Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 août 2023, M. A... B..., représenté par Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision référencée 48SI du 11 juillet 2023, par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 20 décembre 2022, 16 juillet 2022, 2 juillet 2022, 12 avril 2021, 11 juin 2020, 22 août 2019, 25 mai 2018, 11 mars 2018 et 25 mai 2015 ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de lui restituer le nombre de points adéquat sur son permis de conduire.
Il soutient que :
- il n’a pas bénéficié des informations préalables aux retraits de points prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n’est pas établie.
Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2023, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre le retrait de point consécutif aux infractions des 25 mai 2015 et 16 juillet 2022 sont irrecevables ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, M. Charvin, vice-président, pour statuer sur les litiges visés audit article.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Charvin, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... demande au tribunal d’annuler la décision référencée 48SI du 11 juillet 2023, par laquelle le ministre de l’intérieur l’a informé de la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 20 décembre 2022, 16 juillet 2022, 2 juillet 2022, 12 avril 2021, 11 juin 2020, 22 août 2019, 25 mai 2018, 11 mars 2018 et 25 mai 2015.
Sur les conclusions à fin d’annulation des décisions de retrait de points :
En ce qui concerne les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 25 mai 2015 et 16 juillet 2022 :
2. Il résulte des mentions portées sur le relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. B... que les points retirés à la suite des infractions relevées les 25 mai 2015 et 16 juillet 2022 ont été restitués en application de l’article L. 223-6 du code de la route les 27 février 2016 et 3 avril 2023. Dès lors que le requérant n’allègue pas que ces retraits de points auraient fait obstacle à la réattribution de points ou à la reconstitution totale du capital de points affecté à son permis de conduire, les conclusions dirigées contre les décisions de retrait d’un point consécutives aux infractions des 25 mai 2015 et 16 juillet 2022 sont irrecevables. Par voie de conséquence, les moyens relatifs à l’illégalité de ces décisions de retrait de points, présentés à l’appui des conclusions dirigées contre la décision portant invalidation du permis de conduire, sont inopérants.
En ce qui concerne les autres infractions :
S’agissant de la réalité des infractions :
3. Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d’un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (…) / La réalité d’une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive ».
4. Il résulte des dispositions citées au point 3 que la décision de réduction du nombre de points intervient seulement lorsque la réalité de l’infraction est établie, par le paiement de l’amende forfaitaire, l’émission du titre exécutoire de l’amende majorée, l’exécution d’une condamnation pénale ou la condamnation définitive prononcée par un juge pénal qui statue sur tous les éléments de droit et de fait portés à sa connaissance.
5. Il résulte du relevé d’information intégral relatif à la situation de M. B... que des titres exécutoires d’amende forfaitaire majorée ont été émis le 8 avril 2022 et le 12 septembre 2022 à raison des infractions commises les 12 avril 2021 et 2 juillet 2022. En l’absence de tout élément avancé par l’intéressé de nature à mettre en doute l’exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions est dès lors établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 du code de la route.
6. Par ailleurs, les amendes forfaitaires relatives aux infractions commises les 11 mars 2018, 25 mai 2018, 22 août 2019, 11 juin 2020 et 20 décembre 2022, qui ont donné lieu respectivement au retrait d’un, trois, quatre, quatre et quatre points, ont été acquittées. Par suite, en l’absence de tout élément de nature à mettre en cause l’exactitude des mentions portées au relevé de l’intéressé, la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 du code de la route
S’agissant du défaut d’information préalable :
7. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire, à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que les infractions commises les 11 mars 2018, 25 mai 2018, 22 août 2019, 11 juin 2020 et 20 décembre 2022, ont donné lieu au paiement différé par l’intéressé de l’amende forfaitaire. Pour procéder à ce paiement, M. B... a nécessairement reçu l’avis de contravention relatif à chacune de ces infractions. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l’administration doit être regardée comme s’étant acquittée envers le contrevenant de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l’amende, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, ne démontre s’être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Le requérant ne démontre pas s’être vu remettre des avis inexacts ou incomplets. Dès lors, le moyen tiré du défaut d’information préalable aux retraits de points résultant de ces infractions doit être écarté.
9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.
10. Le ministre de l’intérieur verse à l’instance une copie du procès-verbal électronique du 12 avril 2021 constatant l’infraction commise le même jour, qui porte la mention « refus de signer » et comporte l’ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré de ce que M. B... n’aurait pas reçu l’ensemble de l’information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au retrait de quatre points consécutifs à cette infraction doit donc être écarté.
11. En revanche, si l’infraction du 2 juillet 2022, relevée par radar automatique et ayant donné lieu au retrait d’un point, a fait l’objet de l’émission d’un titre exécutoire d’amende forfaitaire majorée, il ne résulte pas de l’instruction que cette amende ait été acquittée. La seule émission du titre exécutoire ne saurait suffire, dans ces conditions, à faire présumer que l’intéressé a eu connaissance de l’avis de contravention comportant l’information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, la décision de retrait d’un point à la suite de cette infraction est intervenue au terme d’une procédure irrégulière et doit donc être annulée.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision 48SI du 11 juillet 2023 :
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l’annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 20 décembre 2022, 12 avril 2021, 11 juin 2020, 22 août 2019, 25 mai 2018 et 11 mars 2018 doivent être rejetées. Compte tenu de l’annulation prononcée au point 11 et des huit points ajoutés au permis de conduire de M. B... à la suite des deux stages de sensibilisation à la sécurité routière réalisés les 26 juin 2020 et 6 mai 2023, le nombre de points pouvant légalement être retiré du permis de conduire de l’intéressé était donc de douze à la date de la décision attaquée du 11 juillet 2023. Par suite, c’est à bon droit que le ministre de l’intérieur a, par cette décision, constaté la perte de validité du permis de conduire du requérant. Les conclusions de M. B... tendant à l’annulation de la décision 48SI doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
13. L’annulation de la seule décision de retrait d’un point consécutive à l’infraction relevée le 2 juillet 2022 n’ayant pas pour effet de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire du requérant, les conclusions de la requête tendant à ce qu’il soit enjoint au ministre de l’intérieur de rétablir sur le permis de conduire de M. B... le bénéfice des points irrégulièrement retirés ne peuvent qu’être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La décision du ministre de l’intérieur portant retrait d’un point à la suite de l’infraction du 2 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le magistrat désigné,
J. CharvinLa greffière,
A-L. Edwige
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 1er octobre 2024,
La greffière,
A-L Edwige