université de Montpellier ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche fait valoir qu’il appartient à la section disciplinaire « usagers » de défendre dans le présent litige et demande à être placée en qualité d’observatrice dans la présente instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, la section disciplinaire compétente à l’égard des usagers de l’université de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par l’université ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2025, la rectrice de l’académie de Montpellier demande sa mise hors de cause à l’instance.
Elle fait valoir, conformément à l’article R. 811-42 du code de l’éducation, qu’elle n’est pas compétente pour présenter des observations.
Par une ordonnance du 9 septembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 30 septembre 2025 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de M. C..., représentant l’université de Montpellier ;
- et les observations de Me Chabbert-Masson, pour M. D..., et celles de Mme F....
Considérant ce qui suit :
1. M. B... D... est étudiant en médecine. Par une décision du 15 mai 2023, la section disciplinaire du conseil académique de l’université de Montpellier compétente à l’égard des usagers a prononcé sa relaxe suite aux faits de violences envers une étudiante de l’UFR médecine ayant perturbé son bon fonctionnement qui lui étaient reprochés. L’université de Montpellier demande au tribunal d’annuler cette décision.
Sur les demandes présentées par la rectrice et la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche :
2. Aux termes de l’article R. 811-42 du code de l’éducation : « Il peut être institué une section disciplinaire commune à plusieurs établissements, par délibération des établissements concernés. Les membres de cette section sont considérés, pour l'application de la présente section, comme appartenant à un même établissement. Toutefois, chacun des présidents ou directeurs des établissements concernés exerce le pouvoir prévu à l'article R. 811-25 et peut introduire un recours contentieux contre les décisions prononcées à l'encontre des usagers relevant de son établissement. Ces établissements sont considérés comme établissements distincts pour l'application des sanctions ».
3. Il résulte de ces dispositions que la section disciplinaire du conseil académique de l’université de Montpellier compétente à l’égard des usagers est seule compétente pour présenter des observations en défense dans ce litige. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de mise hors de cause présentée par la rectrice de l’académie de Montpellier et la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, laquelle ne peut donc être admise à l’instance en qualité d’observatrice comme elle demande aussi.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision du 15 mai 2023 :
4. En premier lieu, aux termes de l’article R. 811-11 du code de l’éducation : « Relève du régime disciplinaire (…) tout usager de l'université lorsqu'il est auteur (…) notamment : (…) 2° De tout fait de nature à porter atteinte à l'ordre, au bon fonctionnement ou à la réputation de l'université (…) ».
5. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un étudiant ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. Il est reproché principalement à M. D..., étudiant en médecine, d’avoir commis des violences sexuelles envers une étudiante également inscrite à cette même formation, au domicile de cette dernière, le 23 mars 2022, après une soirée étudiante, qui aurait entrainé des perturbations à l’ordre et au bon fonctionnement de la faculté de médecine. Pour contester la décision de relaxe prise le 15 mai 2023 par la section disciplinaire compétente à l’égard des usagers de l’université de Montpellier, l’université soutient que la commission a écarté des débats des éléments de fait qui constituaient un faisceau d’indices venant à l’encontre de M. D... et a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
7. D’une part, l’université soutient que la section disciplinaire a irrégulièrement écarté des débats l’attestation du psychopraticien établie le 13 février 2023, mentionnant que la victime présumée présentait un état de stress post-traumatique en lien avec le viol subi quelques mois auparavant. Cependant, l’activité de psychopraticien, distincte de celle de psychologue clinicien ou de psychothérapeute, ne répond pas aux mêmes exigences professionnelles, notamment celle d’avoir obtenu un diplôme, un certificat ou un titre sanctionnant une formation universitaire fondamentale et appliquée de haut niveau en psychologie. Et l’attestation n’établit pas la matérialité des griefs reprochés à M D.... Dans ces conditions, la section disciplinaire pouvait valablement écarter des débats l’attestation produite.
8. D’autre part, et contrairement à ce qui est soutenu par l’université de Montpellier, le signalement fait par la victime présumée le 28 novembre 2022, l’échange des messages SMS du 23 juillet 2023, un témoignage anonyme et l’enregistrement audio non daté de la conversation entre M. D... et un autre étudiant ont été communiqués à l’ensemble des membres de la section disciplinaire qui ont pu en débattre.
9. En outre, l’université de Montpellier fait valoir que l’événement a nécessairement troublé le bon fonctionnement de l’établissement ainsi qu’en témoignerait le courriel adressé le 14 février 2023 par la doyenne de l’unité de formation recherche médecine à l’ensemble des étudiants. Cependant, ce seul message, qui se borne à rappeler la tolérance 0 en matière de violences sexistes et sexuelles et le suivi des signalements effectués, alors même qu’il fait état du questionnement et des inquiétudes des étudiants, ne démontre pas l’existence de perturbations dans l’organisation des enseignements ou dans leur fonctionnement du fait des faits reprochés à M. D....
10. De plus, si l’université soutient que la section disciplinaire a justifié également sa décision de relaxe par l’absence de plainte au pénal par la victime présumée suite à son signalement, il ressort de la décision attaquée que ladite commission, qui, comme elle le rappelle, n’avait pas à caractériser des agissements commis dans la sphère privée qui relèvent du juge pénal, s’est prononcée au vu des éléments produits sans commettre une quelconque erreur de fait, l’absence de procédure pénale n’ayant été mentionnée qu’à titre purement informatif.
11. Enfin, il ressort des pièces du dossier que si M. D... regrette la situation et le déroulement de la soirée ayant conduit son amie à faire un signalement pour « pénétration non consentie », les pièces et témoignages versés au dossier ne permettent pas de confirmer ce signalement. Par suite, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la section disciplinaire, en l’absence d’éléments probants permettant d’établir la matérialité des faits reprochés à M. D..., a décidé de relaxer l’étudiant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par l’université de Montpellier doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’université de Montpellier la somme de 1 500 euros demandée par M. D... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les demandes de mise hors de cause présentées par la rectrice de l’académie de Montpellier et la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche sont admises.
Article 2 : La requête de l’université de Montpellier est rejetée.
Article 3 : Les conclusions de M. D... relatives à l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l’université de Montpellier, à M. B... D..., à Mme E... F..., à la rectrice de l’académie de Montpellier et au ministre de de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 décembre 2025.
Le président-rapporteur,
V. A...
L’assesseure la plus ancienne,
I.PastorLa greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 5 décembre 2025.
La greffière,
B. Flaesch