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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304671

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304671

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 et 29 août 2023, Mme C B, représentée par Me Delattre, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative:

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de l'Hérault a retiré l'habilitation l'autorisant à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui restituer l'accès au système d'immatriculation des véhicules ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est satisfaite : elle n'a d'ores et déjà plus accès à la plateforme d'immatriculation des véhicules alors que la décision attaquée prévoit un retrait effectif dans un délai de deux mois à compter de sa réception, soit le 21 août 2023 ; le retrait de cette habilitation ne lui permet plus d'exercer son activité qui représente l'intégralité de son revenu ; elle est mère célibataire avec deux jeunes enfants mineurs à charge ; cette décision aura pour conséquence directe la perte du revenu de solidarité active dont elle bénéficie ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o le préfet n'a pas engagé de véritable procédure de concertation pour mettre un terme aux manquements constatés, en méconnaissance des dispositions de l'article X de la convention d'habilitation individuelle " professionnel de l'automobile " signée le 31 décembre 2021 ;

o elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

o les manquements constatés et notifiés ne contreviennent aucunement aux obligations reprises dans l'article 4 de la convention et les seuls manquements restant en litige concernent le non-respect des dispositions de l'article R.332-4 III du code de la route dont il n'est pas démontré que la vente réalisée auprès de particuliers constituerait une fraude ;

o elle ne se trouve pas en situation de manquements répétés tel que le prévoit l'article X de la convention ;

o le préfet a commis une erreur d'appréciation, le nombre de dossiers contrôlés et les manquements reprochés ne permettent aucunement de conclure à une fraude massive portant sur 480 ou 572 dossiers ;

o la sanction est disproportionnée, les erreurs reprochées ne portent que sur quinze dossiers soit 3,2% des prestations de télédéclarations réalisées par exercice.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition de l'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

o une décision de suspension de son habilitation a été prise le 9 mai 2023 ; il s'agit d'une mesure d'urgence prévue par l'article L.121-2 du code des relations entre le public et l'administration initiée suite au constat de 572 déclarations d'achats en faveur de particuliers non professionnels de l'automobile enregistrées depuis le 31 décembre 2021, en méconnaissance de l'article R.322-4 du code de la route ;

o une procédure contradictoire a été initiée par courrier du 15 mai 2023 invitant Mme B à fournir ses explications au regard de la décision de retrait d'habilitation envisagée, auquel elle a répondu par courrier du 13 juin 2023 ;

o la décision attaquée est suffisamment motivée ;

o il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante a contrevenu aux obligations inscrites dans l'article IV de la convention d'habilitation ; devant l'importance des manquements constatés et du préjudice qui en résulte pour l'Etat, il est inconcevable qu'il ait eu à attendre leur répétition et n'ait délivré qu'un avertissement ;

o la décision de retrait n'est pas disproportionnée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 août 2023, sous le numéro 2304650, tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de la route ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viallet, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet ;

- les observations de Me Delattre, représentant Mme B, absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et insiste sur la condition d'urgence eu égard à la privation de revenus de l'intéressée et sur le fait qu'elle n'a pas reçu le courrier du 9 mai 2023, retourné à la préfecture pour erreur d'adresse ;

- et les observations de Mme A, représentant le préfet de l'Hérault, qui reprend les conclusions et les moyens du mémoire en défense.

La juge des référés a, à l'issue de l'audience, différé la clôture de l'instruction au 31 août 2023 à 12 heures.

La préfecture de l'Hérault a transmis des pièces complémentaires enregistrées le 30 août 2023 à 17 heures 59, qui ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui exerce une activité professionnelle d'entrepreneur individuel sous l'enseigne " 6.3 AUTOS ", a conclu avec l'Etat le 31 décembre 2021 une convention l'habilitant à intervenir par téléprocédure sur le système d'immatriculation des véhicules (SIV). Par décision du 9 mai 2023, le préfet de l'Hérault a suspendu en urgence son habilitation avec effet immédiat en application de l'article L.121-2 du code des relations entre le public et l'administration, constatant des manquements graves dans ses dossiers d'opérations. Par courrier du 15 mai 2023, le préfet l'a informée de son intention de signaler ces manquements au procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale et de son intention de procéder au retrait de son habilitation. Mme B a formulé ses observations par courrier du 13 juin 2023. Par une décision du 19 juin 2023, le préfet de l'Hérault l'a informée qu'il sera procédé au retrait de son habilitation dans un délai de deux mois. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 juin 2023.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme B, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, les conclusions de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de l'Hérault.

Fait à Montpellier, le 1er septembre 2023.

La juge des référés,La greffière,

ML. VialletA. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 1er septembre 2023

La greffière,

A. Lacaze

N°2304671

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