lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2304557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BADJI-OUALI |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistré le 2 août 2023, M. B A, représenté par Me Badji Ouali, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-340-316 du 5 mai 2023, par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou une carte de séjour " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard et subsidiairement de réexaminer sa situation sur les mêmes fondements dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que :
Les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire :
- méconnaissent les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration pour être insuffisamment motivées, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions d'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions d'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à 25% par une décision du 2 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pater, rapporteure ;
- et les observations de Me Badji Ouali, représentant M.A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 3 septembre 1987, entré sur le territoire national le 15 août 2016 muni d'un visa D " étudiant ", a continué à séjourner sur le territoire national sous couvert de titres de séjour " étudiant " dont il a demandé le renouvellement le 27 janvier 2023. Par un arrêté n° 2023-340-316 du 5 mai 2023, le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. M. A a formé un recours gracieux qui a été rejeté par décision explicite du 24 mai 2023. Par la présente requête, M. A demande l'annulation dudit arrêté, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qu'il vise les stipulations et dispositions sur lesquelles ils se fonde, en particulier l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et développe les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A. Si le requérant souligne que le préfet n'a pas tiré les conséquences de sa situation, la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs. Par ailleurs, s'agissant d'une réponse à une demande de renouvèlement de titre de séjour " étudiant ", il reprend précisément le cursus du requérant et expose précisément les motifs du rejet de la demande de renouvellement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne s'attarde pas véritablement sur les circonstances factuelles et la situation personnelle de M. A. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision et d'examen complet de la situation du requérant doivent être écartés.
4. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il en résulte que dans le cas où le préfet n'a pas examiné d'office d'autres motifs d'accorder un titre à l'intéressé, ce dernier ne peut utilement soulever, devant le juge de l'excès de pouvoir saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus du préfet, des moyens de légalité interne sans rapport avec la teneur de la décision contestée.
5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".
6. En vertu de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. A, arrivé en France en 2016, soit à l'âge de 29 ans, sous couvert d'un visa " étudiant " a obtenu le renouvellement de ce titre pour les années 2016 à 2022, ce qui lui a permis de suivre avec succès des études en licence AES puis en double Master 1 et 2. En janvier 2023, M. A a formé une demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant " en présentant un certificat d'inscription pour une formation à distance du 16 février 2023 au 31 janvier 2024 auprès de l'organisme Studi situé à Paris dispensée 100% en ligne et n'impliquant pas sa présence sur place. Pour refuser d'accorder à M. A le renouvellement de son titre de séjour, le préfet a retenu qu'un tel enseignement ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre.
8. Sans en être saisi, le préfet a également examiné la demande de M. A au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a résidé 7 ans sur le territoire national sous couvert de titres " étudiant " ne donnant pas vocation à y rester, est célibataire, ne justifie pas avoir de la famille en France et être isolé dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances particulières, le fait que son père soit un ancien combattant, qu'il fasse lui-même preuve d'intégration et même une volonté d'obtenir la naturalisation est insuffisant pour justifier qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dès lors, en refusant de régulariser la situation de M. A au regard de sa vie privée et familiale, le préfet de l'Hérault n'a pas méconnu les articles cités aux points 5 et 6, et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Par la demande qu'il a présentée aux services préfectoraux, M. A n'a pas sollicité la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour en qualité " salarié " ni invoqué les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ () ". Il ne ressort pas des termes du recours gracieux du 5 mai 2023 qu'en faisant valoir son intégration en France, en particulier son insertion professionnelle, le requérant, qui doit justifier disposer de moyens d'existence suffisants pour se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ait évoqué une demande de carte de séjour au regard de ces dispositions. Cette demande n'est évoquée que par un mail adressé par son conseil le 16 juillet 2023, soit postérieurement à la réception par M. A de la réponse du préfet à son recours gracieux. Dès lors, et alors que l'intégration en France de M. A a en tout état de cause été prise en compte dans le cadre des dispositions examinées par le préfet, celui-ci n'était pas tenu d'instruire sa demande de titre au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conditions d'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de l'arrêté du 5 mai 2023 doivent être rejetées. Il en sera de même, par voie de conséquences, des conclusions en injonction et présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Badji-Ouali, et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rabaté, président,
Mme Pater, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
La rapporteure,
B. Pater
Le président,
V. Rabaté
Le greffier,
F. Balicki
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 7 novembre 2023.
Le greffier,
F. Balicki
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026