Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juillet 2023 et le 29 août 2024,
Mme A... B..., représentée par Me Manya, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision en date du 24 mai 2023 lui refusant un allégement de service pour la rentrée 2023 ;
2°) d’enjoindre à l’Etat de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est fondée sur une circulaire qui est illégale étant fondée sur des dispositions abrogées ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle méconnait les articles R. 911-18 et R. 911-16 du code de l’éducation ;
- le signataire de la décision attaquée est incompétent ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, la rectrice de l’académie de Montpellier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C...,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pion-Riccio, représentant Mme B....
Considérant ce qui suit :
Mme A... B..., professeure certifiée de mathématiques, exerçant ses fonctions au sein du collège Pierre Mendès France de Saint-André, a sollicité, en raison de la dysphonie dont elle souffre, un allègement de service au titre de l’année scolaire 2023-2024. Par une décision du 24 mai 2023, la rectrice de l’académie de Montpellier a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal d’annuler cette décision du
24 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article R. 911-12 du code de l’éducation, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : « Les personnels enseignants des premier et second degrés et les personnels d'éducation et d'orientation titulaires appartenant aux corps des professeurs des écoles, des instituteurs, des professeurs certifiés, des professeurs agrégés, des professeurs d'éducation physique et sportive, des chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive, des professeurs de lycée professionnel, des adjoints d'enseignement, des professeurs d'enseignement général de collège, des conseillers d'orientation-psychologues et des conseillers principaux d'éducation, lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30 ». Aux termes de l’article R. 911-16 du même code : « Préalablement à toute décision d'aménagement du poste de travail, l'autorité compétente recueille l'avis du médecin conseiller technique ou du médecin de prévention et celui du supérieur hiérarchique du demandeur ». L’article R. 911-18 du même code dispose que : « L'aménagement du poste de travail peut consister, notamment, en une adaptation des horaires ou en un allégement de service, attribué au titre de l'année scolaire, dans la limite maximale du tiers des obligations réglementaires de service du fonctionnaire qui en bénéficie ».
En premier lieu, par un arrêté du 6 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 8 septembre 2022, la rectrice de l’académie de Montpellier a délégué à Mme Alma Lopes, secrétaire générale adjointe, sa signature à l’effet de signer l’ensemble des décisions relevant de la compétence de la rectrice. Le moyen tiré de l’incompétence manque en fait et doit ainsi être écarté.
En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées au point 2 que l’allègement de service qu’elles prévoient pour le personnel enseignant ne constitue pas un droit mais est subordonné à la condition que l’altération de l’état de santé de l’enseignant le mette dans l’incapacité d’exercer la plénitude de ses fonctions d’enseignement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant et ne peut qu’être écarté.
En troisième lieu, et contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des pièces du dossier que l’avis de son supérieur hiérarchique a été recueilli, celui-ci figurant sur son formulaire de demande, et que l’avis du médecin de prévention, versé au dossier, a été recueilli, de sorte que les vices de procédure invoqués manquent en fait et doivent être écartés.
En quatrième lieu, il résulte de l’ensemble de ces dispositions qu’un enseignant confronté à l’altération de son état physique peut solliciter, notamment, un aménagement de son poste de travail, dont l’adaptation des horaires et l’allègement de service constituent l’une des modalités. Il appartient alors à l’autorité administrative compétente, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, d’apprécier si sa demande peut être satisfaite compte tenu des nécessités du service et de définir les mesures d’adaptation du poste en prenant en considération l’ampleur des difficultés éprouvées et les conditions concrètes d’accomplissement du service.
Il ressort des pièces du dossier que Mme B... souffre d’une dysphonie fonctionnelle déclarée depuis 2014, pathologie pour laquelle la qualité de travailleur handicapé lui a été reconnue pour la période du 31 janvier 2019 au 31 décembre 2023 par une décision de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées des Pyrénées-Orientales du 1er février 2019. Si le médecin oto-rhino-laryngologiste qui suit Mme B... depuis plusieurs années préconise un allègement de service de cinq heures, toutefois, il ressort des pièces produites en défense que, pour l’année scolaire 2023-2024, le médecin de prévention n’a pas préconisé d’heure d’allègement de service, alors qu’il en avait préconisé trois en 2021-2022 et une pour 2022-2023. La rectrice fait également valoir que les préconisations du médecin de prévention, à savoir l’utilisation d’un micro et l’organisation d’un emploi du temps priorisé sur les matinées et limité à 4 ou 5 heures journalières, ont été respectées comme cela ressort des pièces du dossier même si Mme B... fait état de contraintes d’organisation liées à l’utilisation d’un micro et de quelques heures de cours l’après-midi. Dans ces conditions, au vu du contingent d’heures d’allègement de service dont dispose la rectrice et même si l’état de Mme B... ne s’est pas amélioré alors qu’elle avait précédemment bénéficié d’heures d’allègement, le refus d’allègement de service n’est pas entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.
En dernier lieu, et contrairement à ce que soutient Mme B..., la décision attaquée ne se réfère pas à une circulaire SAIP 2021-02 mais vise la circulaire SAIP –
2022-2023 n°110 sur l’allègement de service pour raisons de santé pour les personnels enseignants et d’éducation titulaires du 2nd degré, année scolaire 2023-2024 dont rien n’indique qu’elle serait fondée sur un décret abrogé. Ainsi, le moyen tiré de l’illégalité par voie d’exception de la décision contestée est inopérant et doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B... tendant à l’annulation de la décision du 24 mai 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l’annulation de la décision contestée, n’implique pas le réexamen de la demande de Mme B.... Par suite, les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à la rectrice de l’académie de Montpellier de prendre une telle mesure doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B... la somme qu’elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera transmise à la rectrice de l’académie de Montpellier.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Vincent Rabaté, président,
Mme Isabelle Pastor, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2025.
La rapporteure,
C. C...
Le président,
V. Rabaté
La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 26 septembre 2025.
La greffière,
B. Flaesch