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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2304896

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2304896

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2304896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBADJI-OUALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 août 2023 et le 20 octobre 2023, Mme C A épouse B, représentée par Me Badji Ouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- par un jugement du 29 juin 2023 postérieur à l'arrêté attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a annulé la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " et a enjoint au préfet de l'Hérault de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois ; par suite, il y a lieu de constater l'abrogation de l'arrêté du 21 juin 2023 ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation des dispositions des articles L.425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 août 2023.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viallet, rapporteure ;

- et les observations de Me Badji Ouali, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 12 décembre 1964, déclare être entrée en France le 17 avril 2019 sous-couvert d'un visa court séjour valable du 2 novembre 2018 au 1er novembre 2020. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour à titre exceptionnel valable du 14 novembre 2019 au 10 août 2023 en raison de l'état de santé de son époux, également ressortissant ivoirien. Le 4 mars 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et en qualité de conjointe d'un ressortissant en situation régulière. Le 14 mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité le 4 mars 2021 son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et en qualité de conjointe d'un ressortissant en situation régulière. La décision implicite de rejet de sa demande par le préfet de l'Hérault a fait l'objet d'une annulation par un jugement du tribunal administratif de Montpellier le 29 juin 2023 enjoignant au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois. En l'espèce, la présente requête de Mme B est dirigée contre l'arrêté préfectoral du 21 juin 2023 édicté suite à une nouvelle demande d'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale formulée par l'intéressée le 14 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 21 juin 2023 devrait être abrogé par voie de conséquence de l'annulation le 29 juin 2023 de la décision implicite rejetant sa précédente demande d'admission au séjour et enjoignant au préfet de réexaminer sa situation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre le préfet mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme B, ainsi que des éléments tenant à sa situation familiale et à l'état de santé de son époux. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée, le préfet a suffisamment exposé les motifs fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation personnelle de Mme B. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui déclare être entrée sur le territoire le 17 avril 2019, est titulaire d'une autorisation provisoire de séjour à titre exceptionnel valable du 14 novembre 2019 au 10 août 2023 accordée en raison de l'état de santé de son époux. Le collège des médecins de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a émis un avis le 8 juin 2023 selon lequel l'état de santé de M. B, s'il nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé existant dans le pays dont il est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et voyager sans risque vers ce pays. Dans ces conditions, Mme B ne saurait être regardée comme ayant vocation à demeurer sur le territoire, et la circonstance que son époux aurait obtenu un récépissé de la préfecture dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 11 de la convention franco-ivoirienne est sans incidence. Par ailleurs, si Mme B, entrée récemment en France le 17 avril 2019, se prévaut de la présence sur le territoire de quatre de ses enfants majeurs de nationalité ivoirienne, de ses beaux-enfants et ses petits-enfants, ainsi que d'une promesse d'embauche dans la société présidée par son mari à compter du 21 janvier 2023, ces éléments ne suffisent pas à justifier de liens personnels et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables, ni d'une insertion particulière dans la société française. En outre, Mme B ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 54 ans, et dans lequel la cellule familiale pourrait se reconstituer.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation des conséquences de sa décision quant à la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 21 juin 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

DECIDE:

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, au préfet de l'Hérault et à Me Badji Ouali.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La rapporteure,

ML. VialletLe président,

V. Rabaté

Le greffier,

S. Sangaré

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 novembre 2023.

Le greffier,

S. Sangaré

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